DÉBIT
« Donc les mots doit, débit ou « entrée, sont synonymes du « mot : PASSIF.
« Toute sortie de marchan- « dises ^ d'espèces, d'effets à re- « cevoir, d'effets à payer, de « mobilier, d'immeubles, de « profits provenant des es- « comptes,rabais,etc,, etc.,que « l'on nous fait, constitue un « crédit.
« Donc les mots avoir, cré- « dit o\x sortie, sont synonymes « du mot : actif.
74 LE CONGîlÈS DES COMPTABLES.
« Que dites-vous, lecteur, de ces conséquences?
(( Doit, débit, entrées, signifiant même chose pour les mar- {( chandises qui entrent en magasin que pour les rabais^ qui sont « des entrées. en moins!
u Avoir ) crédit, sortie, désignant même opération pour un « effet à payer qu'on souscrit que pour les escomptes obtenus, qui «i sont des sorties en moins !
« Escomptes, rabais, se mêlant aux frais généraux» et le tout « s'cûglobant dans les pertes ou profits, comme si les frais généu raux se composaient d'escomptes et de rabais, et comme s'ils « étaient des pertes !
(f Doit, débit, entrée, parvenante être synonyme» de passif ; « alors que si M. Cornet rencontrait labonne fortune d'un héritage « de 50,000 francs, il se hâterait de transcrire cette recette au doit^ « déhit^ entrée de son compte de caisse, etbn formerait un actif. »
Et M. Beauchery parle ainsi pendant trente pages de critiques tout aussi acerbes, tout aussi inflexibles, au bout desquelles on est bien obligé de convenir qu'il ne reste rien de l'œuvre de M. Cor* net-Bichat, et que cet auteur a écrit un livre détestable au point de vue de la théorie et de la pratique. Ah ! M. Beauchery est un terrible lutteur et un maître éreinteur auquel il ne faut pas demander des ménagements. Nous trouverons plus d'une occasion de le citer, mais nous troiiverons aussi celle de prendre la revanche de ses victimes, et Ton verra le cas qu'il faut faire des prétentions de M. Beauchery au titre de rénovateur de la comptabilité.
LES AUTEURS DE TRAITÉS DE COMPTABILITÉ JUGÉS PAR EUX-MÊMES JOLY, V. DOUBLET, L. DEPLANQUÈ
Continuons nos citations.
Voici maintenant ce que dit M. P.-G.-L. Vautro, un érudit.
« La tenue des livres est encore de nos jours dans les tombeaux du xvi* siècle, exhumée de temps à autre par de sftrupuhuas antiquaires qui tremblent d'en altérer ou l'esprit ou la forme. »
On ne peut plus spirituellement dit. Cela s'adresse évidemment aux auteurs de méthodes théoriques, à ces comptables de cabinet, experts en l'art de plagier et de dépouillerleurs prédécesseurs, tout
en les traitant d'ignares. Les praticiens peuvent sourire, le trait passe au-dessus de leurs têtes.
M. Joly, auteurd'une compiabilité commerciale, privée et agricole , SANS MAiTHE, enSOleçous, un des auteurs si vertement traités par M. Beaucherj, s'exprime à son tour en ces termes sur le même sujet :
« Ceux qui ont entrepris de simplifier la science de la comptabilité depuis le xv® siècle n'ont fait à quelque chose près que.compliquer cette étude et la rendre incompréhensible, »
Comme on le voit, M. Joly renchérit sur l'auteur précédemment
cité. ,
Voici maintenant comment M. Bçauchery termine la verte critique qu'il fait du livre où M. Joly se montre si sévère pour ses devanciers et concurrents ; « Maintenant qu'il a réduit la tenue des livres à sa plus simple expression, — lui qui n'en sait pas le premier mot, — qu'il l'a mise à la portée de toutes les intelligences, — lui qui a e^nbrouillé toutes questions^ toutes notions, — commerçants faites faillite ; société, contrôle si tu peux ! »
C'est la peine du talion. M. Beauchery est un terrible justicier.
Ecoutons maintenant M. V. Doublet, auteur d'une méthode ingénieuse et facile pour apprendre seul et sans inaitre (sic) la tenue des livres.
«Quoiqu'on ait multiplié presque à rinfîni les traités de tenue des livres, nous, professeur vieilli dans le métier (de professeur, sans doute ?) nous avons reconnu avec peine que loin d'aplanir les difficultés on n'avait fait que rendre plus compliquée la science du comptable : » '
Ce à quoi M. Beauchery répond :
« Nous prenons l'engagement de démontrer à l'auteur que aôn « ouvrage entièrement simplifié ne permet à personuo d'apprendre (^ seul eisans maître.,, »
Et plus loin M. Beauchery conclut, après avoir d'ailleurs aisément tenu l'engagement annoncé : a Cette méthode n'est « qu'une méthode de plus ajoutée à cette multiplication infinie de " traités de tenue de livres : c'est tout, mais c'est trop. »
Citons maintenant l'opinion de M. Edmond Degranges fils, auteur de traités très estimés au commencement de ce siècle et fortement mis à contribution par la horde des imitateurs à gages d'éditeurs :
« Devenue en quelque sorte le patrimoine d'une classe d'auteurs « sans savoir et sans dignité, cette modeste sciefnce se trouve vrai-
« ment affectée de la lèpre des mauvais livres ; il n'est pas si mince « teneur de livres, si faible expert près un tribunal, si hardi calli- « graphe qui ne s'estime, en raison seule de sa profession, capable « de faire un bon livre élémentaire, imitation plus ou moisis libre « sur la comptabilité... N'est-il pas pénible de voir des chefs d'éta- « blissement fort estimés confier aveuglément, parce qu'ils n'ont « pas les plus légères notions de comptabilité, renseignement de « leurs élèves à des professeurs qui prennent pour base ces livres « erronés. Il n'y a donc plus à s'étonner que cette science si émi- « nemment utile reste ignorée, puisqu'on la dénature pour ainsi « dire à sa source, ni de rencontrer dans le monde des affaires au- « tant de comptables incomplets, sans nulle intelligence du véritable « esprit des parties doubles; ils les apprennent dans des auteurs « qui neTont pas. » Très juste, mais quel style, hélas î
Passons au compétiteur d'Edmond Degranges, nous avons nommé M. Louis Deplanque, auteur d'une tenue des livres, mise à la portée de tout le monde, pour être apprise sans maître. On va voir que ce dernier auteur le prend de non moins haut que ses prédécesseurs.
« On a créé bien des méthodes pour parvenir à tenir les livres, « on a fait bien de la science, on s'est rendu obscur et ineompréhen- « sible. Les auteurs, sentant eux-mêmes l'insuffisance et pourtant la « prolixité de leurs explications, ainsi que la difficulté pour le lec- « teur de saisir leur idée au milieu des termes techniques dont ils « l'entourent, tout enveloppée d'ailleurs d'un style dogmatique, les « auteurs, disons-nous, n'ont trouvé d'autre moyen que de recom- « mander à l'élève d'avoir recours à un maître en la matière. « C'était bien la peine de faire étudier 500 pages pour donner cette « belle conclusion à méditer! »
« M. Louis Deplanque adresse cette dernière pointe à l'auteur « de la Tenue des livres enseignée sans maître^ réplique M. Ed. « Degranges fils; on le reconnaît, ajoute-t-il, au volume de 500 « pages qu'il lui reproche. Mais celui du critique en a plus de 800 ! « Et, d'ailleurs, quelle ingratitude ! c'est à lui qu'il a pris, sans façon, « la séduisante amorce de son titre, enseignée sans maître, qu'il « a su transformer, par cette variante : apprise sans maître. >»
Après avoir ainsi pris la défense de M. Jaclot, M. Ed. Degranges ne tarde pasàriposter pour son propie compte. Mais reproduisons d'abord la tirade de M.Louis Deplanque en son entier.
« Et pourtant, continue cet auteur, de quoi s'agissait-il? Oh!
a mon Dieu , de la chose la plus simple du monde. Mais nos docteurs, « tout bouffis de leur science^ oubliaient une circonstance presque « insignifiante, une bagatelle; c'est qu'ils parlaient un langage qui (( ne saurait être compris du plus grand nombre, puisque c'est un u langage de convention et connu seulement des adeptes ; c'est que « leurs définitions étaient erronées^ leurs raisonnements insaisis- « sables et leurs principes présentés d'une manière inintelligible. » Et M. Deplanque de conclure en lançant ce dernier pavé sur la tête de ceux qu'il a dépouillés : « Ainsi donc, lecteurs, nous suivrons « une marche tout autre que celle de nosfdevanciers, et nous es- « pérons arriver au terme de la carrière qu'ils n'ont pu atteindre.» « Par ces seuls extraits, s'écrie M. Ed. Degranges piqué. au vif, « notre écrivain nous fait connaître son cafaclère, son goût et sa « manière. »
Nous voudrions pouvoir citer toute la réplique, car elle mérite d'être lue ; Ed. Degranges y consacre une quinzaine de pages fort curieuses et des plus édifiantes, auxquelles son compilateur n'a jamais répondu, que nous sachions, embarrassé d'ailleurs qu'il eût été de le faire d'une façon satisfaisante. Cueillons cependant l'alinéa suivant qui donnera une idée de l'ensemble.
« En vérité, l'auteur de la tenue des livres, pour être apprise « SANS MAITRE, qui nous qualifie avec ce bon goût, mais un peu « amer pour nous, de docteurs tout bouffis de leur «ciewc^, justifie « bien, par ses explications nébuleuses, qu'on le qualifie à son tour « de docteur en galimatias et même en galimatias double ; car le a galimatias simple est compris par l'auteur seul sans l'être par « ceux qui le lisent, tandis que le galimatias double n*est compris « de personne, /)a5 même de celui qui le fait, »
Pendant que nous y sommes, reproduisons la péroraison de cet éreintement en règle, où les bonnes raisons sont au service d'une rancune implacable autant que justifiée.
«... Il fallait de toute nécessité soumettre les pièces au lecteur « pour qu'il pût lui-même asseoir son jugement, termine Ed. De- « granges qui ajoute :
« Il serait trop long de relever toutes les erreurs et les absences « de savoir spécial, tout le ^ro^es^we et le /awo? que renferme ce «gros volume; mais ce qui précède suffît, ce nous semble, pour « faire voir que c'est une œuvre mal composée sur les livres d^au" « trui imparfaitement compris, avec les ciseaux inintelligents du « compilateur et la plume à variantes de l'adroit copiste, par un
« écrivain qui n'a jamais pratiqué sans doute, ni bien possédé les « sciences qu'il enseigne... Triste spéculation de librairie qui, sous « un titre plein d'amorces, feint de donner en un seul volume « toutes les sciences accessoires du commerce, pour atteindre à « cette foule crédule qui n'achète un livre que sur les promesses « de la couverture. »
Le fait est que le cours complet d'études commerciales d'Edmond Degranges coûtant environ 30 francs, le public devait se laisser aisément amorcer par un ouvrage en un seul volume promettant le même enseignement et qui ne se vendait que 7 fr. 50, prix d'ailleurs très rémunérateur et qui permettait môme à l'éditeur àQ pousser l'ouvrage en faisant une forte remise aux libraires chargés de l'écouler.
Mais où M. Ed. Degranges n'a pas raison, c'est lorsqu'il s'écrie : « Tels sont les livres qui circulent on ne sait pas pourquoi*,. » On s'explique au contraire parfaitement ce pourquoi.
Vouliez-vous.un succès durable, il fallait modérer votre plume, il fallait condenser les principes théoriques et les exemples pratiques, il fallait enfin non seulement se mettre à la portée de toutes les intelligences mais encore à celle de toutes les bourses. Voilà, de nos jours surtout, la condition du succès. L'œuvre de M. Edmond Degranges renferme d'excellentes pages, mais elle est par trop prolixe. C'est d'ailleurs le vieil enseignement, avec le brouillard unique à la base. M. Pigier a donné le coup de grâce à tous ces vieuît livres.
Voici maintenant quelques citations prises dans les soixante pages de critiques que M. Beauchery consacre à Toeuvre de M. L. Deplanque, l'auteur favori des libraires.
« G^est un gros volume que M. Louis Deplanque a mis au jour, « mais il n'en est pas meilleur pour cela. Il dénote, il est vrai, une <( certaine érudition dans la matière ; mais des connaissances comp* « tables, aucune. »
« Pour être apprise sans maître. » Voilà Taffirmation de « M. Deplanque, dès le début, continue notre expert en critiqiïe, '( or page 4 de son volunie, nous lisons :
ce Ils se tromperaient fort.ceux qui, sans aucune connaissance « du commerce, de ses usages, de ses opératioyis, croiraient se i< dire teneKrrs de livras en lisant un traité sur la maiière. »
G*est bien pourquoi, ajoute avec bon sens M. Beauchery, nous blâmons la prétention d'un frontispice, qui dispense du maître.
Prenant à partie la pratique du Brouillard unique^ que M. Deplanque recommande à la suite de tous les théoriciens qu'il compile, M. Beauchery décoche ce trait final à ce nouveau docteur, bouffi non de science mais de suffisance, comme dit Edmond Degranges.
« Malheureusement M, Deplanque n'a pas suivi une marche « tout autre que ses devanciers, »