‹ Le Congrès national de Belgique, 1830-1831Chapitre 103 sur 329 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

La Belgique oflPait uu spectacle jusqu'alors unique dans les annales de l'Europe moderne. L'assemblée nationale, dépositaire de la souveraineté populaire, allait briser les traditions de la légitimité et nommer au scrutin le chef de. l'État, après avoir discuté publiquement ses titres. C'était la circonstance la plus grave et la plus solennelle, dans laquelle le Congrès se fût encore trouvé, et tout le monde croyait qu'elle ne devait plus se représenter.

Une petite fraction de l'assemblée, encore attachée à la mémoire de Marie-Thérèse ou mue peu* d'autres considérations, aurait voulu décerner la couronne de Belgique à l'archiduc Charles d'Autriche, l'illustre adversaire de Napoléon ^^ On rappelait que ce prince avait été élu grand-duc des Pays-Bas par le Congrès belge de 1790, et l'on demandait que le Congrès de 1830 ratifiât cette élection. Mais la Belgique de 1830, rajeunie au contact des institutions modernes, n'était nullement disposée à rentrer sous la domination de la maison de Lorraine ; elle repoussait et l'archiduc

LEUGHTENBER6 ET NEMOURS 939

Charles, candidat de quelques nobles qui avaient été autrefois au service de rAutricbe (i), et le prince de Capoue, présenté sous le patronage du gouvernement français. Les vœux, les espérances des Belges se partageaient entre deux princes, qui représentaient par leur naissance, par leur âge, par leur éducation, les nouveaux principes qui devaient présider à lorganisation des États. L'un, élevé dans les lycées de Paris, était fils d'un roi qui avait commencé sa carrière sur le champ de bataille de Jemmapes et qui, par son élévation au trône, était devenu la personnification vivante des principes de 1789; l'autre descendait de cet illustre et loyal capitaine que Napoléon appelait son fils adoptif : le nom de Beauhamais se rattachait à la fois aux traditions de la république et à la gloire de l'empire. L'avenir qui semblait alors si brillant pour ces deux jeunes rivaux leur a réservé de cruelles déceptions. Le duc Auguste de Leuchtenberg, à qui don Pedro avait légué son épée, est mort en 1835 quelques jours après être devenu l'époux et le protecteur de la reine de Portugal; le duc de Nemours, désigné comme le futur régent de la France, a vu en 1848 s'écrouler le trône de Louis-Philippe dans une

(i) Les principnax appuis de rarcbiduc Charles d'Autriche Furent: MM. le baron de Pélichy Van Huerne, le baron de Leuze, le comte de Bergeyck, M. Legrelle et M.Dubois. Drux autres députés d*Ânvers, MM.Osyet Werbrooik-Pieters, jugeant inutile de renouveleren faveur du prince d'Orange une tentative qui avait été si mal accueillie quelques jours auparavant, proposèrent la candidature du prince Charles do Bavière.

nouvelle révolution. Telle a été la destinée des jeunes princes à qui les Belges voulaient, en 1831 , décerner une couronne.

La discussion sur le choix du chef de l'État dura six jours (du 29 janvier au 3 février) ; elle souleva les plus délicates et les plus redoutables questions de la politique européenne.

Les partisans du duc de Nemours, convaincus que la révolution belge n'avait qu'un seul protecteur, engagèrent le Congrès à ne pas blesser les sentiments de la France; d'après eux le duc de Leuchtenl>erg deviendrait forcément l'instrument de la Sainte- Alliance, et quand il l'aurait servie, il tomberait lui même devant les conséquences des principes qu'il aurait embrassés et ferait place au prince d'Orange, comme Louis-Philippe ferait place à Henri V. Telle serait, disaient-ils, l'issue pour la Belgique d'une guerre d'équilibre, en supposant que la France pût succomber; mais elle serait victorieuse, et alors c'en serait fait pour jamais de l'indépendance belge. On craignait la guerre et la guerre était inévitable, suivant les adversaires du duc de Leuchtenber^, si ce prince obtenait les suffrages du Congrès. La France n'avait^elle pas déjà déclaré que cette élection serait considérée comme un acte d'hostilité? Or, si l'on combinait cette déclaration avec l'état général des esprits en France, avec le vœu et même l'impatience du peuple français pour reprendre la ligne du Rhin, on devait être persuadé que l'élection du duc de Leuchtenberg serait sinon un motif, au moins un

LEUCHTENBERG KT NEMOURS 94i

prétexte de mettre en mouvement toutes les passions, tous les ressentiments de la France contre les traités de 1814 et de 1815. Tek furent les principaux arguments développés par les défenseurs les plus éloqu^its du duc de Nemours, par MM. Alex. Gendebien, Blargnies, Ch. Lehon, Forgeur, de Robaulx, Nothomb. Ils soutenaient ensuite que l'élection du duc de Nemours écarterait toute chance de réunion à la France; car alors les vœux de ce grand pays, l'amour-propre national seraient satisfaits. M. Gendebien, qui défendit très habilement la candidature du duc de Nemours, ne pouvait méconnaître combien étaient puissantes les objections résultant de la rivalité séculaire de la Grande-Bretagne; toutefois il ne croyait pas que la répugnance de l'Angleterre fût invincible. Après avoir rappelé que sous l'empire, les armements et les constructions militaires d'Anvers étaient un sujet d'inquiétude pour l'Angleterre, il ajouta que cette cause d'alarme disparaîtrait. « Anvers, » dit-il, « doit » être et sera déclaré port franc, uniquement destiné » au commerce; la citadelle sera démolie. C'est une » sécurité que les Belges doivent au commerce du •' monde et un gage de leur neutralité envers l'Angle- » terre. » Il soutint en outre que le commerce anglais et celui d'Anvers ne pourraient que gagner par l'avénement du duc de Nemours au trône de Belgique ; car, depuis plus de deux mois, le gouvernement provisoire avait ordonné des plans et des devis, afin de réaliser les promesses de l'empire, en établissant une communication, soit par un canal, soit par un chemin de

S4S LELCHTENBER6 ET NEMOURS

fer, de l'Escaut à la Meuse. Cette communication serait prolongée jusqu'au Rhin, si les limites de la Belgique y arrivaient. Le transit libre procurerait au commerce anglais des débouchés commodes et faciles; et les mêmes avanti^es seraient assures à l'ancienne métropole commerciale de la Belgique. Les intérêts matériels du pays exigeaient donc, suivant M. Gendebien, l'élection du duc de Nemours, car c'était le seul moyen d'obtenir un traité de commerce avantageux avec la France; tandis que les frontières de la France resteraient fermées aux Belges, s'ils nommaient le duc de Leuchtenbei^. Élire ce prince, ce serait d'ailleurs s'exposer à un refus certain et humiliant ; on avait, au contraire, la certitude que le duc de Nemours accepterait. « Toutes nos lettres venant de Paris, » ajouta M. Gendebien, « nos relations avec de hauts person- » nages en France, la voix patriotique et persuasive » de Lafayette, le vœu de la France entière, nous » sont un sûr garant que les sentiments paternels de » Louis-Philippe, d'accord avec les intérêts et la » politique de la France, ne lui permettront pas » d'hésiter un seul instant. »

Ces raisons pressantes, développées avec éloquence et habileté, n'ébranlèrent point les partisans du duc de Leuchtenberg. M. Jottrand s'éleva avec énei^ie contre ceux qui avaient propagé en France l'idée que les Belges étaient disposés à sacrifier leur nationalité. La Belgique ne voulant pM redevenir française, disait-il, devait repousser une combinaison qui n'était

LEUCHTENBER6 ET NEMOURS 3iS

qu'une réunion déguisée. Analysant les débats qui avaient eu lieu le 27 et le 28 janvier à la Chambre des députés, M. Jottrand ne cacha point qu'une pensée avait dominé presque tous les orateurs : c'est que la grande majorité des Belges demandait la réunion de leur pays à la France. Cette idée des députés français, partagée par tout le ministère, à qui la devaient-ils ? Était-ce aux révélations que leur avait faites la presse belge ? Mais tous les journaux de Belgique, même ceux de Mons et ceux de Liège, plaidaient énerçiquement contre la réunion et soutenaient l'indépendance du pays. Le Journal de Ferviers et deux ou trois feuilles nouvelles, inconnues même dems les villes où elles se publiaient, avaient parlé, il est vrai, en faveur de la reunion ; mais qui le savait en France, quand tout le monde l'ignorait même en Belgique ? Était-ce dans les discours des membres du Congrès que la France avait appris que les Belges voulaient se réunir à elle ? Mais deux ou trois membres du Congrès avaient seuls parlé jusqu'ici dans ce sens. Ceux qui tendaient vers la France étaient obligés de passer par la coml>inaison du duc de Nemours, comme pour rendre hommage au vœu que faisait toute la nation pour son indépendance. « Non, » poursuivit M. Jottrand, « ce n'est pas » dans les journaux, ce n'est pas dans nos débats » parlementaires que les députés et les ministres » français ont puisé cette idée si fausse sur les dispo* » silions de la Belgique à l'égard de la France. C'est, » il faut bien dire ici toute ma pensée, dans les com- » munications de notre diplomatie à Paris... M. Sébas-

S44 LEUGBTEiNBERa ET NEMOURS

» tiani, qui voulait rendre sans doute indiscrétion » pour indiscrétion, n'a-t-il pas dit, dans la séance de » la Chambre des députés du 28, que la Belgique » s'était offerte à la France ? Et par qui la Belgique » a-t-elle pu être offerte à M. Sébastiani?... » M. Alex, Gendebien se leva immédiatement pour protester contre la dernière allégation de M. Jottrand. Il déclara, sur l'honneur, que, pendant les trois missions qu'il avait remplies à Paris, il avait eu souvent à combattre l'opinion dominante en France, mais qu'il n'avait proposé la réunion ni de la part de son pays ni de son propre mouvement. Dans ses trois missions à Paris il avait acquis la conviction qu'il existait une idée fixe, celle de porter les limites du royaume jusqu'au Rhin et de réunir la Belgique à la France ; mais il n'avait cessé de combattre cette prétention.

Cet incident montrait toute la grandeur du débat qui tenait alors en suspens la Belgique et une partie de l'Europe. Pour l'Europe, c'était la question d'équilibre qui allait être résolue ; pour les Belges, il s'agissait de l'indépendance, de la nationalité de la patrie. Dans cette lutte solennelle, la majorité des catholiques devait nécessairement appuyer les partisans du duc de Leuchtenberg. M. de Gerlache fut l'énergique interprète des craintes et des vœux de ses coreligionnaires : <c Si nous voulons être stigmatisés » aux yeux de l'Europe entière, » dit-il, « réunissons- » nous à la France... »

M. Lebeau, déchirant le voile, montra tous les dangers auxquels la Belgique était exposée. Avec le

duc de Nemours, la guerre, suivant lui, était immédiate et générale; avec le duc de Leuchtenberg, elle était tout au plus possible. Il signala ensuite les périls d'une situation provisoire qui désoi^anisait l'administration, ôtait toute vigueur au gouvernement, favorisait les intrigues des orangistes, mécontentait l'armée et pourrait aboutir à la guerre civile. « En » choisissant le duc de Leuchtenberg, » dit encore l'orateur, « vous respectez les traités européens de » 1815 ; vous déclarez que vous ne voulez être ni » une colonie anglaise, ni un département français. 3> Les cabinets, qui attachent tant de prix au main- » tien de ces traités, n'hésiteront donc pas à recon- » naître le duc de Leuchtenberg... » M. Lebeau indiqua le moyen de vaincre les répugnances de Louis-Philippe en prouvant que le Congrès agissait sans arrière-pensée : c'était d'interdire le sol belgcî à la famille Bonaparte.

La candidature du duc de Leuchtenbei^ est également soutenue avec éclat par M. Devaux. Il commence par déclarer que son intention avait été d'abord de voter pour un roi indigène. A défaut de cette combinaison, il avait tourné ses regards vers le prince de Saxe-Cobourg. Ces choix ne sont plus possibles ; deux candidats se partagent les suffrages du Congrès, il préfère le duc de Leuchtenberg, parce qu'il offre des garanties pour l'indépendance de la Belgique ; majeur, il délivrera des embarras d'une régence et fera cesser le provisoire ; en outre, il préviendra la guerre en maintenant l'équilibre. La France, d'ail-

leurs, uattaquera point. Deux partis s'agitent dans son sein ; le parti l>elliqueux et le parti doctrinaire. Le parti belliqueux se compose essentiellement de bonapartistes; à sa tête se trouvent presque tous les généraux qui ont servi sous Napoléon. Or, il n'est pas croyable que ce parti consente jamais à faire la guerre à un descendant de la famille impériale. Quant à l'autre parti, il a réclamé ouvertement, à la Chambre des députés, par l'organe de M. Guizot, son principal représentant, la reconnaissance du duc de Leuchtenberg. M. Devaux conçoit que la France désire que les Belges n'élisent pas le duc de Leuchtenberg ; mais de l'expression d'un simple vœu à une déclaration de guerre, il y a loin. Quant à la Grande-Bretagne, déclarerait-elle la guerre aux Belges parce que le duc de Leuchtenberg serait le rival de Louis-Philippe? Mais ce serait précisément un motif qui la conduirait à reconnaître l'élu des Belges. On a communiqué au Congrès une lettre de M. Sébastiani, où il est dit que, si les Belges choisissent le duc de Leuchtenberg, le cabinet français ne le reconnaîtrait point. Le cabinet Sébastiani ne pouvait parler autrement. Si le duc de Leuchtenberg est choisi, le ministère Sébastiani tombe ; il ne pourra jamais réaliser ses menaces en présence de la nation française. La France a repoussé un roi indigène ; elle a appuyé la candidature de différents princes qui ne pouvaient convenir aux Belges ; elle refuse le duc de Nemours ; c'est donc elle-même qui réduit le Congrès à la nécessité de choisir le duc de Leuchtenberg. L'orateur répète

ensuite qu'avec le duc de Nemours, la guerre est certaine, parce qu'il sera considéré par l'Angleterre comme donnant à la France une influence sur la Belgique. Il faut que les Belges soient indépendants, neutreSj pour qu'ils se rendent forts. Or, le choix du duc de Nemours, c'est l'alliance exclusive avec la France, une transition à la réunion efltective. L'avénement du duc de Leuchtenberg, c'est le maintien de l'équilibre.

Tels furent les principaux arguments développés par l'orateur avec l'élévation d'esprit et la précision de langage d'un homme d'État. Sa péroraison émut vivement l'assemblée, et fut accueillie par des applaudissements chaleureux. « Si nous voulons conserver » l'estime et la sympathie de la France, » dit-il, « ne » nous humilions pas devant elle. Ne nous obstinons » pas à nous livrer à ses princes, quand eux-mêmes » nous refusent.... Ah ! messieurs, ne soyons une » source d'embarras pour personne ; ne nous ravalons » pas à être une misérable petite Navarre (i) ; restons, » restons la belle, la noble Belgique! Depuis long- » temps le mot de patrie ne résonnait qu'imparfai- » tement dans nos coeurs. Depuis des siècles, nous » n'avons fait que passer d'un joug à l'autre, tour à

(1) M. Devaux faisait allusion aux paroles suivantes que M. Dupin venait de prononcer 1res légèrement à la Cbambre des députés : « Je ne » pense pas, » avait dit M. Dupin, «qu'il s'agisse d'annexer à la France » une espèce de province capitulée avec des lois particulières, une » peliu Navarre, qui ne serait pour la France qu'une source d'embarras » et de difficultés. »

» tour Espagnols, Autrichiens, Français, Hollandais ; » depuis quatre mois seulement, nous sommes Belges, » et nous avons retrouvé une patrie ! Et depuis » quatre mois, la patrie nous a fait faire des miracles ! » Ce sentiment commun, auteur d'espérances communes, qui lie entre eux des hommes de mômes » mœurs et*de même caractère, a grandi le peuple » tout entier, comme par enchantement. Est-ce trop, » après des siècles, de ce peu de jours de véritable » indépendance ? Faut-il déjà étouffer dans nos cœurs » le foyer de tant de nobles pensées et de généreux » sentiments? Cette patrie, que nous avons ressaisie » au prix du sang belge, faut-il d(^à Thumilier aux » pieds d'une puissance étrangère ? »

L'assemblée cependant restait indécise. Les partisans du duc de Leuchtenbei^, s'appuyant sur les lettres officielles du ministère français, ne cessaient de dire que Louis-Philippe n'accepterait point la couronne pour le duc de Nemours. Voulant faire tomber cet obstacle, M. Van de Weyer se servit de l'ascendant que lui donnait sa qualité de président du comité diplomatique. Ce n'était point, suivant lui, l'acceptation de Louis-Philippe qu'il fallait mettre en doute, mais bien celle du duc de Leuchtenberg. Le comte Méjan, dit-il, ne devait revenir à Bruxelles qu'avec l'assentiment du cabinet français, et il est retourné directement à Munich pour dire au prince que la France, sur laquelle il avait fondé ses espérances, s'opposait à sa nomination. M. Lebeau demande aussitôt une explication catégorique. Il prie le chef du

LCUCHTENBER6 ET NEMOURS 149

comité diplomatique île faire connaître au Congrès s'il a reçu la rétractation officielle du refus persévérant de M. le duc de Nemours ; s'il est convaincu que son élection ne sera pas faite en vain. <c Le mot même » de conviction^dontje me suis servi, » répond M. Van de Weyer, « devait empêcher le préopinant de faire 9 la question qu'il m'a adressée. Je n'ai pas dit que » j'étais certain de l'acceptation; car, pour tenir un » pareil langage, il aurait fallu que j'en eusse la » preuve officielle, et, dans ce cas, j'aurais cru pouvoir » et devoir trancher la question. En mettant sous » vos yeux la pièce probante, je vous aurais dit : » Messieurs, je viens de recevoir la preuve de l'accep- » tation du duc de Nemours ; je puis donc annoncer » au Congrès que son choix ne sera pas fait en vain. y^ Il m'est impossible de parler ainsi, mais je n'en ai » pas moins la conviction que la couronne sera » acceptée par le duc de Nemours. Les éléments de » cette conviction, je les puise ailleurs que dans des » communications officielles. »

Tous les membres du gouvernement provisoire et du comité diplomatique, entraînés par les assurances officieuses qui leur avaient été données, partageaient la conviction sincère de M. Van de Weyer, et le déclarèrent à la tribune (1).

(1) La Revue rétrospective, ou Archives secrètes du dentier gouvernem^Tii (1830-1848), conlient, p. 295, une letlre do M. Bresson qui jette uo jour fort clair sur l'épisode que nous racontons. M. Bresson écrivait de Madrid, le 8 seplembre 184i, sur la question des mariages espagnols alors ouverte : «... Un beau jour, pour nous épargner un

250 TENTATIVE d'eRNEST GRÉGOIRE

Taudis que Fheure de 1 élection approchait, le parti orangiste travaillait à miuer la révolution; mais ce complot, qui semble avoir été conçu dans des proportions assez vastes, n'aboutit qu'à l'échauffourée dont Ernest Grégoire fut le héros. Après avoir essayé de plusieurs professions sans rencontrer la fortune, Ernest Grégoire avait obtenu, par la faveur des circonstances, le grade de lieutenant-colonel d'un régiment de chasseurs. Ce fut cet homme qui servit d'instrument à la faction orangiste. Il parvient à séduire une partie du régiment qu'il commandait à Bruges, et le dirige sur Gand, où il entre le 2 février en criant: f^ive le prince d'Orange! Quoiqu'il y eût une garnison considérable dans la capitale de la Flandre, tout sembla d'abord favoriser le conspirateur. Il avait traversé la ville sans obstacle, et s'était emparé de l'hôtel du gouvernement. M. de Lamberts, chef de la province, est sommé, le pistolet sur la gorge, de proclamer le prince d'Orange. Quoique pris à l'improviste, le gouverneur répond par un refus énergique. Cependant la situation devenait critique, lorsqu'on entendit tout à coup gronder le canon. C'était le colonel Van de Poêle qui, accouru avec les pompiers

» sanglant affront, je me trouverai subitement ramené à quatorze ans » en arrière, et obligé de faire à Madrid ce que j'ai fait à Bruxelles. » Maisilest périlleux de répéter ce jeu-là. »~ Quel était ce jeu? M. Bressoa, disait la reine Christine. — « Quand lord Ponsonby, il y a treize ans, a » essayé de pousser au trône de Belgique le duc de Leuchtenberg, j'ai fait » élire en quarante-huit heures le duc de Nemours, inijdémoires de M. Guizol, t.VIll, p. 218.

De Madrid, M. Bresson fut envoyé comme ambassadeur à Naples, où il mourut le2 novembre 1847.

PR01t)(X)LE DU S7 JANVIER Î51

de Gand et les chasseurs de Bruxelles , faisait mitrailler la bande de Grégoire. Elle fut bientôt dispersée, et on eut beaucoup de peine à protéger les prisonniers contre la colère du peuple. Ernest Grégoire, qui était parvenu à se sauver à Eecloo, ne tarda point à y être arrêté. On trouva sur lui une lettre du prince d'Orange, datée de Londres, le 14 janvier (1). Il allait la jeter au feu lorsque le maréchal des logis de la gendarmerie la saisit. Quelques instants auparavant, il avait réussi à faire disparaître les autres pièces relatives à la conspiration.

Ce complot si misérablement avorté, sans lasser la persévérance du parti orangiste, augmenta son impopularité. Le gouvernement provisoire rassura la nation, et le Congrès put achever paisiblement l'élection du chef de l'État.

Un nouveau coup allait être porté à la candidature du duc de Leuchtenberg au moyen du protocole arrêté à Londres le 27 janvier. Complément du précéient, il établissait le principe du partage des dettes du royaume des Pays-Bas, et tendait à assurer aux habitants de la Belgique la jouissance du commerce des colonies hollandaises. La conférence avait eu à choisir .entre deux systèmes : mettre à la charge des deux pays, maintenant séparés, les dettes qu'ils avaient contractées avant la réunion; ou bien laisser subsister la communauté des charges, confonJre les dettes, et en rendre chacun des États solidaire. Elle adopta ce

(i) Voir, au âujet de celle lotlrc, ci-dessus le cbcipilre X.

f 8S PROTOCOLE DU S7 JANVIER

dernier système, en invoquant une disposition du protocole du 21 juillet 1814, qui établissait en principe la communauté des dettes et des bénéfices. Par un motif, qu'il est facile d'apprécier, le prince de Talleyrand n'avait encore donné au nouveau protocole qu'une adhésion conditionnelle : aussi, de même que le précédent, ne fut-il communiqué au gouvernement provisoire que par lord Ponsonby seul. Après avoir menacé les Belges, le ministère français avait cru qu'il lui importait de les ménager, de les flatter même, sauf à se réunir plus tard à la majorité de la conférence lorsque le danger serait passé.

Au commencement de la séance du 3 février, plusieurs députés demandèrent qu'il fût donné connaissance au Congrès d'une lettre que le comité diplomatique avait reçue de Paris et qui avait déjà été communiquée oflicieusement à quelques membres de rassemblée. M. Van de Weyer commence par s'excuser sur ce qu'il y a peut-être de contraire aux convenances dans la communication d'une lettre qui n'avait pas un caractère officiel. Mais il trouvera son excuse, dit-il, dans la situation du pays et dans le besoin de donner au Congrès tous les moyens nécessaires pour l'éclairer dans la grave question sur laquelle il est appelé à prononcer. Il fait connaître ensuite comment le comité diplomatique est en possession de cette lettre. Lorsque le comité eut appris, par les journaux qu'il existait un nouveau protocole de la conférence de Londres, en date du 27 du mois de janvier, le président du comité se rendit auprès de

LEUCHTENBER6 ET NEMOURS SKS

I envoyé du gouvernement français, pour lui demander s'il avait des nouvelles de Londres, ou s'il avait reçu des ordres de son gouvernement. Sur ses pressantes iostaoces, M. Bresson communiqua la dépêche qu'il venait de recevoir de M. le comte Sébastiani. Ce ministre y déclarait (!«'' février) que le gouvernement dont il faisait partie n'avait point adhéré aux dispositions du protocole du 27 janvier.

« Dans la question des dettes, comme dans celle de » la fixation de l'étendue et des limites des territoires » belge et hollandais, nous avons entendu, » disait-il, « que le concours et le consentement libre des deux » Etats étaient nécessaires. »

la mouvement général de satisfaction se manifesta dans l'assemblée, et M. Lebeau précisa nettement la nouvelle position que prenait la France. Il demanda 'impression de la lettre du 1**^ février, afin que le cabinet français, s'il venait à se modifier, ne pût pas refuser de reconnaître que le protocole du 20 janvier n'était autre chose qu'un projet de transaction, ^t que ce fait, constaté, restât comme { un lien <iu*il ne pût briser sans renier ses œuvres. L'impression fut ordonnée. M. Devaux demanda ensuite si le comité diplomatique n'avait reçu aucune autre communication ; s'il avait pris des informations pour connaître les suites probables du [choix du duc de Nemours ou du duc de Leuchtenberg, ou s'il s'était abstenu de prendre des informations. Sur la première question, M. Van de ^Weyer répondit qu'il n'avait it'çu aucune espèce de communication officielle; il fut

Page 1