I. - DIFFÉRENCES DES CULTES AU POINT DE VUE DE LA THÉODICÉE
Au point de vue de l'idée de Dieu, la grande majorité des populations de l'Asie et de l'Amérique, de l'Afrique et de rOcéanie est encore polythéiste et idolâtre, le reste panthéiste ou musulman. Sur ce point, nous n'avons pas eu seulement le témoignage des missionnaires, qui pourraient être suspects de pousser au noir les couleurs du tableau, mais encore l'aveu des indigènes.
Les shintoïstes, d'après les mémoires de MM. Reuchi Shibata et Takayoshi Matsouyama*, placent trois dieux en tête de leur cosmogonie, adorent une foule de divinités secondaires et vénèrent la belle montagne 'Foudji-Yama comme une image de la divinité.
Mais ce n'est rien encore auprès du polythéisme hindou. Les brahmanistes, au dire de Protab Mozoumdar, rendent un culte à trente-trois millions de dieux et de déesses, qui ont chacun son idole et président à tous les phénomènes de la nature.
Le brahmane Manilal Dvivedi a eu beau nous expliquer qu'aucun Hindou ne prenait l'idole pour la divinité ellemême, qu'il n'y avait là que des symboles « : cela est vrai sans doute, des gens instruits et des lettrés, mais on ne nous a pas persuadés que le vulgaire ne confondait pas le symbole avec le dieu lui-même. Or, sur ce point, le christianisme ne peut faire de concession aux païens : il doit tenir ferme au monothéisme et à l'adoration en esprit. 11 ne saurait davantage transiger avec le bouddhisme et le jaïnisme qui, par réaction contre les milliers de dieux du brahmanisme, en sont venus à un système qui oscille entre le panthéisme et l'athéisme. « Un système, a dit M. Dharmapala, dans lequel tout notre bien-être passé, présent et futur dépend de nous-même, laisse théoriquement peu de place pour l'intervention, voire même pour l'existence d'un