MISSION DE M. DE LAWOESTINE S3I
Le gouvernement provisoire recevait en même temps communication d'une dépêche menaçante adressée, sous la date du 26, par M. le comte Sébastiani à M. Bresson. Elle était conçue en ces termes : « Le » conseil du roi, qui s'est assemblé aujourd'hui, a été «> unanime sur la nécessité da déclarer au gouverne- » ment provisoire que le gouvernement français » regarderait le choix de M. le duc de Leuchtenbei^ » comme un acte d'hostilité envers la France. Dans le n cas où le Congrès, malgré cette déclaration, procéde- » rait à cette élection, vous quitteriez immédiatement » Bruxelles. »
Une circonstance imprévue vint servir la politique du cabinet du Palais-Royal. Le duc de Leuchtenberg refusait le trône, qu'il avait d'abord accepté. M. le duc de Bassano avait écrit à M. de Stassart, sous la date du 25 janvier : « Le prince Auguste ne pourrait » accepter une élection à laquelle la France s'oppose » et qui priverait la Belgique des rapports les plus » nécessaires à sa prospérité. Cette détermination du * prince et de sa mère est irrévocable. Je crois devoir, » puisque je suis en mesure de le faire, vous en infor-
janvier : «... Si Leuchtenberg triomphe, nous serons morcelés... Si Ne- » mours est choisi, il y aura un \\e\i de diplomatie, pas de guerre, et la » révolution belge est terminée en six mois. » A M. Gendebien : « Je n crois vous en avoir assez dit pour que vous n'éprouviez pas d*hésita- )* lion et je vous dis encore que cela doit vous suffire pour arriver au V but; —la chose faite sera moins difficile à faire adopter qu'à obtenir dans « le doute de la réussite. .,l\ vous suffit, me disiez-vous, do quelque chose « d*offlcieux par Tun ou Tautre moyen ; vous I*avez : allez donc en » avant... »
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» mer confidentiellement pour que vous et vos amis » abandonniez une candidature désormais sans objet; » mais je vous prie de ne faire aucun usage public de » ma lettre. » Le 27, M. de Stassart avait communiqué cette lettre à quelques-uns de ses collègues, qui se montraient disposés comme lui à appuyer la candidature du duc de Leuchtenberg. Elle n'ébranla point leur résolution M. le comte Méjan n'ayant pas écrit à M. de Stassart pour dégager sa parole, ce dernier se considérait comme obligé par l'honneur à voter pour le duc de Leuchtenbei^. Il informa cependant M. de Bassano que si le duc de Nemours obtenait un plus grand nombre de suffrages au premier tour de scrutin, il croirait devoir, au second tour, se rallier à ses partisans. Plusieurs députés du Luxembourg avaient pris le même eng£^ement. Quant aux autres partisans du duc de Leuchtenberg, ils lui restèrent fidèles jusqu'au bout, tant ils avaient confiance dans cette combinaison, tant ils redoutaient les conséquences funestes que pouvait avoir la rupture de l'équilibre européen. Le 29 janvier, une foule immense encombrait les tribunes du Congrès et les abords du Palais législatif. Les cris de : f^ive le duc de Leuchtenberg ! retentissaient au dehors et dans la salle^ même. On allait ouvrir la discussion sur le choix du chef de l'État, lorsqu'un des secrétaires donna lecture d'un nouveau protocole remis au gouvernement provisoire. C'était celui de la conférence tenue à Londres le 20 janvier et contenant les bases de séparation entre la Belgique et la Hollande. Il avait été envoyé au gouvernement
PROTOCOLE DU iO JANVIER S83
provisoire, le 28, à dix heures du soir, par lord Ponsonby seul, M. de Talleyrand n'ayant donné au protocole qu'une adhésion conditionnelle. Encore le gouvernement provisoire n'avait-il reçu qu'un extrait comprenant les six premiers articles.
Le protocole du 20 janvier fixait les limites de Ja Belgique et de la Hollande.
« Les limites de la Hollande devaient comprendre » tous les territoires, places, villes et lieux qui appar- » tenaient à la ci-devant république des Provinces- » Unies des Pays-Bas, en l'année 1790. La Belgique » serait formée de tout le reste des territoires qui » avaient reçu la dénomination de royaume des Pays- » Bas dans le traité de l'année 1815, sauf le grand- » duché de Luxembourg, qui, possédé à un titre > différent par les princes de la maison de Nassau, » ferait et continuerait à faire partie de la Confédéra- » tion germanique. La Hollande et la Belgique possé- » dant des enclaves sur leurs territoires respectifs, il » serait effectue ^ par les soins des cinq cours, tels » échanges et arrangements entre les deux pays qui » leur assureraient l'avantage réciproque d une entière » contiguïté de possession et d'une libre communica- » tion entre les villes et places comprises dans leurs » frontières.
» La Belgique devait former un État perpétuelle- » metit neutre. Les cinq puissances lui garantissaient » cette neutralité et l'inviolabilité de son territoire » dans les limites mentionnées ci-dessus.
» Par une juste réciprocité, la Belgique serait tenue