‹ Le Congrès des religions à Chicago en 1893 [microform]Chapitre 82 sur 195 · Barrows, II, p · texte numérisé non relu

Barrows, II, p

bution : qui fait le mal sera tôt ou tard puni et malheureux ; quiconque fait le bien, par contre, se prépare un avenir de paix et de félicité. Toutes, aussi, s'accordent, à deux, trois points près, sur les applications pratiques du bien. Comme l'Évangile, elles recommandent la poursuite de la justice, de la vérité, de la pureté et droiture, la fidélité aux promesses et la bienveillance envers nos semblables.

Il y a plus, deux ou trois de ces morales s'accordent avec la morale chrétienne sur les points les plus élevés :

Le Christ opposant, dans le Sermon sur la montagne, la loi nouvelle à la loi de Moïse, a montré qu'il ne suffit pas pour être bon d'observer certaines règles de conduite, mais qu'il faut pénétrer jusqu'au cœur, jusqu'à la source de nos pensées et de nos désirs, pour la purifier. On a vu que Confucius et Zoroastre remontent également jusqu'à la racine de nos actes et de nos paroles, qui est dans la pensée. Le Christ propose à ses disciples de devenir saints, miséricordieux et parfaits, comme le Père céleste est parfait, et Krichna est présenté aux hindouistes, Bouddha aux bouddhistes, comme le type accompli de la douceur, de la compassion, de la beauté morale, qu'il faut imiter pour obtenir non pas la récompense d'un mercenaire, mais l'union avec la divinité, la paix éternelle.

Mais il ne faut pas que cette similitude des systèmes éthiques nous voile les différences qui les séparent. Les deux plus notables résident dans la nature du principe moral et dans l'époque assignée aux sanctions. Comme on l'a vu plus haut, le principe de la morale de l'islam, héritière en cela de la morale hébraïque, est essentiellement légaliste. Le bien et le mal dépendent, non de la conformité de nos actions à la nature ou à la loi morale, mais de leur accord avec la loi proclamée par Moïse ou par Mahomet. On peut en dire autant des morales mazdéenne et brahmanique, tandis que Gakya- Mouni et Jésus-Christ ont donné pour base à leur morale un idéal suprême de justice, de sainteté et de miséricorde.

Quant aux sanctions, la morale de Confucius, comme l'ancien bouddhisme, comme la loi de Moïse, fait abstraction d'une vie d'outre-tombe; ils enseignent que le bien et

le mal reçoivent leur récompense dès cette vie ; ils proclament que cette loi des rétributions est invariable, en dépit des injustices qu'offre si souvent le spectacle de la destinée. Au contraire, la morale des Védas et le néo-bouddhisme, les systèmes de Zoroastre et de Mahomet admettent, comme le christianisme, une vie future, où nos actes recevront leur sanction de la part d'une justice autrement infaillible que celle des juges de ce monde! En somme, comme Ta très bien remarqué le Rév. Momerie, les morales de ces vieilles religions de l'Asie ont dévié de leur ligne originelle, et, sciemment ou non, bon gré, mal gré, elles se sont, de siècle en siècle, rapprochées de la morale chrétienne.

Il est temps de conclure.

Le premier résultat de notre comparaison, c'est que la forme de la morale, chez les races supérieures, est identique en dépit de la diversité des rites et des dogmes religieux. En d'autres termes, tous les sages de l'Orient affirment l'existence du devoir, c'est-à-dire d'une règle de la conduite supérieure aux impulsions de la sensibilité et de l'égoïsme. De ce résultat on peut tirer cette induction, que les lois générales de l'ordre moral sont, dans le fond, indépendantes des systèmes dogmatiques. Il faudrait néanmoins se garder de conclure, avec les partisans de la morale indépendante, que la morale n'a que faire de la religion. Bien au contraire, ce sont les conceptions religieuses qui déterminent le contenu ou les règles particulières de la morale. Ce sont elles qui lui fournissent les stimulants d'action et les sanctions. Si, dans ce travail d'adaptation, les religions introduisent des éléments étrangers ou contraires à la loi morale, la religion s'abaisse et décline. Voyez par exemple la crémation des veuves chez les Hindous ou les procédés de l'Inquisition chez les catholiques au moyen âge. Si, au contraire, elles respectent et renforcent l'idée du devoir, la religion s'élève et contribue à améliorer et à unir les hommes. C'est ce que M. le professeur Toy a dit excellemment, à la fin de son travail, déjà cité *.

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