‹ Le Congrès des religions à Chicago en 1893 [microform]Chapitre 6 sur 195 · I*uul Bourgel, Outre-mer, W vol., p. 10 el suiv · texte numérisé non relu

I*uul Bourgel, Outre-mer, W vol., p. 10 el suiv

Hiraï, n'ont pas craint de dire en face de cruelles vérités aux missionnaires. Quant aux ecclésiastiques, à Texcmple du pasteur Barrows, ils ont montré aux délégués de rExtréme-Orient les plus grands égards. C'est à eux qu'on avait procuré un gîte dans les maisons les plus hospitalières; c'est à eux qu'on a fait la part la plus large pour le nombre et la longueur des discussions. Et non sans raison! Les délégués du Japon, de la Chine et de l'Inde n'avaient-ils pas eu à franchir les plus grandes distances, par terre et par mer, pour se rendre à Chicago? N'était-ce pas sur eux que l'on comptait, comme sur les champions les plus vaillants de la cause de la pacification religieuse? Ces soins n'ont pas fait des ingrats : les païens ont été fort sensibles à cet accueil des clcrgymen et des dames des États-Unis, si sensibles même que l'un d'eux, un vénérable prêtre du shintoïsme, au mépris de tous les usages, a embrassé une lady qui, après un discours, s'était avancée pour lui serrer la main, et, tant était grand l'enthousiasme, si sincère était la cordialité, qu'il n'a recueilli que des applaudissements!

On trouvera résumés dans le cours de cet ouvrage les discours des représentants de ces grandes religions sur les douze principaux articles du programme.

Il ne nous reste donc, pour compléter la physionomie générale du Congrès, qu'à en narrer la clôture. La séance finale, qui eut lieu le mercredi 27 septembre, à 8 heures du soir, fut vraiment belle et digne de l'inauguration. Pour répondre aux milliers de demandes de cartes d'entrée, on avait ouvert les deux immenses salles de Christophe -Colomb et de Washington, contenant chacune 3000 à 4000 personnes, et qui étaient illuminées par des myriades de lampes électriques. On avait établi entre les deux salles une porte qui permît aux orateurs de passer d'une estrade à l'autre et de répéter leurs allocutions. Comme au premier jour, l'estrade offrait un spectacle unique. On y voyait assis côte à côte, en bonne intelligence, les représentants de a^edo et de sectes qui, naguère, s'étaient combattus à outrance. Les costumes sombres ou noirs des clergés d'Occident servaient de repoussoir aux robes éclatantes des prêtres d'Orient. M. Ch. Bonney et le

Rév. Barrows présidèrent alternativement. Après que le chœur du club d'Apollon (500 exécutants) eut chanté sur la belle mélodie de HEendel le psaume XXIV :

ces d''ux immenses auditoires se levèrent à un signal du lirésiilent et olFrireot à Dieu la prière mentale. Od ne peut Si.' l'aim une idée de l'eRel imposant produit par ce silence .■ihiolii de 7 000 à 8 000 âmes, comme plongées pendant une il dL'u.>v minutes dans la méditation de l'inlini. Puis, guidée piir II' cbœur, la multitude entonna rhvnine admirable du cardinal Newman :

(iiiiile-moi, liienrnisantu luinivre, h Iravers [k* ténèbres.

Guide-moi !

1,11 nuit est profonde et je «uis loin de mon fovpr.

Guide-moi'!

Ensuite le B"" lîarrows présenta ving^quat^c délégués Blniiigers; chacun d'eux parla dans un hémicycle et répéta SI 111 rillooution dans l'autre salle. Tous exprimèrent des sentilui'iii- ili; reconnaissance pour l'hospitalité reçue et de joie |nnii- l'iiccord obtenu; les uns soulignaient avec une fine iiniiii' le contraste entre les égards dont ils avaient été l'objet ■1 (JiLi'ago et les procédés arbitraires dont ils avaient eu h -i>ulTi'ir. dans leur pays, de la part de soi-disant chrétiens; l'diilres avaient les larmes aux yeux et se demandaient s'iU. l'i'veiraient ces nouveaux amis qu'ils avaient gagnés.

Après les discours des • gentils •, il y eut une courte l>wr. Alors le chœur d'Apollon chanta avec un élan .iiiir'ilie VAlleluia lire de l'oralorio le Messie, de Hïfnde!,

M. Tomlins, le chef du chœur, et ses 500 choristes étaient si pénétrés par le génie du grand maître et par le souffle des paroles bibliques :

Alléluia! car le Seigneur règne avec toute-puissance! Il régnera à jamais, le Roi des Rois, le Seigneur des Seigneurs. Alléluia!

que l'effet produit sur l'auditoire fut indescriptible, (^ette niasse de 8 000 personnes fut comme soulevée par une force surnaturelle; il nous sembla que toutes les barrières de race, de langue, de dogmes étaient renversées, et que nous étions tous là réunis comme les membres de la grande famille de Dieu ! L'enthousiasme était tel, que des centaines de personnes se tenaient debout, les hommes acclamant, les femmes agitant leurs mouchoirs. Le calme ne se rétablit que lorsque le chœur se mit à chanter Juge-moi, 6 Dieu! de Mendelssohn. Jamais la puissance de la musique pour la concorde ne s'était montrée d'une façon plus saisissante.

Après cela vinrent douze orateurs américains, qui exprimèrent leurs souhaits de revoir; chacun d'eux ne garda la parole que deux minutes.

Ensuite le Rév. Barrows prit la parole et dit : « Nos espérances ont été réalisées et au delà. Les principes, d'après lesquels ce Congrès a été conduit ont été mis à l'épreuve et même parfois tendus à l'extrême, mais n'ont pas faibli. Ces principes, qui sont : la tolérance, la bienveillance fraternelle, la confiance dans la sincérité les uns des autres, la recherche loyale et sérieuse des harmonies de la religion, le dessein de chacun de nous d'exposer sa propre croyance sans compromis ni critique acerbe, tout cela, grâce à votre loyauté et à votre courage, n'a pas été en défaut. Hommes de l'Asie et de l'Europe, nous avons été réjouis et instruits de bien des choses par votre venue. Nous avons appris que la vérité est grande et que la Providence de Dieu a ménagé plus d'un chemin par où les hommes peuvent émerger des ténèbres vers la céleste lumière. Ce n'est pas par le sentier étroit de quelque secte ou école philosophique, que saint Augustin et Origène, J. H. Newman

et le doyen Stanley, J. Edwards et Channing, H. Ward Beecher et Keshoub Chunder sont parvenus à la lumière de l'Éternel. Là grande muraille de la cité de Dieu est percée de douze portes et si jamais nous y entrons, nous serons bien surpris d'y trouver maintes personnes que nous ne nous attendions pas à y voir....

« Vous allez retourner aux Indes, au Japon, en Chine et dans l'empire turc, allez dire aux hommes d'autres Croyances que l'Amérique chrétienne est hospitalière pour toute vérité, et qu'elle aime tous les hommes. Oui, dites aux Orientaux que nous n'avons aucune sympathie pour les abominations commises par des gens faussement nommés chrétiens! Le Congrès a montré qu'il était plus facile de faire une grande chose qu'une chose mesquine. J'espère que vous vous souviendrez de Chicago, non pas comme du foyer du plus grossier matérialisme, mais comme d'un temple où les hommes chérissent l'idéal le plus sublime ! » Et en terminant :

« Mon cœur déborde tellement d'amour, de bonheur, de gratitude, que je ne saurais exprimer tout ce que je ressens. S'il y a quelqu'un à qui soit dû l'honneur du succès de ce Congrès des religions, c'est à l'esprit du Christ, qui est un esprit de charité.... On dit que sir Joshua Reynolds termina ses conférences sur l'art de la peinture, par le nom de Michel-Ange. Pour moi, je désire, avec une vénération bien autrement profonde, que le dernier nom prononcé par moi devant cette assemblée soit le nom de Celui à qui je dois la vie, la vérité, l'espérance et toutes choses, le nom de Celui qui peut résoudre toutes les contradictions et qui, du haut de son trône dans les cieux, dirige sur la terre la marche sereine et infatigable de l'amour rédempteur, le nom de Jésus-Christ, le sauveur du monde ! »

Alors M. Charles Honney se leva pour dire les derniers mots; un grand silence se fit dans l'assemblée; lui-même resta debout et muet pendant quelques secondes, comme s'il hésitait à prononcer la clôture d'un Congrès qui avait donné un si bel exemple de concorde; enfin, d'une voix grave et lente, il dit :

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« Adorateurs de Dieu et amis de l'homme ! le moment est venu de clore cette assemblée mémorable. Je la prononce avec regret, mais avec gratitude, car le succès de ce premier Congrès universel des religions a réalisé une conviction intime, que je nourrissais dans mon cœur depuis de longues années.... Ce que Thomme avait jugé impossible. Dieu Ta finalement accompli. Les religions de toute la terre se sont rencontrées ici, dans ces solennelles assises ; elles ont conféré ensemble sur ces questions capitales de la vie et de l'immortalité, dans un esprit de franchise et de bienveillance, et maintenant elles vont se séparer en paix, après avoir échangé maint chaleureux témoignage de respect et d'aflfëction mutuels.

€ Aucun système de dogme ou de liturgie n'a été compromis par ces entretiens; aucun apôtre d'une religion quelconque n'a été placé par un acte du Congrès dans une position fausse.

« L'établissement de la fraternité universelle du savoir et de la vertu, tel a été l'objet suprême de tous les congrès auxiliaires de l'Exposition colombienne; mais le Congrès des religions a bien été, en fait, ce que nous attendions de lui : le point culminant de cet ensemble de congrès.

« Et maintenant, bon voyage ! Soyez bénis pour la pari que vous avez prise aux glorieux résultats que nous fêtons ce soir. Dorénavant les religions de la terre ne feront plus la guerre l'une contre l'autre, mais contre ces maux gigantesques qui affligent l'humanité. Puissent désormais tous ceux qui adorent Dieu et. qui aiment leurs semblables s'associer à l'hymne des anges de la Noël :

Gloire à Dieu au plus haut des cieuxî Paix sur la terre! Bonne volonté parmi les hommes! •

A ces mots tout le monde se lève et écoute avec émotion l'oraison dominicale, dite par le rabbin Hirsch. Après l'hommage du rabbin à Jésus-Christ, la bénédiction du prélat catholique, Mgr Keane prononce une prière d'actions de grâces. — Les trois orateurs Barrows, Keane et Ilirsch,

reprèsentaot les troiîs religions de la Bible, se tieonent dans la. %^\\e Washington pour répéter leurs discours et leurs pritres- Enfin, d'une voix vibrante d'émotion, le Révérend Barrows : t Je déclare le premier Congrès des religions ajourné sine die >. Pendant ce temps, M. Charles Bonney, dans la salle Christophe -Colomb, invitait l'assemblée à se Jriiiidrt: au chœur d'Apollon pour chanter l'hymne national:

Vprùs quoi, les deux grands auditoires sortirent et se dispLi-èrent dans les rues de Chicago.

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