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utiles, ne jamais exciter la colère de quelqu'un contre un autre, ni prononcer des paroles offensantes pour autrui; 4» les actes justes : c'est-à-dire observer la tempérance, ne jamais causer de dommage à nos semblables, en prenant leur bien, leur femme ou leur vie ; 5® la manière juste de gagner sa vie : à savoir, de n'employer que des moyens honnêtes pour atteindre ce but; 6* les justes efforts : c'est-à-dire persévérer dans nos efforts pour faire le bien et nous corriger, si jamais nous avons dévié du chemin de la vertu; 7" la vraie méditation : à savoir, considérer cette vie comme temporaire, l'existence comme une source de souffrances et, lors d'une sensation de plaisir ou de peine, essayer toujours de calmer nos esprits ; 8° le vrai état d'âme, qui consiste à demeurer ferme dans notre foi et absolument indifférent à tout plaisir ou à toute peine.
Ce qui m'a frappé dans les développements que le prince de Siam a donnés à ce système éthique, c'est la division en trois catégories, fondée sur la sanction dans des vies ultérieures. C'est là, me semble-t-il, un élément nouveau, étranger au bouddhisme primitif. Voici sa division des devoirs : 1° ceux qui procurent le bonheur dans la vie présente; 2° dans la vie future; 3® dans la vie éternelle. A ces catégories correspondent des exigences, plus ou moins grandes; comme dans la < morale de précepte » et la < morale de conseil > des théologiens catholiques. A l'homme marié et au père de famille, on n'impose que des vertus élémentaires, par exemple ne pas mentir, ni voler, ni calomnier. On prescrit l'économie, la diligence, la compassion pour toute créature. Si le bouddhiste aspire à un degré de moralité plus haut, et par suite plus durable, il faudra qu'il renonce à son foyer et à son patrimoine, qu'il se coupe la barbe et les cheveux et qu'il se voue à la vie de pèlerin, pleine de privations et de périls. La chasteté et la droiture absolues sont exigées. Enfin, voici ce que recommande Çakya-Mouni pour parvenir au degré suprême, qui assure la paix éternelle : < Accomplis toute justice, sois voué à cette quiétude du cœur qui procède du dedans ; ne repousse pas l'extase; recherche la solitude, pénètre le
sens vrai des choses. Accomplis toute justice pour l'amour des vivants et pour l'amour de nos bien-aimés qui ont trépassé et prépare- toi à l'éternel voyage. »
On a pu juger, par cette esquisse, de l'élévation mystique de la morale bouddhiste, du sentiment d'humanité et de pureté qui la pénètrent. M. Dharmapala a pu mettre en parallèle les principaux versets du Sermon sur la montagne avec plusieurs préceptes de Çakya-Mouni, sans que l'éclat de ces derniers ait trop pâli dans ce rapprochement *. 11 y a dans ces exhortations à l'ascension graduelle vers la paix et la lumière, par le détachement successif de tous les liens terrestres, des traits de ressemblance étonnants avec les enseignements d'un Ruysbroek ou d'un Tauler. On y rencontre d'autre part, du moins dans l'exposé du bouddhisme siamois, cette tendance à admettre deux ou trois échelles morales, qu'on a pu reprocher à bon droit aux moralistes catholiques romains. Mais ce que nous ne pouvons admettre, c'est le reproche que le professeur Wilkinson a fait au bouddhisme de ne pas défendre catégoriquement le mensonge. < Il faut, a-t-il dit (séance du 26 sept. 1893), quatre conditions pour constituer un mensonge, au point de vue du bouddhiste ; entre autres que l'interlocuteur .découvre la fausseté de l'assertion du menteur, i Une telle théorie peut se rencontrer dans quelque commentaire d'un casuiste bouddhiste, mais elle est en formelle contradiction avec le troisième « chemin de la paix >.