‹ Le Congrès des religions à Chicago en 1893 [microform]Chapitre 67 sur 195 · I.— RELATIONS ENTRE LA MORALE ET LA RELIGION · texte numérisé non relu

I.— RELATIONS ENTRE LA MORALE ET LA RELIGION

Mme Sunderland, professeur à l'université d'Ann Arbor (Michigan), a retracé, d'après MM. Tiele, professeur à l'université de Leyde, et Albert Réville, professeur au Collège de France, le développement parallèle du sens moral et du sentiment religieux.

On sait que le premier divise toutes les religions en religions naturalistes, qui tiennent à la race, et religions éthiques, qui procèdent d'un fondateur. Or, même dans les premières, on trouve de faibles traces d'un sens moral qui s'éveille. Elles prêtent aux dieux supérieurs des attributs moraux; bien plus, certaines vertus sont personnifiées et adorées comme divinités.

M. Albert Réville * pense que le sens moral, comme le sens religieux, est une faculté innée, sui generis, de l'âme humaine, qui est partie de très bas et qui, par l'expérience ou l'éducation, s'est élevée très haut. Dans le monothéisme, le lien entre les deux facultés se resserre; car, ici, tout, le monde physique comme la société humaine, obéit à un seul maître tout-puissant. L'obéissance à la loi morale passe au rang de devoir religieux. Par conséquent, l'idéal religieux s'élève et se purifie en même temps que l'idéal moral. On peut même dire que dans l'Évangile ils sont si étroitement unis qu'on peut à peine les distinguer.

1. Voir Prolégomènes à l'histoire des religions, p, 279-^4. Paps, 1881.

€ La morale a-t-elle gagné où perdu à cette alliance étroite avec la religion?... D'une manière générale, on peut dire que le propre du sentiment religieux, quand il s'associe à un autre élément de la vie humaine, est de rendre cet élément beaucoup plus intense et plus puissant. Qui ne sait la vigueur exceptionnelle que le patriotisme, l'esprit de sacrifice, l'activité soutenue, le dévouement sous toutes ses formes, empruntent à leur alliance avec le sentiment religieux? En thèse générale, la morale y gagne en attrait, puissance et solidité. »

M. le Rév. Sylvestre Scovel, président du collège de Wooster (Ohio), a précisé davantage ce que la morale doit à la religion, au christianisme en particulier, dans un mémoire intitulé : Des éléments constitutifs de la vie religieuse , qui la distinguent de la vie morale ^

< Seule la vie religieuse est douée de la faculté créatrice. La vie morale ne peut engendrer la vie religieuse, tandis que cette dernière peut toujours produire la première.... Voyez la vie purement morale. Tout ce qui concerne la vie future, ses perspectives et son attrait, ses lueurs et ses gloires, ne comptent pas pour celui qui ne vise qu'à faire son devoir envers ses semblables. Combien de choses nous manqueraient? Quelle calamité, si tous les hommes niaient l'existence d'un monde supérieur! Supprimez l'immortalité de l'âme, et l'aspect du monde change du tout au tout! Il en est de même pour l'éducation.... L'homme qui nie l'immortalité n'est pas qualifié pour être un éducateur. Sans la vie religieuse, pénétrée de surnaturel, je ne crois pas qu'on puisse maintenir parmi les hommes une sévère moralité. >

Passant ensuite au christianisme, le professeur Scovel a démontré que la morale lui doit deux éléments de premier ordre ; le sentiment de repentance et l'idée de régénération.

€ Venons-en aux rapports de la vie religieuse avec le péché. Ici nous trouvons l'élément distinctif de la repentance, qui n'a aucune place dans la morale de l'homme naturel. Dans cette dernière, il peut y avoir regret ou remords, si

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