‹ Le Congrès des religions à Chicago en 1893 [microform]Chapitre 170 sur 195 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Dieu est esprit et il faut que ceux qui l'adorent l'adorent en esprit et en vérité.

Jésus-Christ.

Éléments primordiaux de la religion. — Témoignage des différents cultes sur les vérités essentielles. — Méthode de formation de la religion universelle. — Où sera le siège central de la future unité religieuse?

Après avoir abordé les deux problèmes, si complexes, de la réimion des Eglises chrétiennes et de l'unité religieuse du genre humain, le Congrès de Chicago n'a pas reculé devant Fexamen d'un troisième, le plus difficile de tous : celui de la religion parfaite et universelle. On voit que l'esprit religieux, chez les Américains du Nord, a toutes les audaces d'une nation jeune, grande et dont la foi se sent de force à transporter des montagnes. On n'y réussit pas toujours, mais c'est, quand même, un honneur de l'avoir tenté.

A ce problème, les esprits forts ou absolus de notre temps proposent deux solutions opposées. Les uns disent que la question est oiseuse, puisque tous les cultes sont condamnés à disparaître par le progrès de la science ou à s'entretuer. Et les autres répondent qu'il n'y a pas à chercher bien loin cette religion parfaite, car elle existe, elle n'est autre

que le catholicisme romain. Les directeurs du Congrès religieux ont écarté Tune et l'autre, pour plusieurs raisons, dont la plupart ont déjà été données au cours de ce livre et qui peuvent se ramener à ceci. Les grandes religions de la terre, loin de disparaître, sont plus vivaces que jamais, et la preuve, c'est qu'elles se transforment, qu'elles essaiment, se propagent et se rapprochent les unes des autres. Le fait de la transformation de certains cultes nationaux, tels que le judaïsme et l'islamisme, en cultes polyethniques, n'est-il pas une présomption en faveur de la possibilité d'un culte plus large encore et répondant aux aspirations de toutes les races? Les aspirations communes, les sentiments de bienveillance, les projets de fédération manifestés à Chicago n'autorisent-ils pas les espérances les plus hardies? — Et quant à la branche du christianisme la plus fortement centralisée, la plus immuable en apparence, elle-même a subi une évolution considérable, de l'aveu de quelques-uns de ses plus habiles apologistes, par exemple du cardinal Newman, et, malgré plusieurs fautes et réactions accomplies sous le pontificat de Pie IX, il ne faut pas désespérer de la voir s'élargir et se mettre d'accord avec les aspirations légitimes de la conscience moderne.

Ainsi le problème d'une religion universelle de l'humanité a sa raison d'être, et, sans méconnaître les difficultés qui en retarderont la solution d'ici à quelques générations peutêtre, il est permis d'en rechercher les conditions. Mais, avant tout, il faut déterminer les éléments essentiels, intégrants de toute religion; puis nous recueillerons le témoignage des représentants des principaux cultes sur ces vérités universelles, et enfin nous tâcherons de découvrir le critérium de la religion parfaite et le siège de la future unité religieuse.

Pour la première et la dernière question, le président Barrows ne pouvait mieux faire que de s'adresser aux savants qui, depuis une trentaine d'années, ont fait avancer cette science, née d'hier et qu'on appelle l'histoire comparée des religions. En eflfët, les phénomènes de cet ordre sont, comme ceux de l'histoire politique, soumis à certaines lois, que l'on commence à entrevoir, et l'histoire de certains cultes disparus

est fort instructive pour Tavenir des religions vivantes. Nous avons signalé plus haut les mémoires envoyés par MM. Tiele, professeur à Leyde, d'Harlez, professeur à Louvain, Merwin Marie Snell, Mme Sunderland. Il faut y ajouter ceux de MM. Albert Réville, professeur au Collège de France, Jean Ré ville et Marillier, maîtres de conférences à la Sorbonne, et celui de M. Georges Goodspeed, professeur à l'université de Chicago.

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