‹ Le Congrès des comptables français: Questions actuelles de comptabilité et dChapitre 17 sur 88 · POPULARISATION DE LA COMPTABILITÉ · texte numérisé non relu

POPULARISATION DE LA COMPTABILITÉ

Nous avons constaté dans nos premiers articles :

i*» Que l'enseignement actuel de la comptabilité dans les lycées^ collèges et écoles, est absolument fantaisiste au point de vue scientifique et pratique ;

2° Que la pratique de la comptabilité, notamment dans le petit, et le moyen commerce, c'est-à-dire chez la majorité des commerçants, . est dans le plus pitoyable état, à cause surtout de cette manière de voir absolument fausse, mais généralement partagée,, qu'une comptabilité bien faite, conforme aux prescriptions de la loi, conforme aux règles de la science comptable, eot^^^j)^u5 qu'ellene sert;

3® Enfin que la législation de 1807 touchant les livres de commerce est caduque, que l'article 8 est mauvais et inapplicable^ que les articles 10 et 11 sont impraticables, les articles 12 et 13 sont iusuffisants, qu'ils se contredisent et s'annulent réciproquement.

^ Eh bien! étant établi qu'on peut adresser en toute justice depareilles critiques à l'enseignement, nous ne dirons pas primaire, puisqu'il n'existe pas, mais secondaire d'une science devenue depremière nécessité à une époque affairée comme la nôtre ; étant avéré qu'on peut dire en toute vérité que, sur cent commerçants», il en est à peine deux qui aient une comptabilité vraiment bien» ordonnée, étant constaté que, placés en face d'une législation d'un autre âge, commerçants et juges violent à qui mieux mieux et chaque^ jour la loi sur les livres de commerce, est-il permis d'élever uih

doQ'te sur Turgehce des réformes à apporter à un état de (Shos^ aussi grave, disons le mot, aussi inconcevable chez une nation qui aime au-dessus de tout la clarté et la vérité, l'ordre et la justice ?

Etant démontré enfin que comptables, teneurs de livres, em> ployés d'administration ont, à divers degrés, à compléter, à perfectionner leur instruction professionnelle ; à se grouper, d'épars qu'ils sont, sous l'égide d'une chambre syndicale tout à la fois centre d'action, de rayonnement et de perfectionnement, c'est-àdire bureau, école et académie; à obtenir pour leurs litiges ïa création d'une chambre de prud'hommes; à devenir ainsi autre chose individiiellement que ce gratte-papier méprisé de l'ouvrier, chassé au moindre prétexte par le patron, et collectivement une puissance avec qui l'on comptera un jour, un corps savant, intègre, qu'on respectera, qu'on consultera, à qui reviendra certainement dans l'avenir le contrôle (enfin sérieux et économique) du budget des villes, des départements de l'Etat ; à qui certainement alors écherra la solution de la question sociale (qui n'est probablement qu'une question de frais généraux) ; étant démontrées toutes ces choses, entrevus ces horizons et permis de croire à cet avenir superbe, peut-on douter un seul instant de la nécessité, nous dirons plus, de Vindispensahtlité absolue des Congrès professionnels de comptables, qui prouveront dans un avenir prochain, la vitalité méconnue de la corporation, et fonderont les assises de l'édifice à construire.

Parmi les questions que ces Congrès devront discuter et approfondir, sinon résoudre, celle de l'enseignement primaire et secondaire de la comptabilité occupe le premier plan.

Il ne faut pas se dissimuler, en effet, qu'il y a peu à attendre de la génération actuelle des commerçants, aui yeux de qui, nous l'avons dit, la comptabilité n'est le plus ordinairement qu'une aggravation de frais généraux et le comptable un curieux, un gêneur, qu'on subit quand on ne peut faire autrement.

Il faut donc penser à l'avenir et le préparer. Les génération* succèdent vite aux générations. Si demain l'enseignement de la tenue des livres devenait obligatoire dans les écoles primaires et si cet enseignement était muni d'une bonne méthode, dans vingt ans dïci la majorité des commerçants comprendrait que la comptabilité est l'âme du commerce, et par conséquent que le comptable est le meilleur auxiliaire du commerçant. Quelle évolution, et quelle révolution !

Révolution pacifique, dont les résultats matériels et moraux seraient immenses.

56 LE CONGRÈS DES COlfPTABLGS.

^ On peut oerlainement en eflet évaluer à plusieurs, milliards ^le profit annuel que notre commerce et noire industrie retireraient d'unç application enfin raisonnée, méthodique et réellement scientifique de la comptabilité. Et que de désastres, que de ruines, que de misères évitées, que de déshonneurs aussi !

Sait-on à quel nombre s'élève chaque année, rien qu*à Paris, les commerçants et fabricants qui, avec plus d*ordre et surtout un calcul exact des prix de revient de leurs produits, au lieu de la ruine aborderaient la prospérité ? Ah ! si Texpérience n'est pas un vain mot, ceux-là pourraient raconter ce qu'il en coûte à faire Téconomie d'un comptable sérieux. Il faut bien enfin avoir le courage de le dire : actuellement, sur cent faillites^ quatre-vingts au moins sont imputables au désordre des livres de commerce, à Tabsence de comptabilité !

Voilà le bilan de l'ignorance et de l'iocuriel N'est-il pas temps, de songer au remède.? Et qu'on le sacbe bien, ce chiffre de 80 0/0 n*est pas de fantaisie, il est plutôt au-dessous qu'au-dessus de la réalité ; nous en appelons aux syndics des faillites eux-mêmes et à toutes les personnes qni s'occupent de la liquidatioa de nos désas-: très commerciaux.

Pàut-il d'ailleurs plus s'étonner d'un tel fait, si caractéristique qu'il soit, que de la progression efl'rayante du nombre même des faillites ? Non, ce sont là deux phénomènes similaires, régis par les mêmes causes, au premier rangdesquelles nous plaçons l'ignorance de la science commerciale et surtout de la science comptable.

Ces phénomène > nous les voyons se reproduire et s'aggraver constamment, et il eji sera de même tant que le commerce semblera une carrière que l'on peut choisir sans études, sans initiation préalable, san3 la possession parfaite de la comptabilité, ou tout au moins de ses principes essentiels.

Eh bien ! c est contre cet état de choses vraiment alarmant que la vulgarisation de la tenue des livres réagirait d'une manière efficace. Il faut que cet art soit enseigné dans les écoles primaii'es des villes et des campagnes. L'agriculture est encore plus pauvre en eomptables que le commerce et l'industrie. Le service rendu sera donc général. L'homme des campagnes, comme l'homme dee villes» a besoin de savoir chifl'rer et compter. L'arithmétique telle qu'on l'enseigne à l'école n'est jusqu'ici qu'une science employée uniquement à résoudre des problèmes plus ou moins ingénieux et fanlaisibtes; Cette science deviendra immédiatement d'une grande utilité pratique dès qu'on l'appliquera à la tenue des livres commerciale, agficule ou industrielle.

OUESTIORS ÀCTOÉLLES DE COMPtÂBILlTÉ. 57

Ah! le Congrès des comptables n'obtînt-il 4uece seul résultai de ffiirc deyeûir obligatoire renseignement de la tenue des livres dans les écoles primaires, quUI aurait déjà renclu un . immense service au pays.

fOPULARISATION DE lA COBCPTABaiTÉ

[Suite.)

Il faut insister sut* la nécèssifé de vulgariser, disons mieux, de jinpulari^er en Frartce la connaissance de la comptabïlilé, et le tneiDeur moyen d'atteindre ce résultat n'ést-il pas que renseignement de la tenue des livres, utilitaire entre tous, soit compris dans le progi^ammc de nos écoles primaires. Nous pensons, en effet, avec M. Mazàroz, que « Vin^iiruction professionnelle représente la ^ plus solide des fk^rtunes pour les enfants du peuple qui la « possèdent»^ et nous croyons que l'heure est venue d'organiser celle instruction, an moins en ce qui concerne là comptabilité.

Dans sa brochure intitulée : Quelques mots sur renseignement commercial en France^ M. Lefèvre dit à cet égard.

« 11 y a un intérêt considérable à ce que, dès l'école primaire, « on apprenne la tenue des livres; d'abord, parce que c'est un « excellent exercice d'écriture, et en outré parce que c'est un art « d'une utilité universelle, en raison même de son extrême sim- « plicité. 11 est regrettable de constater que, même à notre époque, << les 99 sur 100 des marchands et beaucoup de commerçants « lieiment mal leurs livres, et s'exposent à toutes les conséquences « de leur ignorance et de leur incurie. »

On ne saurait sérieusement contester le côté utilitaire de renseignement de la tenue des livres, qui est évident pour tout le monde. N'est-il pas évident également que cet enseignement si désirable réaliserait un progrès pédagogique? Car enfin le maître ne pourrait mieux démontrer à ses élevés que par l'application à la tenue des cahiers de comptabilité l'utilité et rexcellence d*une belle écriture. D'autre part, ne trouverait-il pas dans la confection des factures d'achat et de vente des marchandises, dans celle des bordereaux d'escompte, dans le calcul des changes de place, dans l'établissement des comptes couraitts d'intérêts, etc., etc., les meilleurs exercices de système tnétrique et d'arithmétique?

On ne peut donemier que la tenue des tenue des livres ne soit une des plus fréquentes et des plus utiles des applications de la calligraphie et de la science des nombres. D'où nous tirons cette conséquence logique que la tenue des livres devrait faire partie intégrante de renseignement primaire des villes et des campagnes^ conséquence qui, nous Tespérons, frappera le nouveau conseil supérieur de Tinstruction publique.

Des raisons d'ordre supérieur, à la fois sociales, économiques ^ politiques et morales, militent d'ailleurs en faveur de ce progrès pratique dans renseignement primaire.

« La tenue des livres et la comptabilité sont les premières « règles de l'intérêt public,» dit avec raison M. Gornet-Bichat. « La tenue des livres est le principe de l'organisation de la société, »dit M. Darimon.

Enfin Proudhon dit quelque part dans ses Contradictions économiques : « J'ai fîni^ par découvrir que la comptabilité est toute « Véconomie politique, qu'elle est la science des comptes de la a société, des lois générales de la production^ de la consommation '« et des richesses. »

Combien de temps encore laissera-t-on à la porte de nos école» une science d'une telle importance, d'une telle utilité pratique dans la vie de chacun comme dans la vie des collectivités? Et ne comprendra- t-on pas bientôt de quelle force de réflexion et d'action l'on prive chaque génération sevrée de cette science ?

Ah! nous voudrions savoir quelle raison Ton pourrait bien invoquer en haut lieu pour refuser plus longtemps aux enfants du peuple cet enseignement devenu incontestablement nécessaire!

Car enfin, entend- on préparer des générations aptes aux luttes internationales du commerce et de l'industrie, aux entreprises sé~ rieuses et raisonnées scientifiquement, au moyen de l'enseignement actuel, propre à préparer surtout des rêveurs, des mécontents et des déclassés ?

Une des qualités fondamentales du commerçant, dit M. Lefèvre» c'est de savoir introduire dans ses magasins ou dans ses bureaux un ordre aussi parfait que possible : il n est pas moins [nécessaire que son instruction et ses idées soient classées et ordonnées avec le même soin. Rien d'inutile ne doit encombrer son établissement et son esprit, et chaque chose doit être bien à sa place dans Tan et dans l'autre.

. En France, on croit avoir tout fait en formant des bacheliers ; où prépare-t-oa des commerçants comme les entend M. Lefèvre?

« L'étude de la comptabilité offre d'ailleurs un côté moral que .

« Ton ne méconnaîtra pas, dit M. Tissot. Une bonne comptabilité- « est partout la meilleure preuve possible de V amour de V ordre ^ « C*esl dans l'organisation de son comptoir, dans la tenue de se& « écritures que le négociant fait juger de sa capacité réelle, de son '« intelligence administrative et de sa bonne foi, »

(c Les notions les plus usuelles de commerce, dit M. Woisard,. « devraient faire partie de l'instruction générale. Chercher à rendre « ces notions populaires, ce serait même travailler à l'amélioration « des mœurs, puisque, en diminuant le nombre des dupes, on dimi- « nuerait certainement celui des fripons. »

Il est certain qu'actuellemient l'élève sort de l'école primaire, voire du collège ou du lycée, sans savoir un mot des chosesies plus usuelles du commerce, de l'industrie, dés usages, du droit, de quoi que ce soit de la vie pratique enfin. C'est un aveugle qu'on lance sur le chemin bordé de fondrières, peuplé d'intrigants et de coupe-bourses. Il y deviendra ce que sa bonne étoile voudra bien. Ce n'est pas qu'il ne sache une foule de choses, c'est que ces choses sont pour la plupart inutiles ou mal appropriées.

On est loin encore d'être persuadé de cette vérité, que nous empruntons à M. Mazaroz, à savoir qu'en instruction publique rien ne doit se généraliser, qu'au contraire tout doit se spécialiser, si l'on veut faire rendre à chaque individu, au profit de la société, ce que la nature a déposé en lui de valeur productive.

En popularisant l'art de la tenue des livres et les notions les plus usuelles du commerce, on donnerait non seulement aux générations prochaines le goût de l'ordre, ainsi que des connaissances pratiques immédiatement utilisables, mais encore assez de science pour qu'elles se trouvassent à la hauteur du rôle difficile qu'elles auront à soutenir.

Car, au train dont vont les choses, dans vingt ans d'ici la concurrence BROIERA tout COMMERÇANT QUI NE SERA PAS COMPTABLE.

11 est donc nécessaire, essentiel^ de former de^ commerçantscapables d'être comptables et des comptables capables d'être corn* berçants; or, ce n'est que par l'école primaire qu'on préparera ce résultat.

Aussi répétons-nous notre question et demandons-nous de nouveau quelles raisons l'on pourrait bien invoquer en haut lieu pour refuser plus longtemps un enseignement d'où dépend certainement l'avenir commercial, industriel et agricole ée la France.

Ce ne peut être assurément la question d'argent, cet enseignement n'exigeant aucuns frais de matériel.

Mais peut-être dira-t-on que les instituteurs primaires ne sont

pas suffisammeot préparés, qu'ils ne px>s8èdeDt pas actuellement la science quUis auraient à enseigner. Celte raison .ne serait que spécieuse. Muni d*un bon traité élémentaire de commerce et de tenue d^s Uvres, tout maître serait bientôt en mesure d'enseigner suffisamment.

Terminons en faisant un dernier emprunt à la brochure remarquable intitulée : le Bilan financier de la France, que M. Mazaroz vient de faire paraître et qui mérite Tattention des hommes sérieux.

« Gomme principe général d'enseignement, dit M. Mazaroz, il « faut mettre le plus possible la théorie à côté de la pratique, « c'est-à-dire instituer uni versellement Ta^e^i^r-^co^e et leLferme- « écôïe ; ^ puis, établir Tinslruction dans le même esprit pour « les professions libérales; mais en constituant partout i'enseigne- « nient du dessin et de la comptabilité^ comme étant les deux « initiateurs du travail et de la production en toute chose I

M. Mazaroz est fabricant, l'observation et l'expérience de chaque jour lui ont démontré ces vérités, dont nos commerçants, nos industriels et nos agronomes devraient être tous pénétrés.

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