DROITE
« Pourquoi avons-nous en France abondance de teneurs de ^ livres et disette de comptables? Cela tient à la multiplicité des « études réglementaires qui ne permettent guère aux chefs d'institu-
« tion d'organiser un cours de comptabilité ; cela tient encofe à ce (( que les anciennes méthodes, toutes défectueuses qu'elles sont ^ au « point de vue de la clarté, jouissent toujours d'une vogue que Va,- <( ridité de Tétude, ni les nombreuses déceptions rencontrées dans « la pratique n'ont pu vaincre.
« Aujourd'hui, cette science s'impose d'elle-même à cause de la <( concurrence qui oblige les négociants à doubler le nombre de leurs « clients, s'ils ne veulent pas voir péricliter leur chiffre d'affaires ; « elle s'impose, parce que les frais généraux augmentent au fur et à « mesure de la diminution des bénéfices ; elle s'impose, car, sous « prétexte qu'on se destine à choisir une profession libérale, on au- « rait tort denégliger l'étude delà comptabilité ; donc, l'exclusion « de cette science n'aura plus de raison d'être quand son étude sera « rendue facile, quand V exécution pratique n'exigera plus de con- « naissances spéciales, »
Gomment la possession d'une science aussi utile peut-elle ne pas exiger des connaissances spéciales? Mais poursuivons :
« Vers l'année 1844, une tentative a été faite en vue de simpli- « fier la tenue des livres par un professeur d'un mérite réel, j'ai « nommé M. Valentin Poilrat, dont je m'honore d'avoir été l'élève. « ( — Qu'en dit M. Poitrat? — Voir la réponse, page 68.) Malgré les « avantages de cette méthode, elle ne s'est pas généralisée, parce « que, à tort ou à raison, on lui reproche d'^ïr^re^^^e ce qu'elieétait « à son début; on n'accepte qu'avec mérmnce Isicolonne unique de « son principal registre, dans laquelle on est obligé de confondre le « doit et Vavoir des comptes particuliers avec Ventrée et la sortie « des marchandises générales ; on n'admet qu'avec hésitation les « lettres et signes im^o^és par cette méthode, parce qu'ils seraient, « dit-on, logiquement remplacés par des chiffres que chacun pour- « rait comprendre : on épilogue encore sur beaucoup d'autres points « (la critique est si facile). ?>
« A mon avis, la comptabilité préférable à toute autre sera celle « dont Tétude sera rendue facile et qui, avec moins de travail pour « le comptable et plus de renseignements pour le chef de maison, « se prêtera le mieux aux exigences de chaque commerce ou indus- « trie, sans enfreindre les prescriptions de la loi. »
<i Peut-on réclamer aux anciens systèmes les avantages signalés « ci-dessus? Assurément non. »
Suit une liste d'ouvrages facilitant Vétude de la comptabilité, laquelle n'exige pas de connaissances spéciales^ mais réclame tou-
tefois un léger déboursé de 37 francs 80 pour être apprise selon la méthode de l'auteur, libraire et papetier, à Tinstar de son maître et de ses nombreux concurrents.
Mais citons encore le passage suivant dudit prospectus :
« Il serait question, dans les sphères ministérielles, de donner « l'impulsion et de provoquer un concours général de comptabilité, « comportant une série d'opérations que chaque professeur ou comp- (v table traduirait à sa guise et selon ses aptitudes. Ce serait là un « moyen infaillible de faire surgir des systèmes simplifiés, dont l'apupUcation, en matière pédagogique et en matière commerciale, « rendraient d'utiles services. Tous mes collègues applaudiront « comme moi-même, termine crânement M. Gonventz, à l'adoption « de cette mesure équitable. »
Semblable proposition avait déjà été faite par M. Valentin Poitrat en ces termes qui méritent d'être reproduits :
« Dans l'intérêt du Commerce et de l'Industrie, nous provo- « quons à un Concours général, par un appel aux auteurs, repro- « ducteurs et contrefacteurs^ toutes les comptabilités du monde, « afin de choisir dans le nombre des méthodes celle qui devra se (( nommer la Reine des Comptes^ et si les appelés ne répondent pas « à notre appel, nous les attendrons à la grande Exposition française (i de 1878*, et là, pour déterminer cette lutte qui sera, comme pro- « duit, ta plus importante de V Exposition (très bien, cela, M. Poi- « trat) nous adjurons le jury de vouloir bien mettre une salle d'é- « tude à la disposition des concurrents^ où chacun sera tenu, en « présence d'un Comité compétent de faire tour-à-tour une conférence « sur son œuvre. Cette traduction sera la même pour tous, écrite par « ordre de date sur un brouillard que l'on mettra entre les mains de « chacun, présentant, en quatre journées de 12 à 15 articles cha- « cune,une comptabilité complète. »
< Le Comité, en voyant opérer chaque concurrent, prendra des « notes sur leurs découvertes, afin de pouvoir juger, dans l'ensemble « de chaque système, le plus simple^ le plus économique, le plus « exempt d'erreurs ; de celui aussi qui aura le moins de pages d'écri- « ture, le moins de chiffres, quijprendra le moins de temps, qui
1. Au mérite d'être le seul des inventeurs de méthodes qui n*ait copié personne, M. Poitrat ajoute ici celui d'être le vérUàble père de Tidée d'un Congrès de comptables, idée reprise plus tard par M. Beauchery qui, ainsi qu'on l'a vu, page S3, s'entend fort bien à faire du vieux-neuf.