‹ Le Congrès des religions à Chicago en 1893 [microform]Chapitre 12 sur 195 · Voir A. Réville, Religion chinoise, p. 3ô · texte numérisé non relu

Voir A. Réville, Religion chinoise, p. 3ô

3. Swami Vivekananda, né en 1863, étudia à l'université de Calcutta et, converti aux idées de Ram Krishna, se voua à l'état monastique, à Bombay, 1889. Voir Barrows. II. p. 968. Comp. Barth, lieligions de Vlniie.

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ciées dans ce monde. Notre vie spirituelle a derrière elle des infinités d'existences et poursuit ses migrations d'un corps à un autre jusqu'à ce qu'ayant atteint la perfection elle soit absorbée en Dieu.

€ C'est ainsi, reprend M. Vivekananda, que dans les Védas rien ne rappelle un redoutable enchaînement de lois implacables, ni une succession sans terme de causes et d'efPets enserrant l'âme. A la tète de ces lois et dans chaque particule de matière et de force se trouve un être unique, par l'ordre de qui le vent souffle, le feu brûle, les nuages se « résolvent en pluie et la mort parcourt le monde >. C'est à cet être que l'âme doit « s'unir pour atteindre la perfection ».

Cette union, nous l'avons dit, est une absorption. Mais alors n'est-ce pas la perte de l'individualité? n'est-ce pas la même chose que la transformation de l'être vivant en une substance inerte, pierre ou bois.

« Je vous dis qu'il n'en est rien, réplique Vivekananda. S'il y a quelque bonheur à jouir du degré de conscience attaché à ce petit corps humain, le bonheur doit croître en raison de la personnalité, dont on a conscience en deux, trois, quatre ou cinq corps. Le but, le dernier terme du bonheur serait atteint si on arrivait à réaliser un état de conscience universel. Par conséquent, pour obtenir cette individualité infinie, universelle, il faut renoncer à cette mesquine petite individualité, où le moi est comme en prison. Alors seulement la mort cessera, quand je serai un avec la vie; alors seulement la misère cessera, quand je serai un avec le bonheur même ; alors seulement toutes les erreurs cesseront, quand je serai un avec la science même. La conclusion est nécessaire. La science m'a démontré que l'individualité physique est une illusion, que réellement mon corps est soumis à un changement incessant dans un océan de matière infini, et ïadwaita * est pour l'autre partie de moi-même la conclusion nécessaire. >

De l'exposé apologétique de Swami Vivekananda il ressort

1. liarrows, II, p. 971. Adwaîta signifie l'être uu et indivisiljlc.

que l'hindouisme enseigne Texislence d'un être infini partout présent et qui n'a pas son égal; or cet « Unique » ne constitue pas l'unité religieuse qui est le monothéisme, mais l'unité philosophique, qui s'appelle < monisme » ou panthéisme *.

Du tronc fécond de l'hindouisme se sont détachés deux rameaux vigoureux et nourris de la même sève : le jaïnisme et le bouddhisme.

Le jaïnisme ou doctrine des jainas *, religion contemporaine du bouddhisme, y ressemble par sa morale, mais en diffère par sa psychologie. Professé encore par plus d'un million d'adeptes, surtout au Dekkan, il a été présenté au Congrès de Chicago par M. Virchand Gandhi, avocat de Bombay ^, qui a exposé tour à tour la philosophie (Shrute dharma) et la morale (Châtra dharma) de sa communauté. Nous n'avons à citer ici que ce qui concerne la question de Dieu et de la cause du monde.

« Quelle est l'origine de l'univers? Cette question implique celle de l'existence de Dieu. Gautama Bouddha interdit la recherche de l'origine des choses. La littérature brahmanique fait souvent mention des < jours et des nuits > de Brahma, etc. Quant aux jainistes, écartant toute expression

symbolique, ils affirment, conformément aux vues émises déjà par divers hiérophantes, que la matière et l'âme sont éternelles et n'ont pu être créées. A la différence des autres systèmes philosophiques, qui émettent des assertions absolues, le jaïna considère les choses de divers points de vue. On peut, en effet, affirmer l'existence d'une chose d'un point de vue, la nier d'un autre point de vue et affirmer à la fois l'existence et la non-existence de cette chose, à différentes époques. »

€ Qu'est-ce donc que Dieu, à nos yeux? — Dieu, pris dans

1. Voirie Rév. Maurice Philipps, The Ancient Religion of Jndia', BarroU's, 1, p. 302.

2. Jaïna ou Jina, qui signifie le victorieux, comme iifoi«Z<//ia, l'éveillé, est le nom donné à un sage, parvenu à Tomniscience et qui vient rétablir dans sa pureté la Loi, quand elle s'est corrompue parmi les hommes. Il y a eu '2'i Jaïnas. y compris le Jaïna actuel. Voir Barlh, Religions de l'Jnde.

ii. Voir Hairows. p. l"2"23 et suiv

le sens d'un créateur personnel, placé en dehors du monde, n'a pas de place dans notre système de philosophie. Nous nions formellement l'existence d'un tel être, comme étant illogique et sans rapport avec le plan général de l'univers. Mais nous admettons qu'il y a une subtile essence à la base de toutes les substances, consciente aussi bien qu'inconsciente, qui devient la cause éternelle de toutes les modifications et que nous appelons Dieu! »

Sur cette question, le bouddhisme s'accorde entièrement avec la philosophie des jaïnas. M. Dharmapala l'a dit nettement dans son mémoire, si fortement documenté, sur Ce que le monde doit à Bouddha ^

€ Bouddha, a-t-il dit, enseigne que Dieu n'existe pas en tant que créateur du monde. Acceptant la théorie de l'évolution pour seule vraie, avec son corollaire, la loi de cause et d'eflfet, il interdit comme vaine toute recherche spéculative sur l'idée de création. Néanmoins nous acceptons le Dieu suprême des brahmanes et des dieux inférieurs, mais qui sont soumis à ladite loi. Ce Dieu suprême est tout amour, toute miséricorde, toute beauté ; il abaisse sur tous les êtres un regard impartial (équitable). >

Telle est la théodicée du bouddhisme moderne, si toutefois on peut donner le nom de Dieu à un être soumis à des lois extérieures à lui. Cette reconnaissance d'un Dieu suprême, Adibouddha, n'est-elle pas une concession faite aux idées musulmanes? Le vrai Dieu, dans le système, n'est-il pas cette force fatale qui préside à la transformation des atomes dont l'agrégat forme le monde {Akasa)"!

Ainsi, tandis que la philosophie des jaïnas revenait à une sorte de panthéisme, la théorie bouddhiste du monde peut se ramener à ces deux termes : matière et évolution. Il n'y a donc de ce côté rien à espérer, pour stimuler le courage de l'homme en lutte contre les misères de la vie. C'est bien ainsi que l'a jugé le Rév. Mac-Farland, missionnaire à Bangkok (Siam).

I. Barrows, II. p. 86-2-880. Dharmapala, né en 18ôi, secrétaire de la Société Maha-Bodhi^ était député par les bouddhistes de Ceylan.

« Quoi qu'on puisse penser des doctrines ésotériques du bouddhisme, on ne saurait nier que les vrais disciples de Bouddha ne reconnaissent pas de créateur, pas de cause première du monde. Ils ne font pas acte d'obéissance à un être suprême, et ne se préoccupent pas du compte à rendre de leurs actes. Dans les épreuves ou les tristesses de la vie, ils sont sans guide, sans aide tout-puissant, tandis que l'avenir se présente à eux sous un aspect mystérieux et redoutable *. »

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