Barrows, IL p. iW
est une, mais les aspects de la vérité sont infinis ; la beauté est une, mais les formes en sont infiniment variées ; la bonté est une, mais les applications en sont innombrables. L'esprit humain est assez large pour réconcilier toutes les doctrines, le cœur humain est assez large pour embrasser et harmoniser toutes les sympathies et les admirations ; la yolonté humaine est assez forte pour accomplir tout le devoir.
c La religion de l'avenir sera universelle dans tous les sens. Elle incarnera les pensées, les aspirations, les vertus et les sentiments de Fhumanité entière; elle rassemblera tous les pays et tous les peuples, toute tribu et toute langue dans une fraternité universelle d'amour et d'adoration ; en un mot elle établira sur la terre l'ordre qui règne dans les cieux ! »
Ecoutons à leur tour les protestants :
Le Rév. John Talbot Gracey, pasteur à Rochester (New York), dont nous avons déjà cité le souhait en faveur de l'unité religieuse du monde, a continué ainsi * :
€ Quelle sera cette commune religion? 11 n'y a rien de plus remarquable dans l'histoire de la religion, a dit l'archidiacre Hardwick, que les ressemblances frappantes qu'offre la pensée religieuse en des points souvent très éloignés du globe. Combien est répandue la notion de Dieu ! La doctrine de l'incarnation est aussi très générale. Les autels du monde réclament de toutes parts un culte fondé sur le sacrifice. Sans doute, ces coïncidences et correspondances entre les traditions diverses de l'humanité se présentent à nous en fragments épars; mais elles ne sont pas sans valeur. Ce que je voudrais faire ressortir, c'est que, quelque fragmentaires et informes que puissent être ces notions religieuses, ces peuples les tiennent pour leurs biens les plus précieux. Pour elles, ils sacrifieraient leur fortune; pour les défendre, ils affrontent le feu ; pour elles, ils émigrent dans les pays éloignés et tombent épuisés sur les sables brûlants, et pour elles ils sauraient mourir!
€ Il me parait aisé de soutenir que la religion qui contient le plus grand nombre de ces pensées mères des grandes
i. Barrow», II, 13=28
religions du monde et qui saura les coordonner sur une base logique, est celle qui a le plus de chances de devenir la religion du monde. » On a cité plus haut (p. 243-244) un discours du Rév. E. E. Haie qui a conclu dans le même sens.
lil. — DU PROCÉDÉ DE FORMATION DE LA RELIGION PARFAITE
Ainsi, aux yeux du Rév. Gracey comme à ceux de M. Snell la loi de survivance, en matière de religion, s'exercera au profit de celle des religions qui renfermera la plus grande somme de vérités fondamentales, de pensées mères. Gela nous amène à examiner la question de savoir comment se dégagera cette religion parfaite. Sera-ce par un procédé d'analyse ou de synthèse? Sera-ce en éliminant tous les éléments particuliers contestés, de manière à découvrir la racine mère du sentiment religieux? Ou bien, au contraire, sera-ce eu admettant tout ce qui est manifestement vrai, bon et utile, de manière à obtenir une synthèse parfaite des religions?
Le professeur Goodspeed s'est prononcé en faveur de la seconde méthode, la synthèse, et cela au nom de l'expérience faite par les religions éteintes de l'antiquité :
c Leur histoire nous enseigne, a-t-il dit*, que le vrai critérium d'une religion, c'est la mesure dans laquelle elle est remplie de l'esprit de Dieu. Pour autant qu'elles l'entrevoyaient, elles amenaient les hommes à trouver en lui paix et secours. Elles proclamaient ses lois, elles s'efforçaient de procurer sa faveur aux hommes. Ainsi, dans la mesure où elles savaient pénétrer de l'idée de Dieu la doctrine et la vie de leurs adeptes, elles ont accompli leur tâche dans l'éducation de la race humaine. C'est ce critérium qui a fait leur grandeur ou leur décadence ; c'est par là qu'elles ont joué un rôle dans l'évolution de l'humanité.
€ Nous sommes parfois enclins, au milieu du heurt des credo opposés, à rêver d'une religion sans théologie. La mort de ces religions anciennes nous avertit que ce rêve