‹ Le Congrès des religions à Chicago en 1893 [microform]Chapitre 108 sur 195 · DE VUE CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

DE VUE CATHOLIQUE

Avec le judaïsme nous quittons le monde oriental, pour arriver à l'Occident et à la famille chrétienne. Sur ce point, le Congrès de Chicago n'a guère entendu que des voix catholiques. C'est grand dommage, car il y aurait eu profit à entendre l'opinion des grecs orthodoxes et des protestants sur les questions qui concernent le foyer domestique. C'est M. Martin Wade qui a exposé la théorie catholique du mariage dans un mémoire intitulé VÉglise catholique et le Lien matrimonial^. D'après lui, le mariage chrétien est un contrat qui comporte trois engagements : 1° celui des conjoints en tant qu'individus ; 2° un second, entre le couple marié et l'État; 3° un pacte solennel entre les parties con-

1. Barrows, I, p. 743-751. M. Wade, né en 1861, est professeur de droit à l'université d'iowa.

tractantes et Dieu. D'après la théorie qui «st à la base du mariage civil, les seuls principes reconnus sont la réciprocité des obligations personnelles entre conjoints et aussi leurs obligations collectives envers l'Etat.

« Les plus libéraux, dit M. Wade, ne vont pas jusqu'à soutenir que ce mariage soit un contrat entre les époux seulement. Cela étant, pour dissoudre l'union matrimoniale (et c'est ce qui en fait un contrat tout spécial), l'Etat, qui est une des parties contractantes, doit être consulté et donner son consentement. Mais l'Église catholique fait un pas de plus et enseigne que Dieu est une des parties du contrat et que, même avec le consentement de l'Etat exprimé par les décisions des tribunaux, le lien sacré ne peut être rompu, et qu'il a une valeur obligatoire jusqu'à ce qu'il soit détruit par la solennelle décision de Dieu — à savoir par la mort. » — En d'autres termes, l'Église ne reconnaît pas le divorce. Ici, M. Wade rectifie, en passant, les idées fausses des personnes qui s'imaginent, à tort, que le pape peut accorder le divorce. Peut-être l'erreur contre laquelle proteste l'écrivain provient-elle d'une confusion entre le divorce et la nullité de mariage. Tout le monde sait, en effet, que l'autorité ecclésiastique reconnaît des cas de nullité de mariage, quand, par exemple, le sacrement a été surpris. La non-validité du sacrement a été maintes fois prononcée par l'Église, s'il est vrai que « depuis dix-neuf siècles, le premier décret de divorce en soit encore à venir de Rome ». Alors, dira-t-on, les personnes mariées sont contraintes de vivre ensemble quels que soient les vices, les fautes ou les manquements de l'une ou l'autre partie. Non, < quand une âme, celle du mari, de la femme ou de l'enfant, est en danger — là où le corps, l'écrin de l'âme, est en danger de sévices, l'Église non seulement permet, mais elle conseille à ses ouailles de vivre séparées. Elle permet à la main de la justice d'intervenir entre le mari et la femme, de protéger la faiblesse conlre la violence...; elle permet à ses enfants de rechercher les soulagements que peut leur donner la loi civile et, au moyen des décisions des cours de justice, d'élever une barrière contre le vice, le dommage, l'injustice.... Néanmoins, à ses

yeux, le lien mystique du mariage existe toujours, jusqu'à ce que la mort y mette un terme. »

Comme l'Église ne reconnaît pas le divorce, il va de soi qu'elle ne peut sanctionner le mariage de l'un ou de l'autre des époux séparés. M. Wade cite divers témoignages en faveur de la loi et de la tradition ecclésiastiques, par exemple ceux de l'historien Gibbon, du savant légiste John Taylor Coleridge et enfin celui de M. Gladstone,

Sur le terrain où s'est placé l'auteur du mémoire, on ne saurait récuser ces autorités. Toutefois, quand il s'agit du divorce, un sérieux examen des droits de l'individu ne serait pas déplacé. Or c'est ce qui manque dans la thèse de M. Wade. Comment! en parlant du mariage, il sera question surtout des droits de l'Eglise! Et ceux de l'individu, n'existent-ils donc pas? Non, ils n'existent pas; ils ne peuvent pas exister, si l'on admet que le mariage est un pacte avec Dieu. — Le reste du mémoire du jurisconsulte catholique développe les abus qu'entraîne le mariage après divorce,

aux Etats-Unis. La législation de la plupart des Etats est beaucoup trop favorable aux intéressés sur ce point, aussi en arrive-t-on à des résultats déplorables. Au lieu de sauvegarder la dignité humaine par des contrats, aussi facilement rompus que liés, on la rabaisse par une indulgence trop souvent accordée à des époux notoirement coupables *.

VilM. — L'ÉDUCATION DES ENFANTS

Moins que toute autre religion, le catholicisme peut se désintéresser de la question de l'éducation et de l'instruction de l'enfance. Aussi entendons-nous, sans étonnement, les revendications de l'Eglise à cet égard au nom des intérêts spirituels dont elle est la gardienne. Le frère Azarias * expose le rôle éducateur du christianisme dans le dévelop-

1. Voir C de Varigny, la Femme aux États-Unis, chap. m, Paris, 1894.

2. Le frère Azarias étant mort, c'est son frère le Rév. Mullany (de Syracuse; qui a lu son mémoire.

peinent de l'humanité avec les accents d'une conviction ardente.

« Notre civilisation moderne, dit-il, a en elle un élément unique divin et impérissable, qui naît de son contact avec le Christ. Cet élément, qui en est la vie et Tâme même, c'est le christianisme. Les individus peuvent le répudier, mais en tant que peuple, nous sommes toujours fiers déporter le nom de chrétiens. Les enseignements et les pratiques du christianisme forment une partie essentielle de notre éducation. Ils se confondent intimement avec notre personnalité. Depuis le berceau jusqu'à la tombe, l'influence chrétienne doit s'exercer sur chaque acte important de la vie. Telle est la doctrine de l'Eglise et elle agit en conséquence. »

C'est assez dire que le iTÔre Azarias est adversaire de l'instruction primaire publique, parce que les écoles de l'État sont laïques, indifférentes par conséquent aux questions religieuses et que, trop souvent, la culture morale de l'enfant, qui devrait se faire dans la famille, y est totalement négligée. Cela vient soit de ce que les parents sont absorbés par les soucis du gain et les préoccupations mondaines, soit de ce que leur genre de vie peut être funeste au développement du caractère des enfants.

« Et puis, considérez ces demeures de la pauvreté et de l'indigence •— sans le moindre rayon de soleil — où la lutte pour l'existence se poursuit avec une fiévreuse intensité; considérez la demeure de l'ouvrier, d'où le père est absent depuis le matin de bonne heure jusque tard le soir et où la mère, accablée par les soins et les soucis d'une grande famille, peine toute la journée pour remplir ses devoirs de ménagère sans jamais y parvenir. Parler de l'éducation dans la famille et de délicatesse de conscience ou de développement du caractère dans de tels milieux, serait une amère dérision! »

Renan, auquel a fait allusion le frère Azarias par cette protestation indignée, n'a jamais songé à des milieux aussi hideux quand il a parlé de l'éducation morale de la famille. Il n'a pas pris comme type du foyer domestique ce qui, heureusement, ne pcnt être que l'exception. Il a sans doute

pense que Thonnêteté est un héritage sacré que dans toutes les familles les parents veulent léguer à leurs enfants.

En dernière analyse, d'après le frère Azarias, c TEglise, en tant que mère et protectrice des pauvres, a seule qualité pour faire un bon choix des maîtres et garantir leur compétence en matière de doctrine et de morale. Voilà pourquoi elle ne peut se désintéresser des écoles populaires. »

N'est-il pas étonnant d'entendre, dans un pays démocratique comme les États-Unis, soutenir la thèse favorite de la théocratie romaine au moyen âge? Ce langage parait encore plus étrange quand on se souvient qu'en Amérique l'école publique s'ouvre et se termine par une prière et qu'elle admet la lecture de fragments des Ecritures. Il s'en faut d'ailleurs que tous les catholiques américains soient aussi exclusifs : on sait que l'archevêque de Saint-Paul a admis que les enfants catholiques fréquentassent l'école publique.

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