PROTOCOLE DU 7 FÉVRIER S
Londres, le 7. Ce protocole confirmait la résolution déjà antérieurement annoncée par le roi des Français de refuser la souveraineté de la Belgique pour le duc de Nemours, si elle lui était offerte par le Congrès de Bruxelles. Informé que cette offre allait effectivement avoir lieu, le roi avait chaîné son plénipotentiaire de réitérer sous ce rapport ses déclarations précédentes, qui étaient invariables. Les plénipotentiaires avaient pris ensuite en considération le cas où la même offre de souveraineté serait faite au duc de Leuchtenberg. Ce choix ne pouvant s'accorder avec un des principes posés dans le protocole du 20 janvier, les plénipotentiaires avaient arrêté que si la souveraineté de la Belgique était offerte par le Congrès de Bruxelles au duc de Leuchtenberg, et si ce prince lacceptait, il ne serait reconnu par aucune des cinq cours.
Dès le lendemain, 10 février, communication de ce protocole fut demandée au Congrès par MM. Osy et Lebeau. M. Vêin de Weyer répondit que les membres du comité diplomatique avaient été unanimement d'avis qu'il fallait le renvoyer à lord Ponsonby. « C'est » aussi ce que nous avons fait, » ajouta-t-il. « Nous » avons de plus déclaré à lord Ponsonby que le Con- » grès, le comité diplomatique, le gouvernement pro- » visoire, n'avaient à recevoir des communications » que de la députation belge à Paris. Le renvoi immé- » diat du protocole me semble pleinement justifié par » la décision du Congrès. Le Congrès a élu le duc de » Nemours ; le Congrès a envoyé une députation à » Paris pour offrir la couronne au fils de Louis-Phi-
ses DÉPOTATION BELGE A PAEOS
» lippe ; c'est donc de cette députation seule que nous » avons à recevoir une réponse, parce qu'elle seule » peut nous faire connaître officiellement la résolution » de Louis-Philippe. J'ajouterai que ces députés ont » reçu des notes en quelque sorte officielles, qui les x> engagent à n'ajouter aucune foi aux documents qui » pourraient leur arriver concernant l'acceptation ou » le refus du cabinet français. Qu'on juge par là de la » croyance que mérite le protocole du 7 février, dont » lord Ponsonby est porteur. Que le Congrès attende » donc avec confiance la réponse de nos députés, et » que, dans l'intervalle, il se montre calme et ferme, » afin de ne point répandre dans la nation une inquîé- » tude qui pourrait avoir les plus graves résultats. » Plusieurs membres, peu satisfaits de cette explication, firent entendre que le comité diplomatique n'avait pas agi avec toute la prudence désirable ; qu'il s'était laissé tromper. M. Van de Weyer répliqua qu'une convietioîij partagée par la moitié du Congrès, ne pouvait reposer que sur des motifs respectables (1).
(1) Après avoir gardé longtemps le silence sur les moyens qui avaient été employés pour rallier le gouvernemenl provisoire à la candidature du duc de Nemours, M. Van de Weyer se justifia en les faisant connattre au Congrès dans la séance du {«'juin 1831. « Lors de rélcction de » M. le duc de Nemours, c*est moi, » dit-il alors, «qui ai reçu les lettres » confidentielles, c'est moi qui les ai communiquées, et ce n*est pas » sur la foi seule de ces lettres que Téleclion a été faile ; c'est sur te » déclaratûm de deux envoyés de France que M, le duc de Nemours accep- » terait, que le Congrès a pris sa décision. J'ai eu foi dans les assu- 7> ronces de M. le marquis de Lawoestine et, si j'ai gardé le silencf), si » je n*ai point repoussé les accusations que l'on a faussement fait peser T» sur moi, c'est que je n'ai ptts voulu qu'elles retombassent sur une tête » couronnée. »
DÉPUTAnON BELGE A PARIS S68
Le Congrès reçut enfin, le 12, communication d'un rapport émané de sa députation. C'était une dépêche de M. Surlet de Chokier, datée de Paris, le 10 février. Il parlait d'abord des conférences que les députés avaient eues avec M. le comte Sébastiani, et il ne dissimulait pas que des difficultés graves, presque insurmontables, paraissaient s'élever au sujet de l'acceptation, a Le plus grand obstacle, » disait-il, « est la crainte » d'une guerre générale que cette acceptation pourrait » allumer, guerre devant laquelle la France ne recu- » lerait pas s'il s'agissait d'intérêts où son honneur, » sa dignité, son indépendance, se trouveraient com- » promis, mais qui serait en France peu populaire, » si elle n'était soutenue que pour des intérêts de » famille et de dynastie. » M. Surlet rendait compte ensuite des eutrevues particulières que la députation avait eues avec Louis-Philippe et de l'intérêt que ce prince portait aux Belges. « Chacun de nous, dans » ces différents entretiens, a pu se convaincre, » disaitil, » que le roi était surtout arrêté par la crainte » d'être accusé de cette ambition égoïste qui portait » Napoléon à établir les membres de sa famille sur » des trônes étrangers ; il ne veut pas qu'on l'accuse » d'avoir, pour couronner son fils, allumé une guerre » que tout annonce de plus en plus devoir être immi- » nente, s'il acceptait notre proposition. » Toutefois, M. Surlet ajoutait que la députation, n'ayant pas encore la réponse officielle du roi, il ne fallait point regarder le refus comnie chose certaine et tirrêtée.
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