AVANT-PROPOS. IX
variantes précieuses du texte des discours et de mes propres notes, j'ai essayé de donner de ce concile religieux, vraiment libre et presque universel, un aperçu à la fois exact et concis. Mon ami M. G. de la Quesnerie, professeur agrégé au lycée Saint-Louis, bachelier en théologie de l'ancienne Faculté de Strasbourg, m'a prêté le secours de sa parfaite connaissance de la langue et de la littérature anglaises et a collaboré activement à la rédaction de plusieurs chapitres : sans son aide dévouée, je n'aurais pu achever en moins d'un an un travail de si longue haleine.
Quant au plan du livre, il m'a été fourni par le programme même du Congrès, où se révèle, au premier coup d'œil, l'esprit synthétique d'un théologien français *. Tel qu'il est, ce plan offre une apologie de la religion, faite à l'aide des témoignages des prêtres et moralistes des principaux cultes existant actuellement sur la terre, sans compter celui de quelques libres penseurs.
Puisse ce modeste volume obtenir en France et dans les pays où la langue française est en honneur, un accueil aussi favorable que ses aînés d'Amérique en ont eu dans les pays anglo-saxons ! Puisse-t-il trouver le chemin des cœurs, qui ont faim et soif de justice et de concorde! Puisse-t-il apaiser les esprits pugnaces, secouer les indifférents, encourager les pusillanimes, ramener l'espérance dans le cœur des pessimistes, en leur prouvant, par un grand exemple, que, si les formes et les organismes religieux subissent des variations et des crises, la religion, dans son essence, est, comme la vérité, indestructible et douée d'une jeunesse éternelle, à condition de se retremper de temps à autre dans les sources jaillissantes de l'Évangile du Christ et de la conscience humaine!
Paris, 4 juillet 1895.
G. Bonet-Maury.
i. Le Di* Boaquillon. Voir Introduction, p. 15.
LE
L'idée d'un Congrès des religions n'est pas aussi étrange qu'elle parait l'être au premier abord, car elle procède du besoin d'union, de paix et d'harmonie, qui nous est inné et qui répond à l'essence même de la religion. Elle est donc venue naturellement à l'esprit des prophètes et des poètes, ces voyants du monde idéal, des prêtres qui pensent et des souverains amis de la sagesse. C'est elle sans doute qui guida Alexandre Sévère lorsqu'il établit dans son palais cette chapelle singulière où Jésus-Christ avait une statue à côté d'Apollon et de Socrate, et peut-être a-t-elle hanté la grande âme de Marc-Aurèle. Que de fois les prophètes d'Israël ont-ils rêvé d'un âge d'or, où les gentils abjureraient les erreurs de leurs cultes et leur fanatisme, pour se réconcilier avec Israël à l'autel d'un seul Dieu! Ecoutez le deuxième Isaïe * :
Le temps est venu de rassembler toutes les nations
Et toutes les langues; Elles viendront et verront ma gloire, dit PÉternel,
Je mettrai un signe parmi elles....
Voici, ô Sien! tu appelleras des nations inconnues,
Et les nations qui t'ignorent accourront vers toi