‹ Le Congrès des religions à Chicago en 1893 [microform]Chapitre 109 sur 195 · IX. — L'OBSERVATION D'UN JOUR DE REPOS · texte numérisé non relu

IX. — L'OBSERVATION D'UN JOUR DE REPOS

La question de l'observation de certains jours de repos par année, en d'autres termes la question des dimanches et l'êtes, se lie étroitement à la vie de famille et à l'influence de la religion sur son développement moral. En effet, grâce à ces temps de repos consacrés, l'homme peut faire trêve à ses travaux et préoccupations matérielles pour songer à sa destinée et à la Providence. Aussi, sur ce point, y a-t-il eu accord parfait entre les ministres des trois religions fondées sur la Bible.

Le cardinal Gibbons et Mgr Ireland, qui assistèrent au Congrès pour le repos du dimanche (28-30 septembre 1893), signalèrent la diminution du respect pour le jour du Seigneur, comme étant la principale cause des contraventions à la loi du repos et puis l'impatience de faire fortune vite. Le D^ Felsenthali un rabbin, donna cette conclusion :

« La législation de nos Etats américains doit protéger toute assemblée réunie pour célébrer le service divin dans une église, une chapelle, une synagogue, ou un lieu quel-

conque de prière, contre toute perturbation. Ces lois doivent garantir à tout citoyen de notre pays, fût-ce au plus pauvre, un jour de repos complet par semaine. »

Tout en étant d'accord sur le principe d'un repos hebdomadaire, le Rév. Lewis a exprimé un avis différent quant aux moyens de le faire observer :

« Le sabbat, a-t-il dit *, n'est pas un accident dans l'histoire de l'humanité. Ce n'est pas un phénomène superficiel et temporaire. C'est une conception issue de la notion de temps et des rapports de l'homme avec Dieu par le temps.... L'âme ne peut entrer en communion avec Dieu sans l'intermédiaire du temps, et les nécessités de la vie, sur la terre, sont telles, que des époques régulières doivent être fixées d'avance dans ce but.... L'idée d'un temps consacré, sous des formes multiples, est universelle.

€ Un relevé des noms de jours, fait par le D'' W. M. Jones, montre que la semaine, telle que nous la connaissons, existe dans les principaux idiomes et langues de la terre. Cela ne prouve-t-il pas qu'un tel ordre a été établi par la sagesse infinie? Le sabbat et la semaine font donc partie intégrante de l'ordre divin des choses; ils ont une valeur capitale dans les affaires humaines; mais c'est une valeur essentiellement religieuse. C'est parce qu'on a méconnu ce caractère sacré, qu'on a fait du dimanche une occasion de plaisirs profanes.

« Mais ne doit-il pas être un jour de repos, de récréation physique? Sans doute, mais il ne faut pas invoquer les nécessités du corps comme raisons à l'appui; ce serait exalter le matériel au-dessus du spirituel. Surtout il ne faut pas faire du repos dominical une institution de l'Etat. On doit l'observer par motifs de conscience et non par crainte de la loi.

€ Il faut que les hommes s'élèvent au-dessus de cette idée, qu'une législation divine ou humaine peut créer ou maintenir le sabbat. Il faut plutôt qu'ils apprennent que le sabbat est une partie de Tordre éternel des choses, un élément

1, Barrowa, I, 739.

aussi essentiel de la vraie religion qu'est le soleil dans le système du monde. Et puisque la nature du sabbat est fondamentalement religieuse, toutes les considérations relatives à l'autorité, à l'observation et le caractère de cette institution pour l'avenir sont du domaine de la religion. Le respect consciencieux qu'elle mérite en tant que divinement ordonnée, consacrée à Dieu et par conséquent chargée de bénédictions pour les hommes, doit être le seul fondement de sa durée. »

Voilà, certes, tme manière de concevoir le repos du dimanche à laquelle le lecteur français est sans doute peu accoutumé. D'abord avons-nous la notion du sabbat? En Europe, elle n'est guère connue qu'en Angleterre. Elle est essentiellement judaïque. Elle est entrée dans les mœurs anglo-saxonnes au moment de la réforme de Luther. Par ce qui précède, nous voyons comment les théologiens de l'autre côté de l'Océan l'élargissent en y mêlant des éléments philosophiques pour l'expliquer et des éléments religieux pour la justifier. Le respect de la tradition se concilie très bien, dans leur esprit, avec l'idée de liberté et de progrès.

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