Barrows, I, p
croyance particulière comme hindou, bouddhiste, musulman, parsi, chrétien ou juif? La religion est-elle autre chose qu'une satisfaction donnée aux ardents soupirs du cœur, c'est-à-dire cette explication rationnelle du Cosmos, qui montre le comment et le pourquoi de l'existence, qui assure le fondement éternel de la morale et qui, en signalant à l'homme le plus sublime idéal de bonheur réalisable, stimule et fait naître en lui les moyens de satisfaire le cœur? Si la religion est tout cela, alors les questions soulevées par les opinions religieuses particulières sur leur valeur comparative doivent se ramener à de simples problèmes, dont la solution peut être trouvée par la raison dégagée des préjugés. En d'autres termes, la religion, au lieu d'être une simple matière de foi, pourrait devenir l'objet d'une science. »
De ce point de vue, M. Dvivedi a proposé au Congrès de I)rendre pour base de la religion universelle les quatre idées suivantes : !<> croyance à un principe supra-sensible ou immatériel, existant dans la nature, 2<» à l'unité de l'ensemble des êtres, 3° à la réincarnation ou métempsycose, 4" au salut par l'action.
Ces éléments ont besoin d'être complétés et expliqués par les observations judicieuses du Rév. T. E. Slater, missionnaire à Bangalore, sur les rapports entre le christianisme et la religion brahmanique *. Le Rév. Slater a pris soin de faire remarquer que ces préfigurations de l'Évangile étaient ignorées par la masse du peuple et se rapportaient plutôt aux anciennes conceptions des Védas.
On retrouve en effet chez ces dernières les grandes idées d'identité essentielle de l'âme humaine et de la divinité, de révélation et de sacrifice, qui sont à la base des religions bibliques.
« L'élément fondamental de toutes les religions, a dit M. Slater, celui sans lequel il ne saurait y avoir de culte en esprit et vérité, c'est la croyance que l'adorateur humain
1. Le Rév. ThomaB Ebenezer Slater, né en 1840, a été l'agent de la Société des Missions de Londres, successivement à Calcutta, à Madras et à Ban^a> lorc, où il est chargé d'évangéliser les Hindous instruits. Barrows, 1, p. 457.
est fait, en quelque mesure, à la ressemblance de l'être divin. L'identité essentielle de l'âme avec le divin est un axiome, et le fait qu'elle survit à des transformations incessantes, la preuve de son immortalité. La pensée maîtresse de l'Inde, celle qui relie tous ses éléments contradictoires, c'est la révélation de la vie, le pèlerinage de l'âme, exilée sur la terre, à travers toutes les existences finies, à la recherche de l'union avec l'infini.
« Mais comment se réalise cette union avec le divin? — Seulement lorsque le moi se détache des choses sensibles, de l'amour du monde et mortifie les appétits de la chair. N'y a-t-il pas une certaine analogie avec les déclarations de saint Jean, que le monde passe avec ses convoitises (I Épitres, ii, 17), et de Saint-Paul, que les choses visibles ne sont que pour un temps et que les invisibles seules sont éternelles » (II Cor., iv, 18)?
Si du brahmanisme nous passons au bouddhisme, il est difficile de dire les éléments que ce dernier peut fournir à la religion universelle. En effet, par réaction contre les myriades de divinités du panthéon brahmanique et contre la série des degrés de la métempsycose, Çakya-Mouni a abouti à l'étrange conception d'une religion sans divinité et sans immortalité. Mais il s'en faut de beaucoup, comme on l'a vu, que le boiiddhisme s'en soit tenu à cette négation radicale, et, en fait, il est revenu à l'idée d'un Dieu suprême, type des quatre vertus cardinales, et à la notion.de vie future. Il y a néanmoins dans la doctrine de Bouddha une tendance synthétique qui a été signalée avec justesse par S. Horiuchi *, Dharmapala et par K. R. Hiraï dans leurs discours au Congrès. Voici comment le premier s'est exprimé :
« La lumière de là vérité et de la miséricorde commença à rayonner autour de Bouddha sur le monde entier, et la voie de l'émancipation fut ouverte pour tous les hommes, de sorte que chacun d'eux peut profiter de ses bénédictions et marcher dans la voie de l'illumination. Ces grandes vérités annoncées par Bouddha sont la loi de cause et d'effet,
1. Secrétaire de la Société Indo-Busseki-Koffuka à Tokyo. Voir J. Lloyd Jones, Chorus of faith, p. 80.
d'après laquelle tout homme récolte ce qu'il a semé, et la loi de miséricorde, qui abolit les barrières des castes et ordonne à tous les hommes de se traiter en frères. Quant au moyen de salut, il consiste essentiellement à extirper de notre âme tout désir impur, toute pensée égoïste afin de parvenir à la bonté et à la sérénité de Bouddha. C'est par ces notions fondamentales d'égalité et de fraternité de tous les hommes, de purification morale et de tolérance que le bouddhisme a été, en quelque mesure, un précurseur du christianisme et qu'il a exercé jadis et qu'il exerce encore une influence pacifiante en Asie. On a vu plus haut les résultats merveilleux obtenus par l'empereur Asoka, en propageant les règles morales du bouddhisme dans son empire. »
Quant à nous, nous devons faire des réserves formelles sur ces déclarations optimistes des bouddhistes japonais. Le bouddhisme a, sans doute, comme la doctrine de Gonfucius, élaboré une morale très élevée, très humaine et qui ressemble beaucoup, à certains égards, à celle de l'Évangile. Mais, et c'est là son vice capital, en supprimant les idées de Dieu et de l'immortalité personnelle, il a coupé les ailes qui, seules, permettent à l'âme de prendre son essor vers l'idéal. A cause de cela, il mérite à peine le nom de religion.
4° VOcddent chrétien. — Après avoir recueilli les voix des religions de l'Orient, écoutons les témoignages des croyants de l'Occident. Trois principaux se sont fait entendre : celui du catholicisme, celui du protestantisme, celui d'Israël.
Voici d'abord les catholiques. Le père Walter Elliott a soutenu que la fin capitale de la religion est de diriger les aspirations de l'homme vers le souverain bien et de lui en assurer la pleine jouissance. La religion de l'avenir, en tant que procédé d'amélioration morale, devra mettre tout en œuvre pour exciter cet amour du bien et remplir l'âme de l'amour de Dieu, manifesté en Jésus-Christ. De même, le cardinal Gibbons a déclaré que le plus important aspect de la foi catholique n'est ni la succession apostolique, ni l'unité romaine, ni même une morale sublime, mais ce merveilleux ensemble d'institutions de bienfaisance, qu'elle a créées pour soulager les misères de l'humanité. Çnfin le recteur
Keane a conclu, de la comparaison des cultes divers, que les éléments de la religion définitive doivent être : 1° la croyance en un seul Dieu vivant, ou monothéisme; 2' la croyance que ce Dieu a enseigné à ses enfants ce qu'ils ont besoin de savoir pour atteindre leur destination, ou foi en la révélation divine ; 3" la croyance au salut, dans cette vie et dans Tautre, par l'immanence de Dieu en l'homme, ou foi à l'incarnation et à la rédemption en Jésus-Christ *.
< Ce dont Emerson et Wordsworth, a-t-il dit, n'ont eu que de faibles aperçus par l'immanence de Dieu dans la nature, c'est cette merveilleuse présence de Dieu dans l'âme de l'homme sanctifié, accordée par le Christ, qui nous fait participer à sa propre filiation divine. C'est lui qui rend pleine justice à tout ce qui est humain dans la religion, parce qu'il est le Fils de l'homme et qu'il peut dire avec plus (le raison que le poète :
Nihil humant a me alienum puto.
« C'est lui qui rend aussi pleine justice à ce qui est divin dans la religion, parce que celui-là est le Fils de Dieu, qui a pris l'humanité dans ses bras afin de l'élever vers son Créateur ».
€ Le caractère fondamental de la religion de l'avenir, a dit M. Merwin M. SnelP, sera d'être une grande fraternité. Si à cette union des sentiments on peut ajouter un accord de la pensée, du culte et de la conduite, il sera fondé non pas sur une réduction au minimum des différences religieuses, non pas sur une élimination de toutes les vérités, sauf un petit nombre de vérités fondamentales, mais sur une acceptation pleine et sans réserve des éléments de toutes les religions. En vain, on voudrait abolir les manifestations de l'esprit, dont telle ou telle époque a été témoin.
€ La religion est éternelle, non pas seulement dans son essence, mais dans l'infinie variété de ses formes. La vérité