‹ Le Congrès des religions à Chicago en 1893 [microform]Chapitre 153 sur 195 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

11 y aura un seul troupeau, sous un seul berger.

Jean, x, iô.

Différences actuelles des religions. — Évolution des religions historiques vers le monothéisme et la morale chrétienne. — Vœux unanimes en faveur d'une religion universelle.

Nous avons dit, au précédent chapitre, sur quels articles s'est produit l'accord des différentes confessions chrétiennes au Corngrès de Chicago. L'œuvre des réformes sociales et celle des missions étrangères ont paru, entre autres, deux terrains éminemment favorables à une entente et une action communes.

Mais peut-on aller plus loin et serait-il possible de parvenir à la réunion religieuse de la grande famille humaine ? C'était la question assignée par le programme du Congrès au seizième jour et que M. John W. Hoyt * a formulée en ces termes :

« Est-ce que les croyances religieuses, les credo divergents ne pourraient pas être conciliés sur la base des grandes vérités essentielles reconnues par tous? Ne pourrait-on pas, au moyen d'une telle harmonie des religions, faire de leurs

1. John Wesley Hoyt, pédagogue éminent, fondateur de l'Académie du Wisconsin, ancien gouverneur du Wyoming (1878-1889). Barrows, II, p. 1107-1108.

sectateurs des alliés sincères et de sérieux collaborateurs dans l'œuvre de l'affranchissenient du joug du péché et de la réalisation de l'idéal glorieux de l'homme? La religion, dont le monde a besoin et qu'il finira par avoir, est celle qui tendra à délivrer l'humanité du mal et à l'élever au plus haut degré possible dans tous les domaines. >

Voilà certes un idéal magnifique et désirable; mais n'estce pas une utopie irréalisable? Les initiateurs américains du Congrès des religions, avec cette foi d'une nation jeune et qui a conscience de ses merveilleuses ressources, ne l'ont pas pensé. Si l'on avait dit aux huguenots proscrits par Louis XIV ou aux puritains expulsés par Jacques l^^, que, dans un siècle et demi leurs descendants jouiraient de la pleine liberté de conscience, bien peu eussent cru à cette prophétie. Et pourtant cette chimère est devenue une réalité au xi\*^ siècle. Pourquoi donc ne pas rêver, aujourd'hui, d'un nouveau progrès qui ne s'accomplira peut-être que dans deux ou trois cents ans? Si cette cause est approuvée de Dieu, elle finira par triompher : Dieu est patient, car il est éternel. Quant à nous, créatures éphémères, mais faites à son image, il ne faut pas nous faire d'illusion sur les difficultés pratiques. Le premier pas à faire dans cette voie, c'est de nous rendre bien compte des différences qui séparent actuellement les religions historiques.

Et c'est là, peut-être, ce que Ton n'a pas fait suffisamment à Chicago ; car, afin de plaire aux présidents chrétiens ou seulement afin de ne pas heurter nos préjugés, la plupart des députés shintoïstes, bouddhistes ou brahmanistes ont présenté leur culte sous son as[)ect séduisant, laissant dans l'ombre les idoles polycéphales et les rites bizarres. Quant à nous, nous croyons plus utile, dans l'intérêt de la vérité d'abord, et puis en vue même du rapprochement désiré, de remettre ces contrastes en pleine lumière. Ces divergences sont de deux ordres : théologique et moral.

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