‹ Le Congrès des religions à Chicago en 1893 [microform]Chapitre 41 sur 195 · V. — VOIX DU MONDE CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

V. — VOIX DU MONDE CHRÉTIEN

Si ces voix des vieilles religions de l'Asie ont été unanimes pour proclamer le caractère fondamental et nécessaire de la religion, il n'en a pas été de même hélas! dans le monde chrétien. Sans doute, le sentiment religieux a eu, au Congrès de Chicago, d'éloquents apologistes; mais il y a aussi rencontré des critiques et même des négateurs. Nous commencerons par les premiers.

Mgr d'Harlez ', professeur de chinois à l'université de Louvain, a bien décrit le réveil religieux qui s'annonce :

« Quel objet préoccupe davantage les esprits que celui qui est désigné par ce mot magique : Religion ! Dans les pays chrétiens d'Europe et d'Amérique, on peut diviser les hommes en trois classes, d'après leur attitude à l'égard des questions religieuses. Les uns possèdent la vérité par une tradition venue de haut, l'étudient, sondent ses mystères avec amour et foi. D'autres, au pôle opposé, animés par je ne sais quel esprit, lui font une guerre incessante et s'efforcent de l'étouffer. D'autres, enfin, à égale distance de ces

1. John Gmeioer, né en 1847, ordonné prêtre ilSSlj, professeur au séminaire de Saint-Thomas a Saint-Paul (Minnesota).

2. Mohammed Alexander Russell Webb. Voir Barrows, II, 989-996.

3. Mgr d'Harlez, né en 183-2, est le fondateur et recteur du collège Lipsius, auteur d'une traduction, avec commentaires, de l'Avesta. Barrows, 1, 605-621.

deux extrêmes, rongés par le doute, se demandent ce qu'il y a dans ces vérités qu'ils voient d'un côté exalter avec enthousiasme, de l'autre combattre avec furie. N'étant pas dressés par leur éducation à soumettre leur intelligence à des dogmes qu'ils ne peuvent comprendre, ni à régler leur conduite d'après des règles morales inflexibles, entendant pourtant en eux-mêmes une voix qui les appelle à s'élever au-dessus d'eux-mêmes, ils sont ballottés sur une mer de doutes et d'angoisse, demandant en vain à la terre le baume pour guérir le mal dont souffre leur cœur. »

« Oui, cette voix leur murmure à l'oreille les plus redoutables problèmes qui aient jamais été proposés à l'homme : D'où viens-tu? Qui t'a placé sur la terre? Où vas-tu? Quelle est ta fin? Que dois-tu faire pour l'atteindre? D'immenses horizons de misère ou de bonheur s'ouvrent devant lui, comment faire pour éviter l'un et parvenir à l'autre? »

< Longtemps l'homme a essayé d'étouffer cette voix : elle a triomphé de toutes les résistances. Aujourd'hui, plus que jamais, l'homme a la nostalgie du divin. Les âmes, que n'éclaire pas la divine lumière, éprouvent un malaise indéfinissable, comparable à celui de l'aéronaute dans des régions où l'air est trop raréfié. C'est ce qu'a bien exprimé un écrivain français, appartenant à l'école rationaliste idéaliste : < Ceux qui se confinent à des entreprises maté- « rielles sentent, même au milieu de leur succès, qu'il leur « manque quelque chose. C'est que, quoi qu'ils disent et € quoiqu'ils fassent, l'homme ne vit pas de pain seulement. « L'âme, elle aussi, aspire constamment à la vérité, à la € lumière, et tant qu'elle ne les a pas obtenues, elle est tourte mentée. » En d'autres termes, comme a dit le poète : t Vhomme est un dieu tombé qui se souvient des deux. »

Le prince S. Volkonsky, un laïque de l'Eglise grecque orthodoxe, sans entrer dans la question des origines, a mis en évidence la réalité du sentiment religieux, la manière dont il adoucit les mœurs et les relations sociales : < Le sentiment religieux, a-t-il dit *, est une chose qui existe, c'est une réa-

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