‹ Le Congrès des religions à Chicago en 1893 [microform]Chapitre 83 sur 195 · Bairows, 11, p · texte numérisé non relu

Bairows, 11, p

< La religion, a-t-il dit, n'a pas encore atteint l'âge de la majorité dans le monde ; elle en est encore, en règle générale, au niveau inférieur de la première enfance, qui est inconsciente. Mais y a-t-il une raison pour qu'elle continue à garder cette forme grossière? Y a-t-il quelque chose qui nous empêche de vivre en contact avec l'âme du monde et d'en tirer l'inspiration et la force dont nous avons besoin? Non, ce qui a été fait par quelques-uns peut être obtenu pour tous, en une certaine mesure. Il faut balayer les conceptions inadéquates de Dieu et de la vie morale, se fier à la libre activité de l'âme humaine, cultiver l'habitude de contempler l'idéal; il faut, en un mot, nous sentir réellement co-ouvriers avec Dieu. En présence d'une communion pareille, le mal moral ne serait-il pas désarmé contre nous? Sur une telle conception de la religion, presque tous les systèmes du monde, peut-être tous, pourraient s'entendre. Voilà l'unité que nous espérons! »

Or ce vœu est en train de se réaliser. Au lieu d'aller en se multipliant, en se diversifiant, les dogmes de ces grandes religions tendent à se simplifier. On demande toujours moins de théologie, toujours plus de morale et de sentiment du divin. L'évolution de ces grandes races, qui ont été jadis et reviendront peut-être un jour à la tête de la civilisation, l'épuration de leurs cultes s'opère dans le sens du monothéisme, de la monogamie et d'une morale qui, dans ses applications, se rapproche beaucoup de celle de l'Évangile. Tel est le deuxième résultat de notre étude : la transformation des religions de l'Asie, sous l'influence des principes moraux et sociaux du christianisme.

Cela nous amène à notre troisième et dernière conclusion. C'est que la morale chrétienne est décidément supérieure à toutes les autres *, puisqu'elle exerce une telle attraction et un tel pouvoir d'assimilation. En voici, d'ailleurs.

1. Noas sommes, sar ce point, entièrement d'accord avec M. Georges Picot dans les observations qu'il a présentées à l'Académie des Sciences morales et politiques à propos de notre notice sur le Congrès des religions. Voir le Compte rendu des séances et travaux de l'Académie, etc. mars 1894.

les raisons. D'abord, le christianisme a respecté Tidée fondamentale du devoir, et il en a tiré des lois universelles de justice et de sainteté, de solidarité dans le péché et la misère ; mais, de plus, il a introduit les notions de repentance et de régénération qui sont des stimulants d'action incomparables. Les plus belles morales de l'Asie prêchent bien la repentance et le renoncement, mais pour aboutir à l'inaction dans une contemplation stérile. L'Évangile, à toutes ses pages, pousse à l'action morale, au dévouement.

Comment en serait-il autrement, puisque Jésus a élevé l'amour des hommes au même rang que l'amoiir de Dieu? Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres. Il n'y a pas déplus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.... Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait *. Aucun code de morale n'avait été jusque-là. Ainsi, en présentant à l'homme un Dieu conçu comme le plus juste, le plus saint et le plus tendre des Pères, et sa perfection incarnée dans le Fils par excellence, l'Évangile a proposé l'idéal le plus sublime qui se pût concevoir, et, en même temps, par la vue d'un guide aussi adorable, il a enflammé les hommes du désir intense de le suivre et de l'imiter jusq^u'au bout, fût-ce jusqu'au calvaire. Son amour a été plus fort que la mort. Enfin, quand le Christ eut enseigné que la vie éternelle commence dès ici-bas — en d'autres termes, que notre état dans la vie future est déterminé par notre conduite présente, et qu'il eut, par les manifestations de son triomphe sur la mort, mis en évidence l'immortalité de la vie régénérée et divine, il ouvrit à l'activité morale de l'homme une carrière qu'aucun autre fondateur de religion n'avait pas même soupçonnée !

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