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LA RELI&ION ET LES LETTRES

« Que tout ce qui est vrai, respectable, juste, pur, aimable, honorable, vertueux, digne d'éloges, soit Fobjet de vos pensées > {Ep. aux Philipp., iv, 8). Il a passé tour à tour en revue les livres du taoïsme et ceux de Confucius, les Védas et le Zend-Avesta, le Tripitaka et le Rituel des morts (Egypte). Limité par Tespace, nous ne signalerons que ceux des passages cités par lui qui offrent un terme de comparaison avec nos Saintes Écritures.

Voici , pour commencer par la Chine , un hymne emprunté au Chen-King, qui servait et sert encore au culte des ancêtres. Un jeune roi, saisi, à son avènement, du sentiment de sa responsabilité et du désir de suivre l'exemple de son père, lui adresse cette prière :

Je demande conseil, au début de mon règne,

Comment suivre l'exemple de mon père, mon confesseur?

Ah! que ses desseins avaient une grande portée;

Et moi je ne me sens pas capable de les exécuter!

Quels que soient mes efforts pour les accomplir,

Mes actes ne pourront que dévier de ses grandes lignes.

Ah! je ne suis qu'un petit enfant,

Au-dessous des nombreuses difficultés de ma tâche!

Ayant pris sa place, je tournerai vers lui mes regards,

Pour aller et venir dans la cour,

Pour monter et descendre dans le palais.

Que tu es admirable, ô Père puissant!

Daigne me préserver et m'éclairerî

Si l'on rapproche cet hymne de la prière de Salomon, au début de son règne, on sera frappé de l'analogie des sentiments, avec cette différence que le fils de David s'adresse directement à l'Éternel :

€ Maintenant, ô Jahweh mon Dieu, tu as fait régner ton serviteur à la place de David, mon père, et moi, je ne suis qu'un jeune homme, sans expérience.... Accorde donc à ton serviteur un cœur sage pour juger ton peuple innombrable, pour discerner le bien du mal. » (1 Livre des Rois, chap. III, 7-9.)

Presque aussi ancienne que l'hymne du Chen-King est l'ode akkadienne au soleil, que M. Terry a citée ensuite.

Longtemps, en effet, avant que les poètes de Tlnde, de la Perse et de la Grèce eussent composé leurs mythes prodigieux ou terribles, les voyants du pays d'Akkad et de Schïnear observèrent la nature tissant les voiles de Faurore ou les draperies écarlates du soleil couchant, et admirèrent la beauté du ciel étoile. Les Assyriens ont été les créateurs de l'astronomie, et jusqu'à l'époque du Bas-Empire, le mot de € Ghaldéen » a été synonyme d'astronome ou de magicien. Mais il a fallu déchiffrer les inscriptions cunéiformes, pour apprendre qu'ils furent aussi des poètes religieux K Voici un hymne akkadien qui semble avoir fait partie du rituel de Babylone :

Soleil qui es, au milieu de rhorizon, à ton coucher, Puissent les portes brillantes te donner un accès favorable! Puisse la porte du Ciel être docile à tes ordres! [route.

Puisse le Dieu directeur, ton fidèle messager, te guider sur ta En Ebara, séjour de la royauté, il fait éclater ta majesté. Puisse la Lune, ton épouse bien-aimée, aller joyeuse à ta ren- Puisse ton cœur reposer en paix! [contre,

Puisse la gloire de ta nature divine demeurer en toi! Vaillant héros, ô Soleil, brille dans toute ta gloire. Seigneur d'Ebara, dirige ton pas assuré sur ta roule! Soleil, en cheminant, suis la route marquée pour tes rayons. C'est toi qui es le Juge souverain de tous les peuples!

Que l'on compare cet hymne au soleil avec le psaume XIX :

Le Soleil, semblable à l'époux qui sort de la chambre nuptiale,

S'élance dans la carrière avec la joie d'un héros;

Il se lève à une extrémité des cieux

Et achève sa course à Pautre extrémité....

Des deux côtés, c'est la même cosmologie : le voyant akkadien et le psalmiste hébreu se représentent la terre comme une plaine immense, le ciel comme une voûte solide, et le soleil comme un héros éblouissant décrivant un cercle sur cette voûte; tous deux ont un vif sentiment du

1. Voir, dans les volumes XXXVII à XL de Max Mûller, The Saered Books of the Easty les prières égyptienaes, akkadiennes, babyloniennes, védiques, asiatiques, chinoises, etc.

rôle glorieux que joue le soleil et du beau spectacle qu'offre sa course dans le ciel pur de TOrient.

Si du monde touranien et sémitique nous passons à l'Inde et la Pers, nous constatons que, là aussi, le sentiment religieux a produit des monuments littéraires, d'une grande beauté : les Védas, les Oupanishads, FAvesta. Les premiers, le Rig-Véda surtout, nous révèlent la vie et les sentiments des Aryas à l'époque où ils pénétrèrent dans l'Inde.

€ Le monde visible, dit M. Milton Terry, est rempli de Dieu; la terre, le ciel, les eaux et toutes les formes de la beauté ou de la terreur, produites par la nature, sont habitées par des forces invisibles, mais qui sont conçues comme des réalités vivantes. Tels sont, entre autres, Agni, dieu du feu; Indra, le dieu des champs azurés du ciel.... »

Où trouver, dans la poésie lyrique, quelque chose de plus charmant que les hymnes védiques à l'Aurore?

€ C'est elle, nous disent-elles, qui ouvre les portes du jour, dissipe les ténèbres, trac^ un sentier à travers les brumes, sur la cime des monts et qui s'avance, resplendissante, sur un char traîné par de blancs coursiers. A son approche, la nature entière se ranime : les bêtes des champs, les oiseaux de l'air, et les hommes sortent avec joie de leurs retraites! »

Quant à la bible des bouddhistes, voici comment M. Terry en a apprécié la valeur littéraire :

« Au point de vue occidental, nous avons de la peine à découvrir quelque attrait dans le Tripitaka. Il a fallu le génie d'Edwin Arnold pour revêtir de couleurs brillantes le noyau des doctrines bouddhistes, dans son poème sur la Lumière de l'Asie, Mais, en fait de style, les écritures bouddhiques sont aussi inférieures au poème d'Arnold que le Talmud est inférieur aux Psaumes. Çà et là on découvre une pépite d'or, mais on n'y arrive qu'après avoir parcouru des légendes interminables ou une métaphysique insipide. »

La bible des parsis présente le caractère d'un rituel ou d'un recueil de prières; ce sont en général des invocations aux puissances célestes, à l'occasion des cérémonies de

rinitiation. L'Avesta n'est d'ailleurs qu'un maigre débris d'une riche littérature *.

M. le rabbin Kohut (de New York) nous a redit, une fois de plus, les beautés morales et littéraires de la bible hébraïque.

€ Platon, Démosthène, Cicéron, a-t-il dit*, et autres foudres d'éloquence peuvent-ils rivaliser avec Moïse, David, Ésaïe, Jérémie, Ezéchiel et autres orateurs des temps bibliques? Qui a composé les écrits historiques les plus nobles, Moïse, Tite-Live ou Hérodote? Est-ce que les drames et les tragédies de Sophoche, d'Eschyle, d'Euripide sont dignes d'être mis sur le même rang que les chefs-d'œuvre de peinture réaliste et ces grandioses conceptions cosmologiques, qui nous sont fournis dans le récit déchirant du martyre de Job?

€ En fait de poésie profane et sacrée, la harpe de David nous donne des accords plus doux que l'Enéide de Virgile et les Odes d'Horace. Les données géographiques et ethnographiques si précises de Strabon ne sont pas plus complètes dans leurs détails que les récits de l'Ancien Testament et le fameux chapitre x de la Genèse. Que l'on mette sur la même ligne, si l'on peut, l'éthique d'Aristote et ces leçons de vérité, de droiture, de chasteté, vrais joyaux de morale contenus dans le Livre des Proverbes, — que l'on confronte même, si c'est possible, la sagesse incorruptible d'un Socrate avec la sagacité d'un Salomon ! »

Ces paroles sont, sans doute, l'expression de convictions sincères, mais n'ont-elles pas qiielque chose d'excessif? En admettant que la Bible contienne des vérités morales et religieuses inconnues à la sagesse ancienne, est-on fondé à parler de l'antiquité païenne comme d'un désert stérile et de la Judée comme d'une oasis, du berceau des arts, des lettres et des sciences? Nous ne le pensons pas. Le domaine de la Bible, c'est la foi; celui de la Grèce et de Rome, c'est la libre expansion du génie humain, à la recherche de la vérité. Si les Sémites ont doté le monde des trois grandes

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