‹ Le Congrès des comptables français: Questions actuelles de comptabilité et dChapitre 16 sur 88 · QUATRE QUESTIONS POSÉES · texte numérisé non relu

QUATRE QUESTIONS POSÉES

Parmi les nombreuses lettres d'encouragement et d'approbation que nous recevons journellement , il s*en trouve , noos l'avouons, de réfractaires à l'idée que nous soutenons. Elles soot signées de quelques commerçants et de teneurs de livres qui oqI sans doute pris de Thumenr de nos récentes critiques.

Ces commerçants nous disent en substance : — » Que noas veulent vos comptables avec leur Congrès ? Nous entendons rester libre» de faire tenir nos livres à notre guise, bien ou mal, cela nooi regarde, et surtout au meilleur marché possible, car livres et comftahlesy quoi que vous prétendiez, ne représentent à nos yeui qu'une dépense improductive.

Ces teneurs de livres s'écrient : ^ Vous vous tronrpez, le besoin ne se faisait pas du tout sentir d*un Congrès de comptables. A qooi cela peut-il mener ? Laissez donc aller les choses... Nous donnoDs de la comptabilité aux commerçants pour leur argent, et ils n'en demandent pas plus. Soyez certain qu'ils sont fermement décidés à n'accorder jamais chez eux qu'une minime importance au tenear de livres, et cela de crainte sans doute que la considération octroyée ne se traduise logiquement par une augmentation d'appointementv Donc, quoi que vous fasjsiez, nous sommes et nous resterons à lenrs yeux de simples gratte-papier dont le travail coûte et ne rapporU rien ; du moins, leur intérêt sera toujours de paraître penser cela. A quoi bon, en conséquence, nous ingénier à faire mieux, à chercher la petite béte en comptabilité ? A quoi bon prendre malgré lui l'intérêt du patron? Et puis, votre comité du Congrès penset-ii que nous soyons disposés à retourner à l'école ? Si modeste qu'elle puisse lui paraître, notre science, notre routine^ si vous voulez, nous suffit, et nous n'avons que faire d'apprendre du nouveau.

C'est clûr. D'un côté on se préoccupe uniquement d'établir sa comptabilité au meiUeur marché possible; de l'autre on se complu'' dans cette situation de teneur de livres au rabais, qui permet l'incurie et les négligences de toute sorte.

Il se fait ainsi en quelque façon un accord tacite entre le commerçant et son employé. Le premier dit : ~ Tu tiendras id^ livres. Le second répond : — Je les tiendrai mal. Ce à <poU^

commerçant réplique : — C'est entenda, tope là, mais je ne te donnerai que tant.

Quelque jour iu)i}s reviendrons sur ce sujet ; pour le moment, bornons-nous à constater que la Routine s^émeut des deux côtés et qu'elle prend peur, ce qui est de bon augure. »

Dans d'autres lettres, plus nombreuses et auxquelles nous ne -demandons pas mieux que de nous arrêter, car elles émanent visiblement de commerçants et de comptables sérieux, on nous prie de nous expliquer plus à fond sur plusieurs points particulièrement importants, que nous n'avons fait qu'effleurer jusqu'ici, et que iious allons résumer sous forme de questionnaire, pour les mieux préciser et pour procéder avec ordre et méthode dans nos réponses.

!'• Question,

Les réformes en vue desquelles le comité d'initiative d'un congrès de comptables s'est constitué sont-elles véritablement urgentes? Et, cette urgence démontrée, pour ipener ces réformes à bien, un congrès de comptables est-il nécessaire?

2' Question.

Quelle est l'origine du comité d'initiative pour la réunion d'un congrès de comptables ? De quelle façon ce comité s'est-il constitué, enfin quelle est la mission exacte, le but précis de ce comité ?

3* Question.

' Que faut-il nettement entendre par Unification de la comptabilité'!

4* Question.

Peut-il résulter quelque chose de bon, d'utile et surtout de pratique d'un congrès professionnel de comptables? en un mot, qu'est-ce que la science et l'enseignement d'une part, les commerçants et les comptables d'autre part pourront gagner à la réunioii de ce congrès?

C'est à ces diverses questions, qui nous feront entrer dans le vif du débat, que nous allons maintenant répondre.

Nous consacrerons plusieurs chapitres à chacune d'elles.

Commençant par la première, nous disons : Oui, ces rétor-r mes sont véritablement urgentes, car notre commerce et notre industrie ont le plus grand intérêt à ce que la comptabilité cesse d'être un art fantaisiste ici, nébuleux là, sans règles fixes, livré à l'arbitraire des méthodes, à l'anarchie des systèmes, pour devenir

e science exacte, précise, bien définie, nettement formulée^ sée sur des principes généraux invariables, une science dont la se en œuvre, qui est la tenue des livret, repose sut un iriécame et des procédés simplifiés, surs, éprouvés par la pratique. In et surtout une science désormais ouverte, claire à Tespril, ile à enseigner, facile à comprendre, facile à appliquer. N*est-ce pas du moins le but qu'il faut désormais poursdivrev Ton veut conquérir à la science des comptes tous ceux qui ne bordent qu'avec répugnance et la fuient bientôt, fatigués de* 1 aridité, de son langage obscur, de ses contradictions théories et pratiques?

Car enfin, ce ne sont pas seulement les négo<iiants, les indus-^ els, les banquiers, les comptables, etc., qui se trouvent inté- )Sés à la clarté et à la simplification de la comptabilité, maisssi les particuliers, mais tout le monde, et cela est aisé à dé- )ntrer.

Prenons par exemple les rentiers^ les capitalistes^ les propriê-ires urbains et ruraux^ et s'il est vrai de dire que la compta/-lité assure la conservation et Tamélioration des fortunes, n*est-il is conséquemment vrai que la connaissance, au moins élémenire, des principes théoriques et.des procédés pratiques de cetteience leur serait de première utilité?

Allons plus loin, plus haut, si Ton préfèrie, et disons que cett^ irté, cette simplification, si désirables une fois obtenues, le«^ ^oués^ les avocats^ les notaires^ les magistrats n'auraient plu* cune excuse de rester ignorants en comptabilité à une époque I le monde des affaires constitue la moitié de la population de» ntres et où, par conséquent, il leur est à chaque instant nécesire de savoir débrouiller des questions de chifïVes et de comptes milieu desquelles leur jugement, faute de connaissances spéiles, hésite, trébuche, tombe à faux, et commet des erreurs préliciables aux parties. Car erifin à qui s'en rapportent, pour ainsi -e exclusivement, même les juges des tribunaux de commerce, ur le prononcé de leurs jugements? Aux seuls experts, plus ou )ins experts, plus ou moins désintéressés, plus ou moins attentifs. Poursuivons, allons plus haut encore. Ces connaissances nô ;)l-elles pas également indispensables à nos fonctionnaires, entre très aux maires^ aux préfets^ qui. sont appelés à. régler lesbudts de ville, de département, ainsi qu'aux mandataires des contrt* ables, tels que les conseillers municipaux et les conseillera nér^auXy appelés à discuter et à voter ces budgets; enfin et:9iiruit ne sont-elles pn» indispensables aux mandûtaires du peuple, à

nos députés, à nos sénateurs, appelés à prononcer souverainement sur les traités de commerce, sur les lois de finances, sur le budget de l'Etat?

On le voit, la perfection de la comptabilité, Q'est-à-dire l'anar chie des méthodes prenant fin, c'est-à-dire une science claire simple, lumineuse, substituée au chaos des théories et des méthodes ; cette perfection a une importance considérable, à la fois commerciale, industrielle^ sociale, judiciaire, administrative et politique, qui doit frapper tout penseur. Nous n'hésitons pas à le dire : menée à bien, cette œuvre sera une des belles, une des grandes du siècle I

On a dit avec raison, M. L. Simonin, croyons-nous, que Tavenir du monde était aux ingénieurs. Pour être juste, pour être complet, il aurait fallu dire : l'avenir est aux ingénieurs et aux comptables.

L'ingénieur calcule, invente, crée; le comptable compte ; l'un enfante des possibilités plus ou moins immédiates, parfois des chimères; l'autre suppute des faits, des résultats. Le premier ne sau> rait aller bien loin sans le second^ ,il n'atteindra sûrement son but qu'avec lui.

Car autre chose est d'être mathématicien, autre chose est d'être comptable ; la science de l'un a des ailes, elle plane superbement ^t, comme tout ce qui plane, elle est sujette à errer, à s'égarer parfois dans de beaux rêves qui coûtent cher et ne rapprochent pas du but. Elle a besoin alors de la science positive de l'autre pour étire avertie à temps, à temps ramenée à la réalité, aux possibilités pratiques moins lointaines.

Donc le comptable complète l'ingénieur. Et voilà pourqutoi nous unissons dans une dualité inséparable, et puissante à cette condition, ces deux pioanie^3 de l'avenir, ces deux combattants de i*a? et du chiffre; dont le rôle emplira les siècles futurs.

Mai« n'est-ce pas justement parce que toute invention, tout e exploitation, toute entreprise de commerce, d'industrie, de navigation, est tributaire de \di comptabilité^ ré\èwed'e\\e'y repose sur «lie, n'est-ce pas pour cette raison qu'il faut que cette science, jusqu'ici traitée en paria à cause de ses divergences et de. ses obscurités, soit scientifiquement codifiée, devienne une en se dégageant de l'étreinte de la routine, ainsi que des mains funestes des métbor distes qui prétendent la faire avancer et ne font qu'entraver s/on «ssor, en se dégageant surtout des mains de cesthéorlcieps offici^ek, de ces pseudo-cimptab'es universitaires qui ont rinsoutenable prétention de noig li? a n science avant to:it pratique sxnsjamai s

'avoir pratiquée autrement qu'au tableau noir ou dans le silencelu cabinet?

Courage donc au comité d'initiative pour la réunion d'un Congrèftle comptables; qu'il ne se laisse pas détourner de son but, qu'il poursuive patiemment ses études, son œuvre, en dépit des dificultés nombreuses qu'il rencontrera, en dépit des attaques dont 1 pourra être l'objet. Une pensée fortifiante doit le soutenir, celle^ jue nous formulons plus haut et par laquelle nous voulons termi— ler ce chapitre :

L'avenir est aux ingénieurs et aux comptables !

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