VIN* — COMPARAISON DES MORALES
Si maintenant Ton compare ces divers systèmes de morale, on sera beaucoup plus frappé des points de contact que des différences qu'ils présentent. L'impression qu'ont eue la plupart des membres du Congrès, c'est qu'il y avait une unité essentielle entre toutes ces idées morales, et ce sentiment a été exprimé d'une façon remarquable par la Rév. Ida Hultin, dans un mémoire qui porte ce titre même, par le Rév. Momerie dans un autre intitulé la Droiture dans la conduite est Vessence même de la religion, et enfin par le professeur Estlin Carpenter, dans un remarquable travail sur le Besoin d'élargir notre notion de révélation.
Voici comment s'est exprimé ce dernier :
€ Les livres sacrés du monde diffèrent nécessairement en caractère et en contenu, car ils émanent de races, de climats et de circonstances sociales et politiques très diverses. Et pourtant, aucun ne manque de reconnaître la suprême importance de la conduite. Voilà ce qui, par la maîtrise exercée sur nos actes, nos paroles et nos pensées, est de premier ordre pour la vie. Cette conscience, parfois, éclaire les déserts les plus arides du rituel ou de la mythologie. »
... Puis, après avoir rapproché plusieurs maximes des Védas, de l'ancienne Egypte ou de la Chine de celles de l'Évangile, il a conclu ainsi :
c L'autorité de la conscience ne reçoit sa pleine explication que lorsqu'on admet que les différences que nous désignons par les mots t supérieur » et t inférieur » ne sont pas de notre invention. Elles procèdent d'une voix plus sublime, qui se fait ei;itendre plus clairement à mesure que la pensée s'élargit et que le sentiment s'épure. C'est, en fait,
1. Barrows, II, p. 844-845. Voir plus haut, chap. iv, p. 171.
le témoignage de Dieu en nous ; c'est la manifestation spontanée de sa justice; en sorte que c'est dans les termes usuels de l'expérience morale universelle que nous trouvons l'élément primordial de la Révélation. »
Le Rév.Momerie (de Loudres) a abondé dans le même sens * :
€ Tous les grands docteurs religieux du monde, a-t-il dit, ont enseigné que la chose nécessaire, ce n'étaient pas les rites ou les sacrifices, mais c'était de faire le bien.... Or les vieilles formes de religion sont à peine reconnaissables maintenant. Vous n'avez qu'à lire le livre de Davies sur le bouddhisme, pour vous convaincre combien le bouddhisme et l'islamisme actuels ont dévié de la doctrine originelle. Et il en est de même du christianisme.... La chose essentielle, c'est une bonne conduite, car il s'ensuit qu'il doit y avoir une reconnaissance implicite de Dieu. Je vous dis qu'une étrange surprise est réservée à plusieurs d'entre nous dans le grand au-delà. Nous découvrirons que beaucoup de prétendus athées sont, après tout, plus religieux que nousmêmes. Si quelqu'un adore, bien qu'il ne connaisse pas, paix soit à l'intention de son cœur, dont la piété va au delà de sa volonté ! Lisez donc la belle histoire de Leigh Hunt, Abou ben Adhem ^. »
La Rév. Hultin a été plus hardie encore dans son affirmation de l'unité du sens moral chez tous les peuples.
€ La gravitation, a-t-elle dit, n'est pas un fait plus certain que ne l'est l'unité de toute vie. Si la vie forme un tout, ce qui est élément essentiel d'une partie est vrai de l'ensemble. Ce n'est pas seulement un dessein moral éternel qui se poursuit à travers toute destinée. L'histoire de l'humanité n'est qu'une suite de luttes de l'homme, pour se comprendre lui-même, comprendre les autres et, au delà, le moi infini ^. »
Ainsi toutes les morales sont d'accord sur la loi de rétri-