‹ Le Congrès des comptables français: Questions actuelles de comptabilité et dChapitre 18 sur 88 · POPULARISATION DE LA COMPTABILITÉ · texte numérisé non relu

POPULARISATION DE LA COMPTABILITÉ

(Suite,)

La question de la popularisation de l'enseignement de la comptablité, ou, plus simplement, de la tenue des livres, est donc une question de premier ordre où l'on entrevoit que l'avenir même de la France est en jeu, dès que l'on songe, pour ne citer qu'un exemple, à la concurrence, tant nationale qu'internationale, que suscite la diffusion du progrès scientifique et industriel sur tous les points du globe, concurrence chaque jour plus redoutable qui, sous peu, ruinera quiconque, commerçant, fabricant, agronome, ne se résignera pas à abandonner les vieux errements routiniers pour donner intelligemment à l'élément comptable la place qui lui revient dans les entreprises.

L'avenir, qu'on le sache bien, est aux nations qui sauront compter, aux nations comptables. Cet avenir est prochain, il faut s'y préparer sans retard, nous ne nous lasserons pas de le répéter.

Naguère vendre beaucoup suffisait pour l'emporter de haute lice sur le marché et réaliser de superbes profils. Il y avait alot's entre le prix ée revient et celui de vente unfe matge de bénéfice qai permettait le laisser-aller dans les entreprises commerciales ou indostrielles. L'rmporlance des résultats faisait cfu'on fermait les yeux sur maintes négligences touchant la fabrication, Tadministra* lion ou la comptabilité de ces entreprises .

Il n'en est plus de même aujourd'hui. La marge du, bénéfice s'esl retrécie. Elle tend à diminuer sans cesse devant Taffinence de Toffre venant de tous côtés. De sorte que, pour les commerçanis et les fabricants sérieux et intelligents, vendre beaucoup n'est pips un élément de succès qu'à la condition d'opérer, non de chiCy non au jugé, mais en toute coïinaissance de cause ; qu'à la condition de voir clair dans leur afi'aire, et d'y voir clair absolument, au moyen non plus de cette tenue de livres rudimenlaire qui se. borne à inscrire tant bien que mal les opérations sur les livres, mais d'une comptabilité savamment combinée, établie de façon à donner exactement, tous frais fixes et variables comptés, je prix de revient intégral de chaque marchandise, de chaque produit, que ce produit ait passé par un ou par vingt ateliers successifs.

Les commerçants et les fabricants qui comprennent ainsi le commerce et la fabrication sont actuellement fort rares, et c'est ce qui explique Je nombre prodigieux et sans cesse croissant des faillites; eh bien ! il faut que cette minorité intelligente devienne la généralité d'ici à vingt ans, sinon c'en sera fait de notre commerce et de notre industrie.

Ah ! les temps sont passés de la vente au jugé et de la comptabilité par à peu près ! Les gens avisés en feront leur .deuil et quitteront prudemment les sentiers de la routine, peuplés d'ignorants, d'écervelés et de pirates, pour entrer dans le chemin du? commerce honnête, qui n'a pas peur de la comptabilité^ au cou-» traire, parce qu'il comprend que sans elle tout est désordre, incer-, litude et déboires, tandis que par elle tout est ordre, clarté et s^ûreté. .. •

Eh bien ! quel plus sûr moyen de préparer à la France des générations de commerçants sérieux, éclairés, appréciant à sa valeur la science comptable dont la génération actuelle afl'ecte de faire si peu de cas ; quel plus sûr moyen aussi d'assurer des comptables instruits à ces commerçants de l'avenir qu'en rendant o6%atoîVc l'enseignement PRIMAIRE et secondaire de la tenue des livres appliquée au commerce, à l'industrie, à l'agriculture ? -

La France est un pays de commerçants et de producteurs ; oi;^ n'est-il pas vraiment surprenant qu'on n'ait pas encore songé à donner aux enfants de ce pays l'instruction pratique ^ui convient à des travailleurs, c'est-à-dire de justes notions sur les usages du commerce, sur les échanges, la production, et assez de science comptable pour juger sainement de la comptabilité et être en mesure d'en appliquer les principes avec discernement et profit.

Si actuellement 90 commerçants sur 100 ont leurs livres en désordre ; si 80 % des faillites sont atlribuables à ce désordre, n'est-ce pas justement parce que ces commerçants, par le fait de leur ignorance même, ont cru pouvoir se passer d'une comptabilité bien ordonnée, et se sont même imaginé réaliser une économie en faisant tenir leurs livres au rabais ?

L'ignorance ! voilà le mal auquel il faut remédier. L'ignorance, qui mène au désordre et à tout ce qui s'ensuit ; l'ignorance, qui mène aussi à la piraterie.

En définitive, nous ne sommes réfractaires à la comptabilité, du bas en haut de l'échelle sociale, que parce que la comptabilité est hors l'école. Qu'on l'y fasse donc entrer ! Le conseU supérieur de l'instruction publique, ou le ministre qui fera cela aura rendu le plus grand service à la France ; il aura bien mérité de là patrie.

Il y a d'ailleurs, outre les raisons d'utilité pratique et d'économie commerciale, toute sorte d'autres raisons non moins pesantes de populariser la comptabilité, cette science sociale par excellence à laquelle les hommes doivent de pouvoir vivre en bonne harmonie au milieu de leurs transactions, c'est-à-dire au milieu des plus grands éléments de discorde imaginables.

Que les gouvernants y songent ; c'est à la comptabilité que se heurtent les théories vaines, car la comptabilité est de toutes les sciences la plus positive, celle par conséquent que les utopistes redoutent le plus; celle, sans nul doute, à laquelle les sociétés de l'avenir devront leur salut ; celle que les hommes éclairés et vraiment patriotes voudraient voir propager et progresser, celle enfin qu'il faut donner au peuple pour l'éclairer définitivement.

Apprendre au peuple à compter, à lire dans les comptes, c'est tout simplement lui donner le. moyen de résoudre, dans un temps donné, le vaste problème social qui a pour objectif la plus grande ^omme possible de bien-être et de justice pour chacun et pour tous.

Une nation n'est, en définitive, pas autre chose qu'une grande société anonyme commerciale» industrielle,, agricole et financière.

qu'il s'agit de faire produire beaucoup et d'administrer au meilleur marché possible.

Quand les actionnaires de cette société, nous voulons dire quand le peuple entendra la langue comptable, il est de toute évidence qu'il demandera des comptes clairs, qu'il réclamera des contrôles certains, en un mot qu'il voudra savoir où passent ses deniers.

Il saura bien trouver alors dans son sein des mandataires pour le lui apprendre au juste. Ces mandataires, les chambres syndicales de comptables, répandues dans toute la France, les lui fourniraient.

Inutile d'ajouter qu'alors le peuple ne serait pas loin d'atteindre, sans secousses et le plus simplement du monde, l'idéal des sociétés humaines petites et grandes, qui est l'administration intègre à bon marché^ laquelle, pernaettant d'assurer économiquement la production, permet par conséquent de réaliser pour tous la vie à bon marché.

Voilà où le peuple arrivera quand il saura manier chiffres et comptes, voilà ce que le peuple gagnera à apprendre la comptabilité, et voilà ce qu'il ne réalisera ^amae^ tant qu'il restera étranger à cette science, qui régit et domine toutes les actions humaines.

Tout milite donc en faveur de la popularisation de la tenue des livrés par l'enseignement primaire et secondaire; aucune objection, aucune raison sérieuse ne peuvent être invoquées pour refuser plus longtemps cette vulgarisation de la science indispensable à tous, et il est évident pour nous que le temps n'est pas loin où cet enseignement sera décrété. Conséquemment, il est bon de se préparer dès maintenant à cette expectative et d'examiner si l'on est en mesure, pédagogiquement, de donner l'enseignement que nous réclamons.

Muni d'un bon traité élémentaire de commerce et de tenue des livres, disions-nous dans notre précédent chapitre, tout instituteur primaire serait bientôt en état d'enseigner. Il est, en effet, certain qu'un bon traité, tant au point de vue théorique qu'au point de vue pratique, suffirait à faire de nos instituteurs primaires, qui ont à un si haut degré l'intelligence et l'habitude de l'enseignement, d'excellents professeurs de tenue de livres. Mais ce traité bien fait existe-t-il ? Hic jacet lepus. Un ancien proverbe dit que, pour faire un bon civet, il faut d'abord et avant tout un lièvre ; de même, pour instruire sûrement et avec fruit les enfants d'une école, les citoyens d'une nation, dans une science quelconque, il faut tout d'abord une bonne méthode.

Oi LE CO.NGRÈS DBS COMPTABLEIS.

. Ëb bien ! possédons-nous actuellement une bonne méthode de tenue de livres ? une méthode simple, élémentaire, bien écrite, préFientant la science comptable d'une façon claire» mtellîgible ? une méthode, en un aiQt^, faite de telle façon que, grâce à elle, rinstituteur primaire se trouve à même .d'enseigner et de bien •nseigner ?

Répondre à cette question est chose assez délicate. Aussi, afio qu'on ne nous taxe pas de parti pris, nous ne croyons pouvoir inieux faire que de donner la parole aux auteurs spéciaux euxmêmes. Evidemment, nous apprendrons ainsi le cas qu'il faut faire des nombreux ouvrages de comptabilité parus jusqu'à ce jour. Nos citations, comme on va en juger, seront fort piquantes et de nature à intéresser les personnes qui s'occupent du mouvement de l'instruction en France ; on pourrait les intituler : les Auteurs de traités de comptabilité jugés par eux-mêmes.

LES AUTEURS DES TRAITÉS DE COBiPTABIUTÊ

Page 1