‹ Le Congrès des comptables français: Questions actuelles de comptabilité et dChapitre 19 sur 88 · JUGÉS PAR EUX-MÊMES · texte numérisé non relu

JUGÉS PAR EUX-MÊMES

E. T. JONES, ED. DEGRANGE, L. DEPLANQUE, T. POITEAT.

Les auteurs sont nombreux qui ont écrit soit sur l'art de la tenue des livres, soit sur la science des comptes; aussi ne citerons-nous que l'opinion des principaux et des plus originaux d'entre eux. Ce sont, par ordre non de mérite, mais d'ancienneté : E.-T. Jones, auteur anglais traduit en français : Edmond Degranges père, Jaciot, Edmond Degranges fils, L. Deplanque, Yalentin Poitral, Talbotier, Cornet-Bichat, H. Vannier, Pigier, Mongioot, A. BeaucheryïGimrd et Guillaumot, Courcelle-Seneuil, Tissot, Gonventz, A. Guilbaut, Barré, Tacaille, Wargnies-Hulot et Guillay.

Les deux premiers, E.-T. Jones et Edmond Degranges pè'Ç» datent de la fin du siècle dernier; la première édition de leur ouvrage parut en 1795. E.-T.Jonesétaitun adversaire déclaré de la comptabilité en parties doubles et partisan résolu de celle en partie simple, Edmond Degranges professait l'opinion contraire. La vérité était de ce côté-ci du détroit. Ce qui a lieu d'étonner, c'est que la méthode du premier fut approuvée par la Banque d'Angleterre et par la Banque de Bristol. C'était d'ailleurs le premier ouvrage remarquable qui parût en Angleterre sur la comptabilité.

La première édition eut 5,000 souscripteurs au prix d'une guinée. Au reste, E.-T. Jones, tout en se faisant le champion de la partie simple, :fut un des promoteurs des progrès, de la partie .double.

Ainsi, sa balance trimestrielle, a propagé chez nous- la balance mensuelle des écritures ; et l'emploi qu'il fit des colonnes distributives dans son journal et dans son grand-livre donna Fidée du journal-grand-livre. EL -T. Jones fut donc un trouveùr et somme toute, son ouvrage est véritablement remarquable pour l'époque.

Voyons ce qu'en dit Edmond Degranges père, champion de la partie double, qu'il a puissamment contribué à vulgariser, el le promoteur, en France, du journal-gran^d-livre, méthode dont, par parenthèse, il se garda bien de préconiser remt)lôi général, comme l'ont fait depuis lui nombre de pseudo-învenleurs:

« La méthode de M. E.-T. Jones piqua d'abord la curiosité, ♦ parce qu'elle venait de l'étranger et parce que son auteur se

montra un des plus ardents détracteurs des parties doubles ; mais « bientôt l'inconvénient d'un Grand-Livre qui ne contenait que des

chiffres, la complication des moyens d'en distinguer des articles ' et celle des explications qu'il fallait débrouiller firent mieux " ressortir l'extrême simplicité des parties doubles et prouvèrent « que l'étude de cette méthode est la plus facile et la plus courte, " parce qu'elle est réduite à des principes certains. »

Voyons maintenant ce que dit E.-T. Jones des parties doubles, dont Edmond Degranges est, en 1785, le seul défenseur autorisé :

« La méthode dite à parties doubles, aussi compliquée qu'ohs- " CMre, a quelque chose de mystérieux jusque dans son nom, et « certainement on n'a jamais employé un système plus ingénieur ' sèment imaginé pour couvrir Vinfamie, quoiqu'elle n'ait pas " été inventée pour cela.

C'était raide, un véritable coup droit.

« D'ici à peu on n'en parlera plus, » conclut l'auteur anglais avec moins de clairvoyance. %

En effet, en dépit des attaques passées, présentes et futures, la comptabilité en parties doubles tient encore et tiendra toujours le haut du pavé, par la raison qu'elle repose sur un principe vrai et tjue ce qui est vrai l'est éternellement. Les dissidences ne peuvent donc se produire raisonnablement que sur l'application du principe el non sur le principe lui-même .

Voici maintenant, en suivant Tordre des auteurs que nous avons nommés plus haut, l'opinion que Jaclot, auteur d'un traité de Tenue des livres enseignée en 24 leçons, sans maître^ a émise sur Edmond Degranges père, qu'il dépouillait en partie.

« Son traité eut un succès mérité ; pour la première foislesys- « tème des parties doubles a été expliqué par des démontrations « claires... Mais cet ouvrage aurait eu besoin d'être r^/*azï, plu- « sieurs années avant la mort de l'auteur, et nous avons regretté « que le temps et les forces lui aient manqué pour cette entre- « prise, qui aurait, il est vrai, été très pénible, mais qui était « indispensable pour conserver à son livre la vogue dont il a joui « si longtemps. »

Ce à quoi Edmond Degranges fils, continuateur de son père et auteur estimable, répond :

« C'est ainsi qu'en annonçant la mort de l'auteur, qui datait de « vingt années, M. Jaclot essaye à'enterrer, pour ainsi dire, le u livre de mon père, et qu'il s'abstient adroitement de dire un seul « mot du fils... M

Mais passons à son appréciation de la méthode Jaclot. C'est un modèle du genre. Qu'en en juge :

« Reudons-lui cette justice, malgré l'obscurité profonde doses «< cinquième, sixième et septième livres, on peut y entrevoir et « présumer qu'il sait quelque chose de la tenue des livres, ;j«* « suffisamment pour Venseigner aux autres, mais peut-être assez w pour la pratiquer lui-même. »

Plus loin, Edmond Degranges ajoute ces quelques lignes qui, bien qu'écrites il y a quarante ans, ont conservé, comme on va le voir, toute la saveur de l'actualité :

(( En résumé, le livre de Jaclot eut une influence bien fatale à H la science, en ce que, sa grande insuffisance ne l'ayant pas « empêché de se vendre (il eut même une grande vogue), il réveilla « les prétentions d'une foule de gens qui, parce qu'ils étaient « teneurs de livres, experts près d'un tribunal ou bons calligraphes, « se jugèrent capables de publier chacun son livre sur la matière. « Alors^ cette averse d'écrivains rompit entièrement la digue et, « faisant irruption par la brèche ouverte dans le domaine de la

.( science avec leurs opuscules ou leurs grosses compilations, ils « l'ont en quelque sorte couvert de matériaux informes ou dé débris « qui menacent de la replonger dans son chaos primitif. »

Il est de fait qu'il existe au moins quinze c^n #5 ouvrages traitant de comptabilité . Quel dédale !

Écoutons maintenant L. Deplanque, un émule de Degranges, un imitateur^ dit ce dernier, mais dont, quoi qu'il en soit, le volumineux traité est encore lu. Deplanque n'y va d'ailleurs pas de main morte.

« Il n'est pas un écrivain que nous sachions, parmi ceux qui « ont traité la matière, qui ait défini clairement, simplement et « nettement ce que c'est que la partie double, ce que c'est que la « partie simple, en quoi elles diffèrent l'une de l'antre.»

M. Deplanque, avant de lancer une pareille affirmation, aurait peut-être dû relire les auteurs dont il s'est inspiré. Après quoi, se relisant lui-même, il aurait évidemment constaté qu'il n'avait pas fait mieux que ses devanciers, qu'il n'avait fait qu'enseigner absolument les mêmes choses, dans des termes semblables ou à peu près.

Mais la bonne foi, parait-il, n'a rien à voir dans les boniments que les auteurs de traités de comptabihté ne manquent généralement pas de placer en tête de leurs livres, boniments qu'on peut traduire en trois mots : « Prenez mon ours! »

Lisons à présent ce que dit à l'adresse des auteurs précédents et de tous les imitateurs passés et présents, le vétéran actuel des méthodistes, nous avons nommé M. Valentin Poitrat, inventeur de la comptabilité autodidaciique française, « plus simple que les « parties simples, plus double que toutes les parties doubles, » et supérieure, cela va sans dire, à toutes les méthodes connues.

« J'ai dû, comme tous les comptables de mon temps, pratiquer « les anciennes méthodes. J'en ai profité pour les étudier à fond, « les pénétrer dans tous leurs mystères, en connaître parfaitement « la constitution. J'en suis arrivé à conclure que le commerce, « l'industrie et la banque étaient abusés par une odieuse auper- « chérie et victimes d'une illusion déplorable. »

Toujours la même tactique. Prenez mon ours, pas celui d'à côté, il est empaillé I

Il est juste de dire que M. Valentin Poitrat n'a pas à redouter

répithèle de plagiaire, car son système est bien le fruit de ses méditations propres. On peut en contester la valeur pratique et scientifique, non l'originalité. Cependant, malgré la persévérance infatigable de Tauteur, malgré qu'il promît au commerce une économie annuelle d'un milliard cent vingt-huit millions (sic) s'il adoptait sa méthode de préférence à celle des parties doubles, M. Valentin Poitrat n'a pu réussir à faire accepter d'une façon un peu générale sa comptabilité autodidactique française. Pour notre compte, nous faisons à cette méthode le reproche d'être d'un abord difficile, et nous ne voyons pas qu'au fond son auteur soit aucunement autorisé à dire qu'elle est plus simple que les parties simples et plus double que les parties doubles.

Quoi qu'il en soit, le système des parties doubles est resté maître du terrain, résultat qui, sans doute, n'a pas peu contribué à jeter de l'humeur dans l'esprit du courageux vieillard, que nous voyons se plaindre très amèrement de ce qu'il appelle la routine et, d'autre part, molester d'importance les imitateurs, ou prétendus tels, de son système. Ecoutons-le:

« Je suis homme de mon temps, j'accepte le progrès partout où « je le trouve, je l'appelle où il n'est pas. Je n'hésiste donc pas à « déclarer que tous les efforts sérieux tentés dans l'intérêt de la *< comptabilité auront toujours en moi un sympathique concours. " L'expérience et le travail ne sont le monopole de personne, encore « qu'ils soient le lot du petit nombre. Mais les plagiaires méritent « la réprobation de tous les honnêtes gens. Ne sachant ni inventer « ni créer, ils ont, pour cacher leurs emprunts, transformé le livre « de CAisSE-PORTEFEUiLLE de la méthode française en journaux à « colonnes et autres, sans tenir compte qu'ils retombaient dans le « vieux système^ où il n'y a ni contrôle, ni balances justes {allons « donc!) et avec l'audace de dissimuler les livres auxiliaires, dans « le but de faire croire au public qu'avec deux livres seulement ils « constituaient une comptabilité. Ces faux auteurs, dont on doit se « méfier, ont donné à leurs contrefaçons les noms de méthode (( Dusser, méthode Tissot, méthode Larmigny, Gonventz, etc. « Tristes auteurs et habiles jongleurs ! »

Mais on va voir que M. Valentin Poitrat n'a pas le monopole de ces... attrapages, et qu'ils sont au contraire passés en coutume chez MM. les auteurs de traités de tenue de livres.

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LES AUTEURS DE TRAITÉS DE COMPTABILITÉ JUGÉS PAR EUX-MÊMES CORNET-BICHAT

Les quelques citations que nous venons de faire ont déjà démontré que nos auteurs de traités de comptabilité ne marchent pas précisément d'accord dans les sentiers ombreux, sinon obscurs, de leur science et qu'ils parlent une langue qu'ils sont loin d'entendre de la même façon,

On aura également remarqué que si ces auteurs pèchent sur beaucoup de points, ce n'est certes pas par excès de modestie ni ds courtoisie, et que, s'ils ne s'entendent pas le moins du monde ent^e eux, ils s'entendent fort bien au contraire, chacun de son côté, à vanter sa méthode et à érein ter scrupuleusement celles des confrères. Hélas ! ce désaccord remarquable n'est guère concluant, — à moins qu'il ne le soit trop, — et le public pourrait bien être do l'avis de M. Gornet-Bichat, auteur du Nouveau Journal- Grand- Livre, lorsqu'il dit :

« D'où vient que cette obligation d'une comptabilité régulière « faite au commerçant, — tout à la fois par son propre intérêt, par « la loi et par sa conscience, — est si généralement négligée? La « divergence^ les longueurs, les complications des systèmes de « Tenue des livres en usage sont la principale cause de cette indif- « férence et de cette incurie déplorables ! »

C'est parfait. Malheureusement M. Gornet-Bichat ne parait pas aussi bien inspiré lorsqu'il s'agit de faire mieux que ses devanciers, et le Nouveau Journal Grand-Livre, d'aspect tout monumental, qu'il propose à l'admiration de ses contemporains comme remédiant aux susdites divergences, longueurs et complications des systèmes en usage, ne tarde pas à essuyer une bordée de sifflets des mieux nourris et à fournir prétexte aux critiques les plus acerbes.

On sait que le Journal- Grand-Livre n'est pas autre chose que la réunion du Journal et du Grand-Livre en un seul registre qui, ouvert, présente d'un côté, sur la page à gauche, le Journal ; de l'autre côté, sur la page à droite, le Grand-Livre, dont les comptes disposés non plus par pages, mais par colonnes, reçoivent tout de suite les sommes inscrites au Journal. Un échiquier sur lequel des

pièces sont éparses donne une idée assez exacte de cet éparpillement de chiffres.

C'est ce système qui, depuis E.-T. Jones et Edmond Degranges, ses deux pères, a été cent fois modifié, à la joie de MM. les papetiers autant qu'au désespoir de MM. les comptables, dont il est le casse-tête chinois ; c'est ce système, simple en apparence, mais compliqué en réalité, et d'ailleurs d'une application restreinte, que M. Cornet-Bichat avait eu la malencontreuse idée de perfectionner de nouveau, avec une persévérance et une conviction dignes d'ailleurs d'un meilleur objet.

Mais il faut entendre M. Cornet-Bichat faire l'apologie de son œuvre.

« Après vingt ans de recherches laborieuses ^wpvh9> avoir étudié « les diverses méthodes, expérimenté les divers systèmes, pratiqué « la comptabilité chez un grand nombre de commerçants des plus « notables, etc., j'ai trouvé le Nouveau Journal-Grand-Livre, type « de comptabilité uniforme^ qui, par une combinaison des plus « simples, présente jour par jour, dans son ensemble, au moyen « d'un tableau synoptique de perpétuelle comparaison, toutes les « opérations que fait un commerçant, et donne journellement c( aussi sa situation active et passive, ses bénéfices et ses pertes. »

Voilà certes une belle trouvaille, et, si M. Cornet dit vrai, il a bien syjet de s*en glorifier !

Hélas ! la muse de la critique lui souffle de perfides conseils, et il entreprend de descendre les confrères du piédestal sur lequel ils ont eu chacun tant de peine à se hisser. Écoutons-le ;

«De tous les journaux-grands-livres que nous avons examinés, étu- ^ diés avec soin, aucun n'a justifié son titre et répondu aux besoins « du commerce. Pourquoi? Leurs dispositions étaient ingénieuses, (c mais compliquées, et cependant incomplètes... Il faut bien le « dire, tous ces registres, mal interprétés ^ faussement établis y disu posés sans ordre^ sans réflexion, etc. »

Le reste sur ce ton. Nous abrégeons forcément.

« Pour nous, — conclut triomphalement M. Cornet-Bichat, — « pour nous, nous avons cherché une solution au problème et établi iv\m\ï\vQ sans précédent aucun (sic). Notre Nouveau Journal- « Grand-Livre devient un registre indispensable ^ unique etindis^

« cutable^ et aujourd'hui nous pouvons affirmer que le problème (( de la comptabilité simple et infailuble est résolu ! » Dzim, boum, boum, ça y est l En.avant la musique I

Il a tout simplement suffi à M. Cornet-Pichat, pour résoudre le problème et produire son livre indispensable unique et indiscutable, autant qu* in faillible, de changer la disposition usuelle du Journal-Grand-Livre, en plaçant le journal au milieu du registre, c'est-à-dire en le flanquant à gauche du débit du Grand-Livre, à droite du crédit. C'était bien simple !

— Ma foi, s*écria alors la galerie, s'il a fallu vingt années de recherches laborieuses à M. Gornet-Bichat pour aboutir à ce maigre résultat, il faut convenir que son génie inventif ne tient pas précisément du prodige ! Mais cela n'empêche pas notre auteur détenir bon pour son invention et do continuer de faire la leçon aux autres.

Après avoir dirigé de ci de là quelques pointes acérées, il s'attaque enfin résolument au vénérable Valentin Poitrat et brise contre lui une lance en faveur de la partie double, qui est, dit-iJ, et sera toujours le seul mode de tenue des livres à employer ^ en se servant, bieii entendu, de la méthode Gornet-Bichflt. Inutile de dire que M. Valentin Poitrat lui retourne sans tarder la monnaie de sa pièce, et même au delà. Lisons d'abord l'attaque :

« Quant à la valeur de la méthode autodidactique de M, Poitrat, « dont la première édition date de 1833, il résulte des explications « fournies par l'auteur lui-même dans son ouvrage que tout son '< système repose sur une série de Registres et dé Balances disposés " à sa manière, et dont voici l'énumération :

« 1° Un livre de Vente (disposition spéciale) ;

« 2° Un Livre de Caisse (d° compliquée) ;

« S'' Un Grand-Livre (d°) ;

« 4» Un Livré-Journal (d**) ;

« 5* Un Petit-Livre des Balances partielles et mensuelles « (d"» très compliquée) ;

« 6' Un Livre-Résumé des Balances partielles {d^, d°) ;

« 70 Un livre résumé des Balances mensuelles et générales « (do, do) ;

« 8^ Un livre de liquidation du Grand-Livre nommé Feuille '< BAUNCE (d°, d*) ;

« C'est avec ce léger bagage de livres que M. Poitrat établit « avec simplicité son système de comptabilité.

« Mais tous ces registres sont aussi dispendieux qu'inutiles ;

« ils exigent une -attention des plus soutenues pour éviter toute « erreur de chiflFres, ils répètent doublement les opérations et ne u font qu'embarrasser Télève et le praticien. Puis la méthode « française autodidactique est une méthode d'application spé- (( ciale, qui exige des comptables spéciaux; de sorte que, si un « comptable vient à quitter la maison où Ton pratique le système « Poitrat, le ressort ingénieux de cette machine n'agit plus, et la « maison se trouve dans le plus grand embarras. Aussi, malgré « tous les efforts qu'a faits M. Poitrat pour populariser son ensei- « gnement, sa méthode s'est trouvée circonscrite à quelques maice sons du quartier de la rue des Lombards et de la rue Saint- « Denis. »

Voici maintenant la réponse que M. Poitrat, toujours bon à consulter en matière d'éreintement, décoche à son adversaire dans ce style incorrect qui lui est familier et qui semble d'ailleurs commun à la majorité des auteurs de traités de comptabilité. Cette fois M. Valentin Poitrat a la main plus lourde que d'ordinaire, mais le mot pour rire. Il s'égaye et égayé le galerie au détriment du Journal'Grand'Livrey ce double registre si bizarrement soudé et réuni en un seul, que nous avons nous-mème comparé aux frères Siamois et à Millie- Christine^ auxquels il fait involontairement penser i

« ... Il est pourtant encore des fanatiques endurcis qui ont osé <( créer un livre monstre, que l'on appelle Journal- Grand-Livre, <( obligeant non seulement à semer çà et là les chiffres dans ses « colonnes multiples, mais d'en faire aussi de cent à cent vingt « additions au bas de chaque page, avec les reports, un à un, de « ces mêmes chiffres, en tète de l'autre page, et de pages en pages. « Quel travail de Romain !

« Un autre fanatique, plus tenace encore, partisan effréné du « journal monstre à colonnes, s'est assimilé le droit, par une idée <r saugrenue, de transformer ce dernier, qui est déjà d'une mons- « trueuse étendue, en un autre plus étendu et plus monstrueux « encore, formant trois parties : l'une à gauche, composée de dix « colonnes; l'autre à droite, composée également de dix, toutes « remplies de chiffres; et enfin le milieu où le conducteur de ce « grand journal à triples compartiments fait sa parade, d'après son « type emblématique et son étendue incommensurable ; ce journal « a dû être modelé sur le grand éléphant du Jardin d'acclima- (( tation^ qui porte à dos, en guise de paniers, des gradins remplis « de monde, comme les colonnes du journal à triples comparti-

« ments sont remplies de chiffres. Nous pensons que pour ci^èr « un tel phénomène, comparé au grand éléphant de la caravane, « on ne peut se nommer que Cornac ou Cornet, et non comptable. »

N'est-ce pas véritablement amusant ?... Et édifiant donc !

Mais nous avons parlé d'une bordée de sifflets, et nous ne pouvons faire autrement que citer au moins deux des siffleurs. C'est ici le cas de faire entrer pn scène M. Auguste Beauchery, le promoteur du projet de Congrès des comptables, Fauteur de « la Révo- » lution dans la Comptabilité yi ^ critique inflexible, autant que malveillant de parti pris, devant lequel aucun des auteurs de méthodes, plus ou moins nouvelles, aucun des traités plus ou moins rajeunis n'a trouvé grâce jusqu'ici.

Écoutons-le. Après s'être écrié, d'un ton menaçant, parlant à la pluralité des auteurs :

« Ne tergiversez pas, en théorie ou eh pratique, car j'ai voué « mon existence à la poursuite des faux initiateurs de la science en « comptabilité, à l'extinction complète de leurs errements et à « l'exposition de leur ignorance. » Après avoir ainsi parlé, M. Beauchery prend personnellement à partie M. Cornet-Bichat dans ces termes :

« M. Cornet, officier d'Académie^ professeur au Collège armé- « nien, professeur à l'Association polytechnique, expert vérifi- « cateur, membre de plusieurs sociétés savantes, de plus « inspecteur général des chemins de fer de France^ donne lieu « d'espérer que l'expérience acquise par l'étude sur une si vaste « sphère d'action, procurera un travail sérieux sur la comptabilité. « L'examen de sa méthode pourra seul nous le faire savoir. Or, ce « qui dès le début vient faire douter de la simplicité de la méthode « de M. Cornet, c'est la signification qu'il applique aux comptes « GÉNÉRAUX, c'est le classement arbitraire qu'il leur impose :

« Toute entrée de marchan- « dises, d'espèces, d'effets à re- « cevoir, d'effets à payer, de « mobilier, d'immeubles, de « pertes ou frais généraux pro- « venant des escomptes, rabais «< et frais divers, constitue un

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