‹ Le Congrès des religions à Chicago en 1893 [microform]Chapitre 90 sur 195 · Barrows, I, p · texte numérisé non relu

Barrows, I, p

religions monothéistes, le judaïsme, le christianisme et rislamisme, les Hellènes n'ont pas moins bien mérité de rhumanité, car ils ont été les champions de la liberté, c II y eut dans le monde, a dit M. Paul Deschanel *, un peuple dont rhistoire fut un miracle d'héroïsme, d'intelligence et de beauté ; qui, avec une poignée de héros, sauva le monde de la barbarie asiatique, qui enfanta une telle pléiade de poètes, d'artistes, d'orateurs, que son génie enchanta la terre et demeure la fête éternelle de l'esprit humain ! »

M. le Rév. Munger * nous a parlé des œuvres littéraires du monde chrétien, en tète desquelles il range les paraboles de Jésus-Christ et les épitres de Saint-Paul. Après avoir rendu hommage aux pères de l'Église, qui ressuscitent Platon, en le revêtant des insignes du christianisme, il nous prépare au long silence du monde, sous la domination des scolas tiques.

c La forte organisation romaine, dit-il, servit peut-être à conserver intact le trésor de la foi, jusqu'à ce que le monde fût devenu plus policé et plus sage. C'est le triomphe de la scolastique et des grandes conceptions dogmatiques, traitant de Dieu avec compétence, mais indifférentes à la nature humaine. Aussi aucun génie puissant ne iève-t-il la voix vers le ciel soit pour célébrer les grandes œuvres de la Providence révélées dans la création du monde, soit pour peindre les tristesses de la terre en termes émus. Si : il y a une exception, Dante, t le porte-parole de dix siècles de silence >, comme l'a appelé Carlyle, le premier en date, sinon le plus grand nom de la littérature chrétienne ». Dante, tout en se soumettant à l'ordre de choses extérieures établi par l'Église, en vertu même de son idéal, accuse l'état désespéré de l'Église. Quel est le caractère de son inspiration? C'est l'absolu de ses conceptions morales et spirituelles. Il peut les revêtir d'une forme grecque, elles restent foncièrement chrétiennes.

c Dans les tragédies grecques l'erreur équivaut au péché

1 . Chambre des députés de France. — Séance du 31 novembre 1894.

2. Théodore Thornton Munger, né en 1830; pasteur de l'Église unie à New Haren, agrégé de l'université Yale; a publié la Liberté de la foi^ V Appel à la vie, etc. (Barrows, I, p. 677-692).

et au crime et elle entraînait la même sentence, mais TEnfer (à quelques exceptions près, faites dans Tintérêt de rÉglise) ne contient que des coupables. Dans les tragédies grecques, la défaite est irrémédiable quoique la lutte ne doive jamais finir ; il n'y a pas de liberté, pas de repentir, pas de fautes effacées — on ne défait pas ce qui a été fait — mais Dante construit son poème sur la liberté vivante, sur le cœur qui lutte et triomphe. Le mont du Purgatoire s'élève haut au-dessus de la mer et n'est pas loin du Paradis. Tout nous parle de volonté, de choix moral, de la délivrance du mal et de retour à Dieu. La trame de la pensée se développe entre le péché d'une part, la sainteté de l'autre, entre l'homme et Dieu. L'atmosphère du poème est entièrement chargée de liberté. C'est la condanination passée sur le fatalisme de l'Orient et de l'ancienne littérature; c'est la voix qui annonce la venue de l'esprit nouveau qui commençait à poindre à l'Occident et demandait à se faire entendre. »

Pour jtf . Munger, c Dante est inspiré, comme le furent les architectes qui conçurent le plan des cathédrales. C'est le même souffle qui anime le poème et qui fit sortir de terre les édifices sacrés. Tous deux se perdent dans la contemplation du divin..,. Dante a donc été un initiateur ; c'est lui qui dota la littérature chrétienne de son premier poème épique. A l'époque de la Renaissance et de la Réforme, le christianisme contracta une alliance indissoluble avec les belles-lettres. La plupart des humanistes du xv® et du xvi® siècle ont été chrétiens, comme désormais tous les grands poètes. »

M. Munger soutient cette thèse, non pas en prêtant l'oreille à un chantre et puis à un autre, mais en écoutant le chœur des poètes depuis Shakespeare et Milton jusqu'à Gœthe, Schiller et Tennyson.... Il a eu le tort, selon nous, de passer sous silence l'action du christianisme sur les littératures latine et slave; comme si, depuis le xvi® siècle, l'Évangile était le monopole des peuples germaniques et anglo-saxons ! Mais, peut-être, ne lit-il pas le français?

La religion et la philosophie. 169

Page 1