SUBJECTIF
« Les parties doubles y ajoutent (sic) les choses, I'objectif.
« Mais comme, par imitation de la partie simple, les parties « doubles se servent de comptes^ le Journal-Grand-Livre s'oppose <* à cette pratique longue, difficultueuse et anormale ; ne trouvant « pas mieux, il propose (qui?) il propose des colonnes disposées
sur la page de droite du Journal.
« C,*efet un progrès et une protestation, mais encore faits aprè « coap.
<c C'est à ce moment cfue surgît la Révolutioi^ dafs la gomptabi- « LfTÉ (attention !) et qu'elle pose ces «Lenx questions :
« 1° Y a-t-il logicité à ce que les choses doivent^ qu'elles se doi- <c vent, qu'il leur soit dû, donc qu'elles aieilt des comptes? Si oui:
« 2" Y a-t-il une classification unique et normale de ces comptes?
« A cela la « comptabilité » répond: non; aux deux quêtions.
« La loi qui régit les personnes ne peut être la même pour les « choses,
« Les personnes doivent, et il leur est dû, elles se doivent entre « elles.
« Les choses entrent et sortent, s'échangent.
« Le Journal-Grand-Livre est la première protestation contre « cette subjectivité de la matière, contre cette assimilation de « rôles entre Tobjet et le sujet. »
Quelle logomachie, hélas ! Recourons au langage plus simple de M. Ghristiaens, un apôtre, qui nous fera mieux comprendre la pensée du « messie » de la comptabilité.
« Dans la méthode Beauchery,. aucun article n'est double, c'est- « à-dire ne contient tout à la fois la désignatioQ d'un débiteur et « d'un créancier, puisque la simple inscription du fait commercial « sur xin livre suffit à constater ou une entrée ou > une sortie de « valeur, à laquelle on oppose, parle transport à un compte, soit « un crédit, soit un débit d'une personne. »
Voilà donc qui est bien compris : aux choses des registres, aux personnes des comptes. Toute la méthode Beaîuchery, tout ce que cet auteur appelle si pompeusement « Révolution >> est là, en huit mots, qui le dispensaient d'écrire trois volumes de digressions philosophiques — à propos d'une méthode, — le lecteur s'en rend compte, qui n'est rien autre que la partie double, avec une variante dans l'application. Mais ne prononçons pas ce mot de parties doubles, qui fait bondir notre novateur.
Ecoutons plutôt M. Perdreau, l'apôtre favori, celui qui possède le mieux la pensée du maître et qui île trahit, cooune on va voir, sans doute bien innocemment :
« Lorsque le commerce eut pris plus d'extension, la partie sim- « pie devint insuffisante. Alors on imagina, en les personnifiant, « des comptes d'achats et de ventes, derecettes et de payements, etc.,
« qu'on appela Comptes Généraux. Dans la rédaction du Journal, <( on assimila les personnes aux choses et vice versa, en créant (( entre elles une dualité qui fit donner à la nouvelle méthode le (( nom de tenue de livres en parties doubles. Considérant donc les (( marchandises, la caisse^ les effets à recevoir, les eff'ets à (( payer, etc., comme des individualités, on les débite et on les cré- « dite, comme on débite et crédite les personnes.
« Les choses entrent et sortent, on les échange, là se borne (( lear rôle. Les personnes doivent ou il leur est dû: elles seules tf peuvent devoir et avoir i Cette remarque judicieuse a sans doute « lait faire à M. Beauchery toute sa révolution en comptabilité. »
Pouvait-on mieux démontrer Tinanilé d'une révolution comptable qui repose sur une simple « remarque » philosophique?
Donc, le principal, pour ne pas dire le seul argument de M. Beauchery contre le système des parties doubles consiste en ceci : « que l'on ne doit pas assimiler les choses aux personnes, que Von ne peut les traiter sur le pied d* égalité, » Il dit : Je nie qu'un objet quelconque ait droit à un compte, et il part de là pour conclure à la nécessité évidente de sa révolution comptable.
« Logiquement, philosophiquement, s'écrie-t-il, il ne doit pas « être permis de heurter ainsi Vobjectif'aiU subjectif*. Des matières « inertes ne peuvent pas devoir, il ne peut leur être du. Un compte, « poursuit notre métaphysicien, un compte c'est I'objectivité ou « OBjECTiVATiON dcs personnes. Monstruosité 1 Ou c'est la subjec- « TiviTÉ, la personnalisation des choses; autre monstruosité. »
Quel pathos ! quelles exagérations!
Ainsi, pour traduire *n langage courant la pensée de l'auteur, on ne doit pas écrire au Journal, lorsqu'on y passe écriture d'une vente : Paul à Marchandises, ni : Marchandises à Martin, pour un achat. Paul et Martin doivent seuls être débités et crédités, car ce sont des personnes. Marchandises, une chose, ne peut devoir à une personne, une personne ne peut lui devoir. Les choses entrent et sortent, elles sont indignes de recevoir soit un débit, soit un crédit, car elles sont indignes d'être assimilées à des personnes.
Donc M. Beauchery achète de la marchandise, il Ventre au livre général marchandises, tout à la fois brouillon et compte déûnitif. Il reçoit une somme, il Ventre au livre général caisse; il reçoit un effet, il Ventre au livre général effets a recevoir. Et, <l'autre part, par un report direct, il crédite les personnes en
inscrivant les remises qu'elles font sur les comptes qui leur sont ouverts au Grand-Livre.
Mais il ne crédite pas Marchandises par le débit de Paul, quand il ven'd à ce dernier; pas plus qu'il ne débite Marchandises ^ar le crédit de Martin pour Tachât qu'il lui fait. Cette relation naturelle qui existe entre Tacheteur et le vendeur, entre le débité et le crédité, et qui est si bien établie sur le Journal par la méthode actuelle, M. Beauchery la supprime totalement en même temps que tous les contrôles qu'elle donne. C'est le vieux jeu, selon lui, le jeu des routiniers, des ignares, — notre auteur n'est pas tendre pour qui n'est pas adepte de sa méthode, — le jeu enfin des comptables qui travaillent comme les moutons de Panurge suivent, sans raisonner ce qu'ils font et par pure imitation.
Eh bien ! soit, prenons un instant pour bonne cette distinction toute spécieuse — nous le prouverons — que fait l'auteur entre les choses et les personnes ; en ressortirait-il bien réellement l'absolue nécessité de « révolutionner » une pratique* qui donne, Jlf. jB^^mchery ne le nie paSy tous les résultats comptables que l'on peut souhaiter, et qui offre en outre l'avantage réel d'établir sur le Journal, dans le même article, la dualité complète des opérations quelconques, la relation qui existe entre le débitagr et le crédité, et cela, dans la majorité des maisons, sur un seul livre Journal, commode à consulter, et grâce auquel on peut aisément, en cas de sinistre, reconstituer toute la comptabilité détruite.
Un reproche purement philosophique, d'ailleurs mal fondé, peut-il faire douter de la solidité des assises d'une science quia subi toutes les épreuves de la pratique? Un théoricien, si subtil, si disert, si osé qu'il se montre, croit-il renverser l'œuvre de tous sur l'appoint d'une critique puérile? Nous croyons, quanta nous, que l'œuvre de tous résistera, non seulement parce qu'elle est l'œuvre de tous, non seulement parce qu'elle est pratique, mais encore, et nous allons bien étonner M. Beauchery, mais encore parce qu'elle est absolument rationnelle.
Mon Dieu, oui, cette science qui s'est formée et développée empiriquement, petit à petit, par le concours et l'expérience de tous, comptables et chefs d'entreprises, gens peu occupés d'ordinaire de métaphysique, il se trouve qu'elle ne heurte aucun principe philosophique et que les reproches de M. Beauchery portent totalement à faux. Cet auteur croit que tout le niondes'est trompé, et c'est lui seul qui a fait fausse route, emporté sur une mauvaise piste.
Non, non, la logique n'est pas en heurt avec la pratique comp-
QUESTIONS ACTUELLES DE GOBIPTABILITÉ. i^l
table ; non, des générations de comptables n*ont pas ainsi passé à côté de la lumière sans la voir. Elles ont distingué la vérité, simplement, dès Torigine, par la seule puissance du bon sens, inné chez rhomme, et que les philosophes, ou prétendus tels, ne possèdent pas toujours à Tégal du commun des mortels.
Reprenons la proposition de M. Beauchery : Il ne peut pas être dû à des choses^ et des choses ne peuvent pas devoir^ d'où : pas de comptes aux choses.
Nous répondons à cela : En partie double, on n'ouvre des comptes aux choses que par nécessité d'ordre et pour connaître le mouvement de ces choses.
Évidemment, il n'est pas dû aux choses et les choses ne peuvent pas devoir ; personne ne prétend cela, personne n'çntend ainsi ce système admirable des parties doubles. Quand un comptable débite « Marchandises » par le crédit d'un vendeur quelconque, quand il crédite le même compte général par le débit d'un acheteur, // rC entend pas dire autre chose que ceci, sur le Journal qu'il rédige : Le commerçant, représenté pour ses achats et pour ses ventes par le compte « Marchandises», doit aux personnes qui lui vendent. De même que les acheteurs lui doivent, par l'intermédiaire de ce compte, dont le débit représente ainsi les achats, et le crédit les ventes.
Il en est de même pour les comptes Caisse, Effets a recevoir, Effets a payer, etc., etc. Tous ces comptes, appelés généraux, à cause de la pluralité des opérations qu'ils contiennent et de la généralité des renseignements qu'ils assurent, tous ces comptes sont donc ouverts pour permettre de suivre le mouvement et la situation de chacune des valeurs composant l'actif et le passif des entreprises, mais il reste constamment sous-entendu que ce sont des comptes d'ordre, des personnalisations de convention.
On peut encore expliquer la création et le jeu de ces comptes en disant que le négociant, voulant suivre le mouvement de ses valeurs, les confie à des personnes responsables.
Par exemple : ses marchandises à un magasinier; ses espèces à un caissier ; ses effets à recevoir^ à payer ; ses meubles et immeuhles^ ses divers frais de commerce, etc., à autant de commis spéciaux qui tiennent chacun le compte de la valeur particulière dont ils répondent, dont ils sont comptables, et qui certainement pourraient, sans inconvénient aucun, donner à ce compte tout autre nom que celui de la chose remise à leurs soins.
Mais veut-on une démonstration plus saisissante encore ? Pre-
nons à ses premiers essais Tart de tenir les livres autrement qu'en partie simple. Que s'est-il passé alors ?
Le négociant a commencé par s'ouvrir un compte général CNiQUE qui lui donna la contre-partie des comptes des tiers en rapport avec lui, soit la double partie, d'où le nom de ce système.
Ainsi, achetait-il, il portait au doit de ce compte générai unique le montant de son achat, et à V avoir du vendeur la somme qu'il lui devait. Vendait-il, au contraire, il portait à Savoir de ce compte unique le montant de la vente faite, et au doit de l'acheteur la somme que ce dernier lui devait. Recevait-il de l'argent, des billets, il se débitait de même et portait par contre urr débit aux remettants. Était-ce lui qui donnait de l'argent, des billets» il procédait inversemeat. La partie double était ainsi créée en fait, au moyen de ce compte générai unique, représentant le commerçant, et d'autant de comptes personnels que de clients vendeurs ou acheteurs.
Eh bien! pour sortir la partie double de ce premier essai et la perfectionner, c'est ce compte unique, sorte de chaos où tout se confondait : marchandises, espèces, billets, valeurs de toute sorte composant l'actif et le passif, c'est ce compte unique qu'il fallut diviser pour introduire l'ordre et les contrôles dans le nouveau sytème, et en tirer tous les avantages qu'il comportait en principe.
On ouvrit donc un compte spécial à chaque valeur différente : marchandises, espèces, effets, mobilier, immeubles, etc., comptes d'ordre qu'on appela du nom même des choses dont ils donnaient le mouvement et la situation, mais qu'on aurait pu dénommer différemment, par exemple des prénoms du commerçant ou de ceux de sa famille, tandis que le compte capital, qui est le compte initial, le compte distributeur, se fût appelé du nom môme du commerçant.
ïlien n'empêchait non plus d'appeler le capital compte n°l; profits et pertes n° 1 bis; marchandises, n*' 2; frais généraux, n° 2 62*5; caisse, n° 3; effets à recevoir, n® 4; effets à payer, n® 5, etc. Ces dénominations, peu importantes en elles-mêmes, ■étaient et sont restées facultatives et de convention.
On s'explique donc par quelle nécessité d'ordre, par quel besoin de clarté, de renseignements, de contrôles, touchant la marche des différentes opérations commerciales, on a substitué plusieurs <;omptes généraux à un compté général unique, et distingué amsi la maison de commerce du commerçant.
Le bon sens, la raison, la philosophie, sont-ils donc violés le
moins du inonde dans un tel «ystème? Peut-on sérieusement prétendre que les choses y soient assimilées aux personnes ?*i?«^an fondé à faire intervenir ici la dignilé humaine et à dire qu'elle est atteinte parce qu'on ouvre des comptes d'ordre aux valeurs du commerçant? Enfin, de semblables subtilités peuvent-elles sérieusement motiver le rejet du système des parties doubles et donner prétexte à une« révolution » comptable? Évidemment, non . Telle est du moins notre opinion, et nous croyons qu'elle Bera partagée par tous ceux de nos lecteurs qui ne se payent pas de phrcisés ni de déclamations métaphysiques.
Un reproche autrement fondé que M. BeauiChery fait aux parties doubles, vise certains termes assez obscurs employés dans ce système de comptabilité, surtout au Journal. Ce même reproche a déjà été fait par divers auteurs, et notamment par M. Valentin Poitrat, auteur d'une méthode de tenue de livres conçue précisément dans le dessein de créer un langage comptable soi-disant plus clair et plus logique.
Nous ne pouvons nier que le reproche ne soit en partie fondé et que renseignement ne rencontre une certaine difficulté à faire comprendre certains termes essentiels de ce langage aux jeunes élèves. Mais est-il impossible d'atteindre ici la clarté sans toucher au système même ? Nous ne le croyons pas ; s'il y a ici des difficultés, c'est aux professeurs à les vaincre : ce qu'on sait bien s'explique aisément. Pourquoi veut-on d'ailleurs que la comptabilité, une science ^n somme, s'entende et s'apprenne sans aucun effort d'intelligence?
Est-ce là une prétention raisonnable, et doit-on plus rejeter, pour ce motif futile, le système des parties doubles, qu'on ne rejette par exemple l'algèbre, dont les termes et les formules ont bien autrement besoin d'être appris et compris avant que l'élève soit en mesure de les appliquer à la solution des problèmes ?
On devient comptable comme on devient mathématicien, par la volonté, par Tapplication, par un travail soutenu.
M. Beauchery, qui rejette de sa théorie et de sa pratique les termes : doit, avoir, débit, crédit, les remplace, — imitant en cela Ji. Talbottier, — par les mots: entrée, sortie.
Eh bien, en quoi ces mots, dont on se sert d'ailleurs dans le système actuel, sont-ils plus rationnels que les précédents? Ils ont leur signification propre et leur application particulière, que notre auteur a le tort de forcer et d'étendre, car, étant plus précis que «débit et crédit », ils se trouvent être moins élastiques et moins généralisables.
140 LE CœVGRÉS DES COMPTABLES.
En effet, que signifie le mot entrée placé en tète de la page de gauche d'un livre, et le mot sortie placé en tête de la page de droite de ce même livre? Simplement que tout ce que Ton inscrira sur la page gauche entrera, et que tout ce que Ton inscrira sur la page droite sortira.
Prenons le livre de frais généraux, que M. Beauchery propose pour remplacer le compte général de ce nom, et inscrivons à gauche tous les frais d'une entreprise pendant une période quelconque. Sont-ce là des entrées? Les entrées de quoi, s'il vous plaît? Des entrées de frais, direz-vous. Mais peut-on soutenir ^e des frais entrent? Quoi ! je sors 1, 000.fr. de ma caisse pour payer des frais quelconques, et vous appelez cela une entrée 1 Voyons, est-ce sérieux?
Mais supposons le fait inverse : une partie de ces frais m'est reversée, il me rentre par exemple 500 francs; or, si je vous écoute, j'inscrirai cette rentrée à la sortie de Frais Généraux? Eh bien, pensez-vous que l'élève comprendra aisément qu'une chose qui rentre doive être portée à la sortie? Vous avez souci de l'enfance, vous ne voulez pas qu'on torture son entendement; commencez par ne pas en donner l'exemple.
Les observations qui précèdent sont également applicables au livre de Profits et Pertes. Qu'on le dispose par entrée et sortie, les pertes figurent à Ventrée et les bénéfices à la sortie.
Comme c'est clair ! Peut-on entrer une perte et sortir un bénéfice? Nous le demandons, l'élève ne saisira-t-il pas bien mieux l'explication suivante :
Le commerçant est représenté^ pour les pertes et les bénéfices qu'il fait, par un compte de pertes et profits. Le débit de ce compte indique les pertes, le crédit, les profits. C'est-à-dire* que le commerçant est débité des pertes et crédité des bénéfices de son entreprise.
conclusion
A notre gré, le meilleur moyen d'avoir raison des exagérations et des hâbleries des méthodistes est de parler un langage simple et de ramener les choses à leurs justes proportions. Les principes, les règles, les procédés comptables doivent être clairement exposés si l'on veut qu'ils soient clairement compris.
L'art de tenir les livres débute et devait débuter parle mode simple, qui se présente tout natureljement à Fesprit de Thomme . Le négociant, préoccupé surtout de savoir « ce qu'il doit » et ce « qu'on lui doit, » ouvre des comptes aux personnes en rapport d'affaires avec lui. Ses opérations à terme, achats, ventes, figurent dans ces comptes, ainsi que les règlements auxquels elles donnent lieu.
Les organes de cette partie simple primitive sont ; 1<* un Brouillard, sur lequel le commerçant inscrit au fur et à mesure toutes les opérations qu'il fait ; 2° un Journal, qui reçoit la mise au net du brouillard, sous une forme déjà méthodique, les tiers y étant débités de ce qu'ils doivent et crédités de ce qui leur est dû ; 3° un Grand-Livre, où les comptes des tiers, précédemment débités et crédités sur le journal, sont ouverts par doit et avoir, et reçoivent chacun l'inscription des sommes qui les concernent. C'est le livre de dépouillement par comptes, comme le journal est le livre de dépouillement par dates.
Quant aux opérations au comptant, achats, ventes, payements, recettes, elles figurent au Brouillard et au Journal sous forme de note, comme mémoire, et ne donnent lieu à aucun compte.
Il n'est pas non plus, dans cette méthode, tenu de comptes des frais de commerce, des pertes ni des bénéfices. De sorte que si le commerçant veut un jour savoir ce qu'il a gagné, ce qu'il a perdu, en un mot s'il veut connaître sa situation, ses livres ne la lui diront pas, même d'une façon approximative. Il sera obligé alors de faire un inventaire exact de tout ce qu'il a, de tout ce qu'il doit, pour connaître son capital, augmenté ou diminué selon les chances. C'est un navire qui a marché sans boussole avec un gouvernail tenu > d'instinct par le timonier.
Voilà dans toute sa naïveté la tenue des livres en partie simple primitive. On remarque que ses. organes sont complets déjà. Ils comportent deux sortes de livres : celui de première impression^ ceux de mise au nep et de dépouillement. D'une part le Brouillard unique, constituant la comptabilité auxiliaire ; de l'autre le Journal elle Grand-Livre, constituant la comptabilité générale. Voilà pour la première étape comptable.
La seconde étape s'effectue par une modification, légère en apparence mais considérable en réalité, apportée à ce mode par trop élémentaire de tenue des livres.
On imagine tout simplement de diviser le livre de comptabilité auxiliaire sur lequel il repose, et Ion fait du Brouillard unique : un brouillard de caisse; un Brouillard de magasin; un, Brouillard
de porte feuille y etc., livres que Ton dispose par Doit et Avoir. A gÇLUche le Doit, c'est-à-dire l'entrée; à droite TAvoir, c'est-à-dire la sortie. Aiosi, à Teotrée du broniliaiHl de caisse, la recette ; à la sortie, la dépense. A rentrée de magasin, le&achats; àla sortie, les veBtes, etc., etc.
Le négociant qui, précédemment,- ne savait que ce qu'il devait et ce qui lui était dû, va maintenant connaître, voire contrôler : par son lii^re de caisse^ le mouvement d'entrée et de sortie de ses •espèces; par son livre de magasin, le mouvement d'entrée et de sortie de ses marchandises; par son livre de portefeuille^ le mouvement d'entrée et de sortie de ses effets, etc.
De sorte que sa comptabilité auxiliaire lui donnera dorénavant la situation de ses valeurs commerciales, pendant que sa comptabilité générale lui indique ce qu'il doit aux tiers et ce que les tiers lui doivent.
Cette subdivision du Brouillard primitif, on le voit, contenait la partie double en principe, c'en était l'idée première. En attendant, elle assurait des écritures doubles à la partie simple, avantage précieux pour le négoce.
Remarquons en effet que le commerçant, recevant par exemple 1.000 francs deX..., inscrivait cette somme d'une part k Ventrée de son Brouillard de caisse, et d'autre part, surle Journal, où il portait un Avoir à X... De même, vendait-il de la marchandise à ferm^, il inscrivait cette vente à la sortie du Brouillard de magasin ety d'autre part, sur Je Journal* où il portait un Doit à l'acheteur. Et ainsi de suite. Pour toutes les opérations d'achat, de vente, et ppurles règlements de ces achats et de ces ventes : double inscription, doubles écritures.
Mais cette sorte départie double, mi-partie daa& la comptabilité auxiliaire, mi-partie dans la comptabilité générale, manquait évidemment d'équilibrel Dans certains cas, l'équation n'existait pas ou elle restait incomplète. Le commerçant ne tairda pas à s'apercevoir en« effet que certaines opérations ne figuraient que dans la. comptabilité auxiliaire. Ainsi des dépen&es occasionnées par ison commerce même : frais d'entretien, de personnel, importions, etc^, q*J6 d'autres opérations figur.aient dans la comptabilité' auxiliaire et dans la comptabilité générale, sa^ps cependant se . balancer. Par exemple, qu'un effet sorti du portefeuiile. pour 1.000; francs, sa valeur nominale, n'étant admis à Tescompte que pour 990 francs parie banquier, débité d'autant, il en résultait une différence, ua litige de 10 francs entre la sortie de portefeuille et le débi^ du
QUESTIONS ACTUELLES DE COMPTABILITÉ. l^g
banquier; entre la comptabilité auxiliaire et la comptabilité génér rala$ soit une équation incomplète.
C'est alors qu'a lieu la troisième étape comptable, car c'est alors que la nécessité dJobtenir une double partie exacte, celle des tiers et la sienne, s'impose à l'esprit du commerçant. Outre (^q qu'il doit et ce qu'on luidoit^ outre le mouvement d'entrée et de sortie de ses valeurs, il veut encore savoir au. juste à combien montent ses frais généraux, il veut surtout <;onnaître ses proflLs et ses pertes, enfin il veut pouvoir, au moyen de ses seuls livres^ être tenu constamment au courant de sa situation. C'est du moins ce qui lui semblerait être l'idéal comptable qu'il s'agit désormais d'atteindre.
Deux moyens s'oflrent alors à lui pour obtenir l'équation complète et réaliser définitivement la double partie : 1° compléter la série des livres auxiliaires en tenant un livre d'Inventaire ou d'Apport de capital, un livre de Frais Généraux, un livre de Pertes et Profits, en un mot autant de Brouillards entrée et sortie qu'il sera nécessaire pour qu'aucun fait commercial, quel qu'il soit, n'hait lieu sans que la comptabilité auxiliaire l'enregistre. Voir dans ces livres auxiliaires autant de comptes généraux tenant également lieu de journaux spéciaux, supprimer par conséquent l'ancien Journal unique comme faisant double emploi, et ne conserver de la précédente comptabilité général que le Grand-Livre, où lescomptesf des tiers restent ouverts comme précédemment; ou 2* laisser intacte la comptabilité auxiliaire de la partie simple, ne considérer le Brouillard, divisé en livres d'entrée et de sortie, que comme comptabilité de premier jet, et trouver un moyen à la fois méthodique et pratique de constituer la double partie, seulement àd^n^ le livre de mise au net et de classement des opérations par dates et par comptes qui. est le Journal.
C'est ce second parti qi|i fut adopté. Personne ne songea au •premier, tant il parut impossible aux commerçants et aux comptables d'alors que des livres brouillons, tenus par des mains inexpertes, pussent être considérés comme Journaux et comme comptes définitifs ; que l'ordre et la lumière pussent résulter d'une comptabilité aussi épar^e, aussi morcelée, aussi forcément mal établie.
Eh bien! c'est cependant là. ce que M.. Beauchery vient nous proposer aujourd'hui. Mais n'anticipons pas.
Nous avons dit précédemment comment l'équation complète, la partie double exacte, fut alors réalisé^ dans la comptabilité gêné raie au moyen de comptes que l'on ouvrit à chacune des valeurst du commerçant, de façon qu'à l'avenir t ces valeurs purent être
représentées dans la comptabilité auxiliaire par un registre ^ dans la comptabilité générale par un compte, l'un et l'autre se contrôlant.
Nous ne reviendrons pas sur ce point. Nos lecteurs connaissent la théorie de cet admirable système des parties doubles, grâce auquel on établit si nettement, sur les livres de la comptabilité générale, la réalité môme des opérations commerciales ou comptables. Chacun sait qu'il suffit de débiter au Journal toute personne ou tout compte qui reçoit par le crédit de toute personne ou de tout compte qui donne, et vice versa, pour présenter sur ce livre la dualité exacte des opérations et leur équation complète.
Résumons-nous : La tCDuc des livres eommeDce par \m partie simple, laquelle, perfeetioDiiée par la saiidlYi««lou du Brouillard primitif, donne des éerlturei doubles et aboutit bientôt au syntème des partiel doubles, système rationnel qui, entre les mains dei garantis praticiens de ce siècle, donne la solution de tous les problèmes imaipinables de eoniptabllitè.
Voilà toute l'évolution comptable. On le voit, cela peut s'exposer en quelques lignes, et l'on a peine à comprendre comment les méthodistes ont pu répandre tant de flots d'encre pour disserter sur des choses aussi élémentaires et qui prêtent si peu à la controverse.
Pas de système nouveau sans principe nouveau. Or, si le mécanisme comptable est simple ici, compliqué là, en un mot si les « méthodes » difl'èrent dans la forme, au fond toutes sans exception reposent sur le même principe d'équation constante entre le Doit et l'Avoir, principe dont aucun méthodiste ne peut s'affranchir.
M. Beauchery a donc tort de se prétendre inventeur d'un «sys-^ tème », et nous le mettons au défi d'asseoir cette prétention autrement que par des afflrmations. Ses « écritures doubles » sont de la partie double présentée sous une forme qui appartient au passé. S'il apporte réellement quelque chose, ce ne serait donc qu'une méthode de plus, absolument, du reste, comme l'a fait le chevalier Gerboni en édifiant la Logismo graphie, absolument comme l'ont fait tous les inventeurs de méthodes prétendues nouvelles, basées sur la fusion du Journal et du Grand-Livre.
Insistons sur ce point : il n'existe et il ne peut exister qu un seul « système » de comptabilité, celui des parties doubles. Mais que de façons différentes d'entendre ce système et de l'applicfu^^* De là cette quantité fabuleuse de méthodes, plus fantaisistes les unes que les autres, dont la librairie est infestée sans profit pour len-
seignement, bien au contraire. De là aussi ces divergences dans la pratique, non seulement des comptables du moyen et du haut commerce, et de ceux de la moyenne et de la grande industrie, mais encore dans la façon dont les comptables d'une même industrie ou d'un même commerce passent leurs écritures^ tiennent leurs livres et combinent leur comptabilité.
Il faut d'ailleurs distinguer entre les différentes méthodes qui se rattachent au système des parties doubles, comme les branches se rattachent au tronc de l'arbre, celles qui demeurent rivées à la routine, celles qui, au contraire, s'aventurent par trop dans les sentiers de la fantaisie, et celles dont les partisans, tout en mettant à profit les connaissances antérieurement acquises, se préoccupent sans cesse de* perfectionner leur art par le secours du raisonnement et de l'expérience, accueillant sans parti pris tout progrès réel.
Ces dernières nous intéressent exclusivement. Elles sont l'œuvre anonyme de nos praticiens modernes, de ces modestes et précieux artisans qui, contrairement aux théoriciens, apprennent et n'écrivent pas; de ces auxiliaires si utiles du commerce et de la production qui ont élevé la comptabihté à la hauteur d'une science exacte donnant la solution de tous les problèmes comptables créés de nos jours par l'industrie humaine.
Eh bien ! c'est cette science qu'il faut répandre par le livre, qu'il faut populariser par tous les moyens possibles, et surtout par l'école primaire ; car, nous l'avons déjà dit, au train dont vont les choses, avant vingt ans d'ici, la concurrence, tant nationale qu'internationale, broiera tout commerçant ou industriel qui ne sera pas comptable.
Certes on peut dire que les auteurs auraient bien mieux employé leur temps et leurs facultés à épurer le langage comptable, à faciliter la vulgarisation des bons principes de tenue de livres, en s'efl'orçant de rendre ce langage compréhensible pour tous, qu'à se torturer vainement l'esprit pour créer des méthodes prétendues nouvelles qui se ressemblent fatalement toutes.
Atlacher*son nom à une œuvre de vulgarisation, n'est-il donc pas chose autrement utile et glorieuse que la recherche stérile d'un système nouveau?
Que M. Beauchery nous pardonne de faire passer ici avant tout l'amour de la vérité, mais il nous est impossible de ne pas protester lorsque nous l'entendons dire qu'il a découvert « la comptabilité ». On ne découvre pas ce qui existe.
De même que MM. Talbottier et Tissot, M. Beauchery veut ob-
tenir les résultats de la partie double au moyen d'écritures simples portées en double.
Voici en deux mots tout le « système » :
1° Supprimer le Grand-Livre des Comptes Généraux et le remplacer par les Brouillards d'entrée et de sortie, décorés à la fois du nom de Journaux spéciaux et de Registres généraux tenant lieu de comptes;
2° Totaliser les sommes portées sur ces Registres et les pojter par périodes sur un double Journal récapitulatif, disposé à colonnes, comme le Journal-Grand-Livre tant de fois réédité;
3° Placer en tète de ces colonnes (réminiscence de M. Talbottier), les mots -^n^r^e et Sortie^ substitués aux mots Boit ti Avoir,
C'est cette Révolution hybride, faite de pièces et de morceaux pris à droite et à gauche ; c'est ce composé éclectique de partie simple, de Journal-Grand-Livre et de partie double, que l'auteur appelle un système nouveau !
Nous trouvons la prétention mal fondée, et nous le disons franchement, sincèrement, sans aucun parti pris, dans le seul intérêt de la science dont nous avons souci exclusivement. Que les membres des Congrès de comptables nous imitent. Pas de complaisances I Qu'ils se demandent comme nous, placés devant une méthode quelconque: — Où est l'avantage, où est le progrès? Sinon ces Congrès seront des assemblées sans autorité au dehors, où messieurs les méthodistes se repasseront la casse et le séné pour leur satisfaction personnelle, et ne réussiront qu'à se couvrir de ridicule.
Mais si nous ne découvrons ni l'avantage, ni le progrès réalisés par la comptabilité de l'avenir , au contraire, les nombreux défunts de cet « arrangement » nous sautent de suite aux yeux.
Pour se ménager son lecteur, M. Beauchery applique sa <' révolution )î à la comptabilité d'un petit revendeur de tissus, laquelle nécessiterait peu de comptes généraux par la méthode des parties doubles, et, conséquemment, n'exige que peu de livres généraux par celle de notre auteur, soit une dizaine de livres, y compris celui d'Inventaire ou de Capital et celui de Profits et Pertes.
Mais supposons de vastes entreprises comme la cristallerie de Baccarat, les hauts-fourneaux du Creuzot, la maison Cail et C'", ou encore comme la Société générale, le Comptoir d'escompte, elc, où les comptes généraux sont excessivement nombreux, et nous serions curieux de voir fonctionner les livres généraux de M. Beauchery.
Il faut savoir que certaines de ces entreprises comptent jusqu à
OUliSTIONS ACTUELLES DE COMPTABILITÉ. 147
500 comptes généraux et plus. Ce serait donc, par la méthode Beauchery, 500 legistres d'entrée et 500 de sottie qui seraient nécessaires pour remplacer lesdits comptes généraux.
Mais un personnel nombreux ne peut travailler sans une division des livres en séries journalières. Soit six séries pour la semaine, de 1,000 registres chacune, ou 6,000 Livres Généraux dont ces comptabilités se trouveraient dotées. Nous serions curieux également de voir le Journal- Grand-Livre centralisateur qui servirait alors à M. Beauchery pour récapituler chaque jour cet arsenal de journaux sur une seule ligne, comme il le prétend. Les copptes étant ici représentés par des colonnes, se fîgure-t-on un Journal'- Grand- Livre présentant un front de 500 colonnes I
M. Beauchery n'a sans doute pas envisagé tout cela. Voilà cependant de grosses difficultés d'application qui auraient dû le frapper, car elles compromettent singulièrement sa comptabilité dé l'avenir.
Le système des parties'^doubles, pratiqué avec intelligence, est applicable à toutes les entreprises petites comme grandes; une méthode intitulée : «révolution comptable, » ne doit pas se trouver inférieure sous ce rapport. Bien au co'ti traire, il faudrait qu'elle fût plus maniable, moins encombrante, plus pratique en un mol, et voilà qu'elle est impraticable dès qu'on l'adapte, en pensée, à autre chose qu'un petit commerce de gros.
Six mille registres au lieu de cinq cents comptes» singulière simplification ! Voilà donc à quoi aboutissent ces rénovations enfantées dans le silence du cabinet. Comment se tirer d'un pareil éparpille ment délivres? Gomment se reconnaître dans une comptabilité ainsi morcelée? Comment arriver à la rapidité nécessaire? Quel Ibuillis, quel amoncellement, quel cubage de papier!
A 10 francs le registre, voilà déjà pour 60,000 francs de livres. 60,000 francs, rien que pour les journaux, y songe- t-on? Est-ce là une révolution économique? En partie double, les cinq cents comptes généraux tiennent dans deux Grands-Livres, où Iç chef de coHïptabilité trouve, dès qu'il les veut, les renseignements dont il besoin, et au moyen desquels il obtient la balance des écritures de chaque mois le 5 ou le 6 du mois suivant.
Comment obtenir ces renseignements, éparpillés dans 6,000 journaux, et quand la balance des écritures sera-t-elle faite? Pour tout piaticien, la réponse est aisée. Chercher un renseignement dans 6,000 registres revient à chercher une aiguille dans une botte de foin. Faire la balance d'une pareille comptabilité est chose impossible dans les délais ordinaires, et même'extraordinairesi
Ces prétendus journaux, il ne faut pas l'oublier, ne sont pasdes livres contrôlés ; ils sont, comme tous les livres de premier jet, remplis d'erreurs qu'il faut rechercher et trouver. A une erreur par registre et par jour, cela ferait 180,000 erreurs à redresser avant d'obtenir la balance de fin de mois. Une année ne suifirait pas.
Ainsi la suppression des comptes généraux conduit an inorcellemeDt de la eompiabllllé, À l'éparpillenieiit de» renseigne iiientii, à une eeutraliNacion Impraticable dans lieaucoiip de eas^enOn à l'iiuposslblll té d'obtenir des balances en temps utile.
Et, d'ailleurs, quelles difficultés de maniement dans la tenue de ces livres multiples qu'on serait obligé de scinder pour faciliter le travail !
Pour ne citer qu'un exemple, supposons une opération dans laquelle un compte général ou spécial doit être débité par le crédit de cinquante comptes généraux ou spéciaux. En partie double, il faudrait tout au plus un quart d'heure à l'employé qui tient le Grand-Livre général pour reporter cette opération aux différenls comptes.
Par la méthode de l'avenir, il faudra d'abord chercher au milieu des innombrables registres, entrée et sortie, les 51 livres généraux dont on a besoin pour effectuer les reports, ce qui demandera déjà un temps considérable. Et voit-on le malheureux employé entouré (le 51 registres, les uns à gauche, les autres à droite, à ses pieds, dans le casier, partout autour de lui, et passant pour le moins des heures entières à faire ce qui ne demande que quelques minutes par le système actuel?
D'ailleurs, où donc cet employé prendra-t-il les éléments des reports qu'il fait sur les divers journaux qui gisent autour de lui? Naturellement, sur une feuille^ un bordereau^ un livre quelc* nc]ues. Voilà donc cette comptabilité auxiliaire que vous avez voulu supprimer qui reparaît !
Que de reproches, au point de vue théorique et pratique, nous aurions encore à faire à cette méthode, et comme il nous serait aisé de démontrer en détail qu'elle ne supporte aucun examen sérieux!
Mais il faut en terminer avec cette critique déjà trop longue, qu'il nous a été pénible d'entreprendre et que nous n'avons poursuivie, qu'on le sache bien, que par devoir.
Les auteurs de traités de comptabilité^ — dit quelque paft M. Beauchery, — ont le tort, généralement^ de vouloir ériger en
méthode les améliorations partielles qu'ils peuvent avoir trouvées, ou celles dont ils ont constaté V excellence dans la pratique des autres.
M. Beauchery se montre ici observateur perspicace. Toutefois les auteurs qu'il accable de pareilles vérités peuvent les lui retourner, le prétendu révolutionnaire n'ayant pas fait autre chose que ce qu'il reproche à ses concurrents.
Mais si son bagage est mince comme le leur, combien ses prétentions sont autres I En effet si, comme eux, il se dit créateur, inventeur, novateur, réformateur, etc., il se compare, en outre, aux plus grands savants, aux plus grands penseurs de l'humanité ; bien plus encore, il va jusqu'à se faire appeler par ses apôtres le «Messie de la comptabilité». Cependant qu'a-t-il réellement inventé? Rien, sinon une nouvelle manière de parler comptabilité, dont les comptables sensés font tous prompte et bonne justice. Car ils ne peuvent considérer comme « nouvelle » une méthode qui n'est autre que l'antique partie simple combinée au Journal- Grand-Livre, arrangement hybride applicable seulement à la comptabilité des petites entreprises ayant un nombre très restreint de comptes généraux, sans d'ailleurs leur apporter aucun avantage sur la partie double actuelle bien appliquée.
La comptabilité de l'avenir n'est pas là! Telle est l'opinion des meilleurs praticiens, telle est aussi la nôtre.