Barrows, I, p. 454. Comp. chap. ii, p
seule, les croyants, du moins, devraient abjurer tous seiiliments d'hostilité el unir leurs forces pour déf^'ager cette vérité commune, qui se cache sous tant de formes diverses. »
Reuchi Shibata aboutit donc à la même conclusion que Horin Toki, le bouddhiste : à savoir que toutes les religions ne sont que les formes, les costumes divers que revêt une vérité commune et fondamentale. C'est cette vérité qu'il s'agit de dégager pour faire la paix entre elles.
3° Evolution du parsisme et du brahmanisme. — Il s'est [)roduit dans les vieilles religions de la Perse et de. l'Inde un mouvement parallèle et tendant aussi vers le monothéisme chrétien.
C'est une opinion généralement admise, d'après les textes du Zend-Avesta, que la religion de Zoroastre était dualiste, Ahoura-Mâzda et Angrya-Maynyush produisant par leur antagonisme la lutte du bien et du mal, de la. lumière et des ténèbres. Il parait que nous étions mal informés, ou plutôt les mages modernes ont changé tout cela. Deux parsis de Bombay, Jinandji Jamshedji Modji et Ervad Sheriadji Dabadha Bharucha, nous ont démontré, comme on l'a vu au chapitre i, que la théorie des deux principes antagonistes n'était qu'une explication philosophique de l'origine du mal. A l'origine et maintenant encore, les sectateurs de Zoroastre n'adorent qu'un Dieu : Ahoura-Mâzda, le Créateur de toutes choses, qui sait tout et gouverne l'univers avec justice. D'ailleurs la morale mazdéenne se rapproche, par sa pureté, par l'importance attachée aux vertus de famille et d'éducation, de celle des israélites. Enfin les parsis, instruits par les malheurs de leurs ancêtres, sont devenus . tolérants ; ils vivent en bonne intelligence avec les membres des autres Eglises du pays qui leur a donné asile et s'associent à eux dans les jours de fête, comme ils contribuent à soulager leurs misères aux jours de détresse.
Si la religion de Zoroastre s'est beaucoup rapprochée du judaïsme — affinité qui s'était déjà manifestée pendant la captivité de Babylone et a laissé des traces profondes dans la théologie d'Israël — le polythéisme et le pantliéisme des Hindous ont subi des modifications ou plutôt des réformes
qui les rapprochent du christianisme. Telle est la tendance des deux sectes bi'ahmaniques connues sous le nom d'anjosomaj et de brahmo-somaj\, q[ui déjà comptent quelques centaines de mille d'adhérents.- M.. Protab Mozoumdar, délégué de cette dernière, auteur d'un livre intitulé le Christ oriental *, parle l'anglais avec une grande facilité et pureté. Il s'est bientôt placé, par son éloquence, au premier rang des orateurs du Congrès des religions. On en pourra juger par le passage suivant de son discours sur la Dette religieuse du monde envers l'Asie (21 sept. 1893) ^
Après avoir rappelé que c'est à l'Asie que le monde doit ces grandes choses : l'intuition de l'esprit du Dieu immanent et agissant dans la nature, Vintrospection ou connaissance de l'action de Dieu en nous; l'adoration aimante et joyeuse, s'exprimant par des prières et des hymnes, et le renoncement aux plaisirs des sens, poussé jusqu'au dernier terme de l'ascétisme, le brahmane Mozoumdar a ajouté :
« La maîtrise de soi-même ou renoncement n'est qu'une partie de l'éducation spirituelle de la volonté; l'autre partie, c'est l'obéissance, c'est la consécration de nous-même à la volonté de Dieu et au service de l'humanité. La discipline de nous-même n'est qu'un moyen d'atteindre ce but supérieur : nous soumettre et nous identifier à la volonté de Dieu. Le grain de froment tombe et meurt en terre, afin de se. reproduire au centuple; de môme l'homme, qui consume sa vie pour Dieu, la garde pour l'éternité. La mort, c'est-àdire la destruction du moi égoïste et charnel, a été et sera toujours le prix à payer pour atteindre Dieu. Qui a pu dire : Que ta volonté soit faite et non pas la mienneJ Celui-là seul qui a lutté avec la coupe amère de l'agonie, celui qui ne songeait qu'à servir Dieu et les hommes, tandis que le meurtrier le guettait à la porte. Appelez cela renoncement, appelez cela stoïcisme, appelez cela mort : le fait est que celui-là seul qui meurt à soi-même peut trouver le repos en Dieu et la réconciliation avec l'homme. »