Barrows, I, p
2. Voir Texcellente tradactlon annotée de M. 6. de la Qaeanerie, Paris. 1889, chez Quantin.
3. Né en 1852 ; délégué des Arméniens au Congrès de Berlin ; professeur d'arménien à l'École des langues orientales modernes à Londres ; rédacteur en chef du journal anglo-français V Arménie qui paraît à Londres. Voir Barrows. II. p. 1145-1146.
LA RELIGION ET L'aMOUR DE L*HUMANITÉ. 237
« gers, qui les séparons, que retombe la responsabilité de « la situation actuelle. » Depuis l'ouverture de ce Congrès, nous voyons sur la même plateforme les pasteurs de tous peuples, les représentants des cultes les plus divers se donnant des témoignages mutuels de respect et, ce qui vaut encore mieux, de sympathie et d'affection. »
c Cette scène de réconciliation, qui se déroule devant les yeux d'une grande assemblée internationale réunie à Chicago à l'occasion de la Foire unive^^selle — cette scène, dis-je, — transmise par le télégraphe et la presse et présentée aux regards de l'humanité dans son ensemble, constitue sans aucun doute un merveilleux progrès. Que peut-il résulter de ce grand Congrès si ce n'est la conviction générale que les religions ne sont pas des cloisons de fer destinées à séparer pour toujours les membres des diverses familles humaines, mais des cloisons de glace qui se fondent aux premiers rayons du soleil de l'amour? Voici par quelles paroles le patriarche arménien de Constantinople a répondu aux paroles d'union prononcées par le patriarche des Arméniens catholiques romains : c L'union doit s'établir sûr des « actes et non des paroles. Envoyez vos prédicateurs dans mes « églises et j'enverrai mes prédicateurs dans les vôtres. — « Qu'ils y aient pleine liberté de parole quoique vous ne par- « tagiez pas leurs doctrines et que le peuple soit libre de « suivre les enseignements qu'ils préféreront. » Le patriarche catholique trouva cette proposition trop libérale pour pouvoir l'accepter, mais le prélat de la vieille Eglise arménienne a donné un exemple de tolérance qui méritait d'être médité. »
M. Minaz Tcheraz continua par quelques réflexions sur les bienfaits de la paix religieuse : « A l'Orient, aussi bien qu'à l'Occident, de la terre monte vers le ciel une prière d'amour. L'homme ne conçoit plus un Dieu préférant un hommage contraint et forcé à l'adoration qui s'élève spontanément des profondeurs de l'âme humaine. » Il y a dans ces paroles une émotion sincère, que l'on partage avec d'autant plus de joie qu'elles répondent davantage aux aspirations pacifiques des peuples et des individus. De la conception plus ou moins étroite et nationale de la divinité, naissent des antipathies
entre les races, souvent même entre les enfants de la même patrie. Il y a là sans doute un héritage du passé, auquel les individus restent aveuglément attachés sans considérer que, si la religion est éternelle parce qu'elle répond aux aspirations de notre nature, ses formules sont variables et périssables. En attendant que les théologiens soient tombés d'accord, les fidèles des diverses confessions se doivent mutuellement le respect et la tolérance.
Pour que la voix d'aucune religion ne manque à ce concert de tolérance, rappelons ici la belle déclaration de l'archevêque catholique de la Nouvelle-Zélande, Mgr Redwood, que nul ne doit être opprimé pour cause de religion, mais que c'est la charité seule qui doit amener les âmes à la vérité *, et la généreuse protestation de l'archevêque grec orthodoxe de Zante contre la persécution des juifs par certains peuples chrétiens. La tolérance, non pas cette indifférence dédaigneuse des sceptiques, mais le respect des croyances différentes des nôtres, est donc la première condition à réaliser pour faire régner la fraternité entre les hommes. Mais ce ne sont pas seulement les dissidences religieuses, ce sont aujourd'hui surtout les conflits d'intérêt économique ou politique qui menacent la paix et l'amitié entre les nations. C'est à trouver un moyen de les résoudre qu'ont tendu les discours de MM. Baldwin, Semmes et Haies.
Le Rév. S. L. Baldwin ^ (de New Vork) réclame l'application des principes de l'Evangile au règlement des questions internationales.
c Ce n'est que par la justice, dit-il, que la vraie amitié entre les nations peut être assurée. Pour les peuples comme pour les individus, il n'y a qu'une seule règle de conduite vraie : Tout ce que vous voudriez que les hommes vous fassent, faites-leleur de même. L'auteur, sans s'arrêter à discuter la vieille maxime que « le droit dérive de la force », en vient à l'examen de la valeur des traités internationaux dont il recommande la stricte observation par les parties contractantes, au nom des