DEUXIÈME SÉANCE DU PREMIER CONGRÈS DES COMPTABLES
13 DÉCEMBBK 1880
Président .* M. Blanchabd.
Vice- Présidents : MM. Rey, Président du Cercle des Comptables
de Paris.
Thibault, Président de la Chambre syn- , . dicale des Comptables de Dijon,
Secrétaire général : M. Goldschmibt.
Secrétaires adjoints : MM. Pebdreau, de Lille; L'ÉTEm)ART,
La séanoe est ouverte à 8 heures 1/4 du soir.
M. LE Président. — Messieurs, en prenant possession du fauteuil de la présidence, mon premier devoir est de vous demander un vote de reconnaissance pour le Comité d'honneur qui a bien voulu nous apporter un si puissant concours ; spécialement pour M. Dietz-Monnin, dont vous avez pu apprécier le mérite ; enfin pour tous les commerçants qui veulent bien s'intéresser à notre œuvre.
Je me trouve sur ce point d'accord avec une note qui m'a été remise, et dont je vais vous donner lecture :
« Projet de vote^ présenté par M. Groké,
« LejCongrès des Comptables, désirant témoigner sa reconnaissance à
« MM. Dietz-Monnin, Poirbier, Marienval et Havabd,
pour le concours brillant et dévoué qu'ils lui ont prêté en acceptant de former le bureau d'honneur de sa séance d'ouverture, leur adresse l'expression de sa gratitude et ses vifs remerciements. »
M. LE Président. — Nous ne devons pas oublier ce que le Comité d'initiative a f«iit ; je crois que ngi^s devops lui donner une preuve de notre reconnaissance, et je croii devoir Tassocier à ce vote. (Applaudissements.)
Messieurs , les débats qui vont avoir lieu ^ont très graves, je les regarde comme devant avoir un grand retentissemeùt et j'espère que nous arriverons à faire quelque chose de sérieux et d'utile. Je n'ai plus qu'un mot à dire, c'est de prier les orateurs d'être aus&i concis que pos^
QUESTIONS ACTUELLES D8 GOHPTABILITÉ. 367
sible, car nous n'ayons que peu de lemps à consacrer aux quostions importantes qui sont à l'ordre du jour. *
Le Président donne la parole à M. Qàgej stir ie premier chapitre du programme.
M< A. Gagbt. -^ Définilion de la GQmpiabilité. — La Comptabilité est la science des comptes^ comme Tarithmétiquet dont elle découle, cal la science des nombres.
La Comptabilité, prise dans un sens général, doit se diviser en deux parties bien distinctes^ quoique connexes, qui sont :
1<* La Comptabilité proprement dite ;
2^ La Tenue des Liyres.
La Comptabilité proprement dite comprend principalement rensemble de Forganisation, de la direeêtM^, an contrôle et de la centralisation des tervioœi administratifs de tonte exploitation qnelconqtie, on de tonte administration publique, de l'État on autre» au point de vue comptable.
Elle doit s'entendre encore des calculs, de la vérification, de la détermination et de la réduction arithmétique des opérations effectuées ou à efectuer, qu'elle a mission de constater et de contrôler.
La Tenue de$ Livrei^ au contraire, est Tart d'inscrira toutes les opérations déterminées par la comptabilité sur des registres dont la formé et la tenue sont consacrées par Tusage et la méthode, et qui sont, le plus souvent encore, créés d'après les besoins, rintelligence et l'expérience du comptable.
Il résulte des définitions qui précèdent qu'il y a une différence assez sensible entre la comptabilité et la tenue des livres, partant entre le comptable et le teneur de livres, o^est-à-dire entre l'esprit qui conçoit et qui dirige, et la main qui exécute.
En effet, il suffit, pour être un bon teneur de livres, de posséder à fond la connaissance des prîncipes méthodiques; mais, pour faire un bon comptable, il faut ajouter à ces connaissances pratiques, l'esprit d'ini tiative, la compétence et l'expérience indispensables A un bon adminit'' trateur.
Le comptable donne en outre aux travaux qu'il dirige un caractère véritablement artistique, par le groupement intelligent des chiffres, dans rétablissement des tableaux synoptiques ou récapitulatifs destinés à présenter la situation générale, et par l'établissement régulier des Inven-
i. L*orateur contond évidemment ici les moiiodmniiiraiioneieampiQbiHU. Cela ne gâte rien^ bien au oontraipe, qu'un administrateur possède la science du comptable, il devrait mâme en être toujours aiqsi ; mais un comptable n*est pas tenu de posséder les coanaissanoes spéciales indispensables h, un administrateur. La missioQ des comptables se limite à introduire Tordre, la clarté, les contrôles, etc.^ dans la comptabilité des entreprises dont ils contribuent alors à guider la marche comme la boussole contribue à guider celle des navires, mais étant donnée la main expérimentée du pilote. Le premier mérite d*une définition est d'être exacte; celle de M. Qageyi ^ uae des meilleures que Qous ayons lues, m« ne l'est pas encore suffisamment.
taires et Bilans, ainsi que des tableaux de classification générale de la comf^tabilité qu^il organise.
M. LE Président. — - Quelqu'un demande-t-il encore la parole sur cette question ?
Un Membre. — - M. Perrot, craignant que sa voix ne le trahisse, m'a chargé de vous lire sa définition de la science professionnelle et de la détermination de sa base :
La condition essentielle d'une définition est d^embrasser tout le sujet, mais rien que le sujet.
Dans la définition de la comptabilité que nous soumettons à l'examen du Congrès, nous avons essayé de remplir cette condition.
Voici cette définition :
« La Comptabilité est une science qui a pour objet de mettre jour par jour « en évidence les modifications apportées au capital par suite des opérations « effectuées, en tenant écriture de ces opérations dans un ordre métho- « dique en conformité avec la loi de manière à donner constamment, a avec la situation, la balance des comptes. »
Dans une prochaine séance, nous demanderons la parole pour donner lecture au Congrès d'une étude sur la méthode et le contrôle où, noas l'espérons, cette définition eat justifiée.
M. Bbauchbrt. — Voici, pour moi, ce que j'entends par les principes de la comptabilité :
1. La Comptabilité doit avoir pour principe primordial d'exprimer, Je traduire le dualisme que contient, en elle, essentiellement, toute opération humaine qui ne peut s'effectuer qu'entre deux personnes, en deux faits opposés l'un à l'autre, que par l'échange, la réciprocité, la mutualité;
2. La conséquence de ce principe en est un deuxième, c'est que chaque partie de ce dualisme, qui le constitue, est, originairement, d'une essence autre, et doit figurer distinctement, à l'intelligence, les deux faces, les deux conditions de la nature, les personnes et les choses;
3. Le résultat de cette opposition inhérente à l'industrie, au commerce, etc . , est la reconnaissance d'un troisième principe, consistant dans le contrôle que chacune des parties exerce sur l'autre, et qu'elle témoigne par l'égalité des situations, tout opposées qu'elles sont entre elles*
4. La comptabilité doit achever l'établissement de ses principes et donner pratiquement satisfaction à ceux qui précèdent ; doit indiquer les moyens d'exécution et assurer leur tinitè absolue, logique, normale, réellement ressortant de l'expérience, en déclarant que ses doux bases fondamentales sont les Livres et les Comptes ;
A. Que les Livres sont destinés à l'enregistrement classifié et opposé des faits industriels et commerciaux, qui procurent aux intéressés la situation des valeurs, leurs mouvements et modifications, l'augmentation ou la diminution qu'elles acquièrent ou subissent ;
B. Que les Comptes ont pour destination la distribution spéciale et
opposée de ce qui incombe aux personnes^ de ce^ qui leur est imputable, par suite des valeurs qu^elles fournissent ou qu^elles reçoivent.