‹ Le Congrès des comptables français: Questions actuelles de comptabilité et dChapitre 26 sur 88 · ENSEIGNEMENT DE LA COMPTABILITÉ METHODE H. VANNIER · texte numérisé non relu

ENSEIGNEMENT DE LA COMPTABILITÉ METHODE H. VANNIER

Avec M. Vannier commence l'ère et la triomphe des auteurs et des professeurs purement théoriciens.

Les premiers ouvrages de M. H. Vannier datent d'avant 1840. Cette qualité exclusive de théoricien qu'il y montra, qualité fort peu appréciée des hommes de métier et des négociants comptables, fat au contraire très prisée des pédagogues, plus sensibles à une démonstration méthodiquement faite en cette matière que bons juges sur la valeur réelle de la démonstration elle-même. L'enseignement ne possédait d'ailleurs pas de méthode spécialement écrite pour les écoles, les auteurs s'étant surtout préoccupés jusqu'alors

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deipufaliieT des .^ouArrages 'didactiques «àUiissige des teneurs de livres et des oonMnerçaoïts. fil. H. ^aamfir 'flaha de ce côté ,1a vent du «uocès, et inottStreconnaiasonB volontiers que Tens^igiikemeiit sco. laire delà tenue (des liTres prît, ;grâee à iui, .uoeimpa^rtance et un relief sans précédents. Il fut bientôt nommé professeur de comptabilité au lycée Gharlemagne, à l'école Turgot, au collège Chaptal enfin àll^colesupéitteiire decoinroeroe.de Paris.

Inutile de dire que le prestige et rautorité que lui donnèrent ces fonctions' bien en vue ne contribuèrent pas médiocrement à la propagation et à la vente de ses ouvrages, conçus de façon que, désormais, le premier professeur venu de 'littérature ou d'arithmétique pût se faire fort d'enseigner immédiatement la tenue des liwes. Ge.dernier.avaïilia^e,--<iue8iimable. aux yeux desdits professeurs charmés de posséder ainsi, sansétudesfpréalableSj.un titre et îune ressource appplémentaiFes, — t né l'était, pas moins à ceux des [Chefs d'institution, heureux de répondre. aux ivoaux idesi parents en ajoutant « Etudes commerciales » à leur lîonflant, programme.

Donc, bien épaulé à ses débuts, bien lancé, bien édité, fort prisé du corps enseignant. M. Vannier n'avait pas tardé à prendre la première place parmi les auteurs scolastiqués de tenue des livres, lorsque survint la nomination de M. Duruy au ministère de Tinstructioù publique.

Ce ministre, en homme qui entendait les besoins de notre époque positive et pratiqué, sentit que la tenue des livres était de tous les arts professionnels celui qu'on pouvait le plus utilement introduire dans le programme officiel de l'enseignement secondaire, qu'il remaniait, et il n'hésita pas à l'y comprendre.

L'heure du triomphe définitif du théoricien allait sonner ; ce fut alors la table des matières des ouvrages de M. H. Vannier qui servit à la confection du programme de l'enseignement officiel de la comptabilité. C'est 'du moins ce que notre heureux auteur prend bien soin de nous apprendre au frontispice de tous ses livres, et le fait est vrai.

Ce choix exclusif autant que peu justifié s'explique d'ailleurs fort bien en ce que, si nous en croyons des indiscrétions puisées à bonne source, ce serait M. H. Vannier lui-même qui rédigea ledit programme. On n'est jamais mieux servi que par soi-même, n'estce pas ?

Aussi M. H. Vannier, sans doute pour ne pas faire mentir le proverbe, se fit-il la part belle, la part du .lion, en ne la partageant avec personne. Nous ne lui en faisons d'ailleurs aucub reproche,

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plus d'un autre «n eût fait autant à sa place : on n'est pas plus parfait danâ le professorat qu'aiUeur».

Mais, hé}a8^ Thomme ne sait pas se borner. La gloire d'encadrer la lahle des maiiières de ses nombreux ouvri^ges dans un programme offiekl d'enseignement secondaire ne parut pas suffisante à notre éminent anteiir; cette gloire^ d'aiUeurs.anonyine ou à peu prèa, était par trop platonique yraimenti et l'on comprend qu'il voulût autre ohose de plus substantiel.

En somme, l'essentiel, ici-bas, est évidemment de savoir .à temps déorodher te timbale rêvée, et ne pas le faire lorsqu'elle s'offre à portée de la main vous classe un homme dans la catégorie desnaïfe, dont l'anlire, celle des habiles, se rit à bon droit, selon la morale en , cours.

'làQ priorgiramme officiel du cours de tenue des livres, prescrit le 6 avril 1866, par resciit ministériel, était divisé en quatre années (excusez du peu) I C'était un canevas très/étendu, très développé, très serré, très ténu, imposé aux auteurs tentés d'entrer en lice et obligés ainsi à subordonner leurs vues, leur façon de comprendre l'enseignement de là comptabilité, aux idées émises par le rédacteur dudit programmé, caché dans la coulisse et mettant sans doufte la dernière touche à l'ouvrage destiné à répondre le premier^ et tout de suite, aux desiderata ministériels.

Ce qui est certain, c'est qu'un traité de tenue des livres, exac^ tement conforme au nouveau programme, et à son esprit, paraissait bientôt chez les éditeurs Gokis et Delagrave.

De! inauvaises langues ne manquèrent pas alors de prétendre que cet ouvrage de longue haleine était évidemment préparé de longue main, prétention de gens en retard, qui importait vraiment peu, ce qui importait étant d'arriver bon premier, chose excellente en librairie cemme ailleurs.

La timbale se rapprochait, ou plutôt la main qui allait la décrocher n'était séparée d'elle que de l'épaisseur d'une... quel mot employer pour ne froisser personne ? disons que de l'épaisseur d'une... faveur.

En effet, à peine l'ouvrage sortait-il des presses, à, peine voyaitil le grand jour des vitrines, à peine avait-on seulement eu le ten»ps de le lire en haut lieu qu*il se trouvait bombardé de l'approbation du conseil supérieur de V Université^ suprême recommandation, laissez- passer magique, nouveau '< Sésame » qui posséderait non seplement le don merveilleux de faire ouvrir à deux battants devant lui les portes de toutes les maisons d'enseignement, mais encore

celui non moins précieux de les tenir hermétiquement closes aux ' ouvrages des concurrents, La timbale était décrochée !

Mais que parlons-nous de concurrents? Y en aurait-il jamais? Se trouverait-il un éditeur assez téméraire, assez prodigue pour éditer à grands frais un cours de comptabilité en quatre volumes, convaincu à l'avance d*échouer misérablement dans cette entrepris devant le succès forcé d'un traité officiellement patronné et, pour qui connaît les usages, virtuellement imposé à l'enseignement?

La lice, un instant ouverte, était donc immédiatement fermée, et pour longtemps.

Or, que penserait-on d'un prix remporté dans une course où un seul cheval serait engagé? Un pareil fait, dira-t-on, serait impossible. Alors, pourquoi ce qui est impossible ici est-il possible là? Car enfin le programme officiel d'enseignement secondaire spécial ouvrait bien réellement un concours que nul n'avait le droit de fermer et où d'excellents ouvrages devaient se produire.

Le conseil supérieur de l'Université éprouvât-il le besoin d'en recommander un de préférence aux autres, — ingérence dangereuse que nous blâmons en principe, — au moins devait-il attendre que tous les concurrents fussent en ligne. En agissant différemment, en octroyant tout de suite et sans examen contradictoire le grand et l'unique prix du concours, en fermant ainsi volontairement la lice, n'encourait-il pas le reproche grave de compromettre l'avenir de l'enseignement, dont un ministre clairvoyant venait de reconnaître la nécessité?

Tout cela, il est vrai, se passait sous l'empire ; mais, si le règne a disparu, le privilège créé subsiste et conserve sa vertu.

En effet, l'œuvre du théoricien tient toujours la corde, le haut du pavé de l'enseignement ; elle porte toujours en vedette l'approbation « donnée à jamais? »

Ceci établi, déduisons les conséquences fatales du fait que nous déplorons :

Ou l'ouvrage du théoricien si hautement favorisé était bon, ou il était médiocre, ou il était mauvais,

S'il était bon, si l'approbation aveuglément donnée tombait par hasard sur une méthode d'enseignement théorique et pratique au niveau de l'état actuel de la science comptable, rien ou peu de chose à reprendre. L'approbation, mauvaise enprineipe, puisqu'elle empêchait la libre concurrence et fermait la carrière aux hommes spéciaux, mauvaise encore parce que la pédagogie et la comptabilité sont sans cesse perfectibles, cette approbation n'entravait pas

immédiatement le bon enseignement d une science qu*on voulait vulgariser dans Tintérét du commerce et du pays, et plaçait, en somme, un bon ouvrage entre les mains des. professeurs inexperts des collèges, lycées et écoles.

Mais Touvrage approuvé, garanti, pouvait être médiocre, il pouvait être mauvais, et alors le nouvel enseignement était compromis, faussé dès l'origine. Il ne formerait à Tavenir que des théoriciens imbus dldées fausses, antipratiques, et obligés de désapprendre plus tard, dans la vie des affaires, sur le vif de la pratique comptable, ce qu'on leur aurait inculqué durant quatre années comme étant Texpression de la vérité.

Il est donc temps que cet abus criant de l'approbation officielle donnée aux ouvrages d^s auteurs agréables disparaisse de nos usages universitaires. L'enseignement saura bien discerner le bon grain de l'ivraie. Nos professeurs trouveront dans leur conscience et dans leurs lumières de précieux guides qui ne sauraient les égarer longtemps.

Qu'on soit certain que, s'ils se trompent, ils seront vite éclairés par des résultats négatifs et par la pression ambiante de l'opinion des hommes pratiques. Enfin, la liberté de production doit désormais être intacte, sans entraves, le progrès scolastique ne pouvant être rapidement obtenu qu'à cette condition.

En conséquence, nous demandons au nouveau conseil supérieur, qui est animé, nous le savons, d'un esprit libéral, de rapporter les approbations données par les conseils qui l'ont précédé, approbations qui ne peuvent être perpétuelles, à quelque point de vue qu'on se place.

En demandant une chose aussi juste, nous ne doutons pas un seul instant que M. H. Vannier n'applaudisse au sentiment qui nous inspire et ne se joigne à nous, au moins en principe, pour réclamer la liberté et l'égalité pour tous.

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