Barrows. II. p
Bév. F. A. Noble et des ministres protestants orthodoxes; le deuxième eut pour président Le recteur Keane, assisté de quatre professeurs catholiques, et le troisième fut formé de délégués de toutes les associations religieuses libérales, sous la présidence du Rév. Jenkin J^loyd Jones. Ces trois groupes, après avoir travaillé à part, devaient se réunir pour dresser une liste commune de livres d'apologétique, d'histoire et de iT^orale sociale.
3® Moyens d'union, d'ordre lUurgigue. — Mais ceux qui présidaient le Congrès des religions étaient trop convaincus de la valeur intrinsèque et de l'efficace du sentiment religieux, pour se contenter d'un accord, seulement en vue d'une action morale et sociale. N'était-ce pas faire une nouvelle édition de la Morale indépendantel N'était-ce pas se priver d'un des plus grands ressorts de l'énergie morale : la prière? Aussi ont-ils essayé d'élargir encore et de consolider }a base de l'union ; de la fonder sur ce qui fait l'essence même de toute religion, le t culte en esprit et en vérité », la révérence pour l'être infini de qui nous tenons c la vie, le mouvement et l'Être ». Et cette unité dans l'adoration, ils l'ont exprimée sous les deux formes les plus idéales, les plus immatérielles : la prière et le chant d'hymnes sacrées. L'oraison dominicale a été adoptée comme prière universelle, non seulement par les israélites, mais même par les brahmanisjtes et les bouddhistes, qui s'y sont associés. On a fait ressortir plus haut *■ l'importance du fait d'un prêtre catholique, que dis-je? d'un cardinal de l'Eglise romaine, priant en langue vulgaire, dans une assemblée de dissidents et d,e païens. Je ne sais pas, pourtant, s'il n'y a pas eu quelque chose de plus émouvant ; c'est, lors de la séance de clôture, l'acte du rabbin Hirscb disant à son tour l'oraison dominicale, i^n successeur des scribes et des docteurs de la loi rendant témoignage au crucifié de Golgotha!
Les hymnes, ces prières qui s'élèvent au ciel sur les ailes de la mélodie et du rythme, n'ont pas moins bien r.endu cette harmonie des croyances. On en avait préparé pour
l'usage du Congrès un recueil * si bien choisi, que les adeptes de toutes les confessions ont pu les chanter d'un cœur et d'une âme. Les unes étaient imitées de ces vieux psaumes d'Israël, qui semblent doués d'une éternelle jeunesse; d'autres étaient des cantiques de l'Église latine, par exemple le Te Deum laudamus et le Veni Creator. Le reste du recueil renfermait des hymnes composées par des poètes cathpliques, méthodistes, unitaires et quakers : Newman, Longfellow, Chadwick, Wesley et Whittier, etc. Deux devinrent les favorites de l'auditoire, le cantique de Newman cité plus haut et celui d'Adams, dont voici deux strophes :
Plus près de toi, mon Dieu, toujours phis près! . Quand môme je ne pourrais m'élever que par une croix,
Mon chant sera toujours :
Plus près de toi, mon Dieu, encor plus près! Quoique, comme en un voyage, le soleil se soit couché.
Que les ténèbres m'enVironnent, Et que je n'aie qu'une pierre pour oreiller; Pourtant, dans mes rêves, je voudrais être Plus près de toi, mon Dieu, encor plus près ^l
Ainsi, le Congrès de Chicago a réalisé l'accord des principales confessions chrétiennes sur le terrain du devoir et de la charité, de la lutte contre le péché et les misères sociales, sur la base de la prière et du chant spirituel.
Maintenant est-il possible d'aller plus loin et d'atteindre l'unité doctrinale et liturgique? Et puis, même, est-ce désirable? Qu'une entente entre les sociétés soit utile et même indispensable à l'œuvre missionnaire, c'est ce qui ressort de l'aveu du Rév. Candlin et des autres propagateurs de l'Evangile présents à Chicago. Il est évident que cet accord décuplerait les ressources de la mission étrangère et faciliterait l'accès du christianisme aux païens les plus instruits, qui souvent ne savent à qui entendre entre ^tant de sectes, et qui, pourtant, ont de grandes affinités pour le théisme chrétien et la morale de l'Evangile.
1. Selected Hymns for the use in the Congi^ess and Parliament of Reliijionf}: dans le Prof/ramme f/énéral des Congre» reli.çioux de Chicago, 1893. •2. Nenrer, my God, to thee, nearer to thee!
Le pape Léon XIII, dans son invitation aux évêques et fidèles orientaux à l'occasion du Congrès eucharistique de Jérusalem (juin 1893) et dans sa dernière encyclique, Prœclara gr'aiulationis, a fait un appel vraiment apostolique à l'union sur le terrain de la foi et de la doctrine des sacrements, en laissant pleine latitude pour les liturgies et les disciplines particulières. Et par là même, il a fait déjà de larges concessions, car il admettait en principe l'usage des langues vulgaires dans le culte, le mariage de certains ordres du clergé et les privilèges des patriarches. Mais le maigre résultat de ce concile de Jérusalem a prouvé que le sacrement de l'Eucharistie n'offrait pas un moyen d'union assez étendu, car. il excluait toutes les confessions protestantes qui n'admettent pas la transsubstantiation.
Max Millier, de son côté, reprenant la thèse favorite de l'Ecole chrétienne • d'Alexandrie, a proposé la doctrine du Logos ou Verbe divin comme base de réunion *.
« Cette doctrine, écrivait-il au pasteur Barrows dans une lettre qui a été lue au Congrès, est la base de la plus ancienne théologie ; elle-même repose sur le quatrième Evangile et sur maint passage des Synoptiques, mais n'a été complètement élaborée que par Clément d'Alexandrie et Origène.... Si nous voulons être d'authentiques et honnêtes chrétiens, il faut remonter jusqu'à ces autorités antérieures au concile de Nicée ; car ce sont là les véritables Pères de l'Eglise. C'est sur cette base antique, qui a été si étrangement négligée, sinon rejetée de propos délibéré, à l'époque de la Réformation, que sera possible un réveil de la religion chrétienne et une réunion de toutes les branches de la chrétienté. »
Nous ne partageons pas l'optimisme de l'auteur de la Science des religions et nous ne croyons pas à l'union des Eglises sur la base d'un credo théologique ou d'un sacrement. En effet, chaque Eglise, chaque nation, chaque école de théologiens verra toujours les doctrines capitales de l'Évangile sous son angle particuHer et, par fidélité à sa tra-