DÉPUTATION BELGE A PARIS
y> tages promis en ce qui concerae nos limites, la » dette, le Limbom^, la rive gauche de l'Escaut et le i> grand-duché. On tiendrait beaucoup aussi à des o déclarations officielles sur le mariage du prince de » Capoue avec une princesse, fille de Louis-Philippe, » ainsi que sur l'article de la résistance du roi des » Français à tout projet de restauration du prince » d'Orange. »
Mais déjà il était trop tard pour éviter les résultais que devaient inévitablement produire les hésitations du gouvernement français. Elles annonçaient un refus humiliant pour la nation, et surtout pour le Congrès dont on avait surpris la confiance. L'irritation était générale, et la polémique des journaux se ressentait de cette disposition menaçante des esprits.
Le 13 février, M. de Potter avait, dans une pétition, engagé le Congrès à décréter la forme républicaine. Par suite du refus certain de Louis-Philippe, il n'y avait plus, suivant M. de Potter, que trois alternatives pour la révolution : le démembrement, le prince d'Orange ou la république. Lecture de cette pétition ayant été donnée dans la séance du 14, M. de Robaulx s'empara de l'idée de M. de Potter et déposa, une proposition qui avait pour objet de proclamer immédiatement la république.
Après une discussion assez vive, la question préalable fut adoptée.
Le sort de la Belgique se décidait alors à Paris. Les députés du Congrès, arrivés le 6 février dans cette ville, n'avaient eu qu'à se louer de l'accueil presque
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fastueux du gouvernement français. Ils furent logés, aux frais de l'État, à l'ancien hôtel Monaco qui appartenait à Madame Adélaïde d'Orléans, et servis par des personnes attachées à la maison du roi. Le 8, la députation, ayant été reçue officiellement par M. le comte Sébastiani, demanda au ministre des affaires étraugères de solliciter pour elle une audience solennelle du roi des Français, en insistant pour que le jour fût aussi rapproché qu'il serait possible. Toutefois, son impatience ne fut pas satisfaite ; elle eut, à la vérité, plusieurs entrevues particulières avec le roi, mais la réponse officielle se fit longtemps attendre.
Le cabinet français était divisé. Une fraction, qui trouvait dans le duc d*Orléans un appui énergique, penchait pour l'acceptation ; l'autre approuvait la politique plus prudente que le roi était décidé à suivre. Presque tous les journaux conseillaient le refus : les organes du mouvement pour ne pas augmenter la puissance de la nouvelle dynastie ; les feuilles légitimistes par haine contre la brcmche cadette de la maison de Bourbon ; les journaux doctrinaires par crainte de la guerre. L'élection à une seule voix de majorité, les dangers de toute espèce qui environneraient le gouvernement du jeune roi, menacé par les orangistes et par les adversaires de la domination française, ces raisons et d'autres encore étaient alléguées également pour déconseiller l'acceptation. Quelques journaux cependant auraient voulu que le gouvernement français bravât l'Europe, mais ce n'était pas tant l'avènement du duc de Nemours qu'ils avaient
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en vue que la réunion pure et simple de la Belgique à la France.
Pendant que la question belge occupait si vivement le gouvernement et l'opinion publique dans les deux pays, Paris était le théâtre d'événements déplorables. Une réaction furieuse venait d'éclater contre les légitimistes, qui avaient exaspéré le peuple par des manifestations provoquantes. Le 14 février, la vieille basilique de Saint-Germain-l'Auxerrois avait été dévastée ; le 15, l'archevêché fut mis à sac.
Un des membres de la députation belge, M. l'abbé Boucqueau de Villeraie, avait été un moment confondu parmi les proscrits. Comme il traversait la rue du Bac, revêtu du costume ecclésiastique, il fut insulté, et il n'échappa aux violences de la populace qu'en s'écriant qu'il était Belge et en montrant sa cocarde. Aussitôt le peuple lui donna des marques de respect, qui prouvaient le regret d'mie méprise.
Ces scènes avaient eu un grand retentissement en Belgique. Elles augmentèrent les anxiétés de ce grand nombre de catholiques, qui considéraient presque comme une calamité pour leur religion l'avénemeut im prince français ; elles détruisirent aussi les dernières espérances du comité diplomatique. En présence des hésitations de Louis-Philippe, quelques membres du comité n'étaient pas éloignés, comme ûous l'avons dit, de soutenir la candidature du prince de Capoue. Mais, après la dernière tentative des légitimistes, ils supposèrent que la nation française ne
verrait plus sans trouble un frère de la duchesse de Berry, un oncle du jeune duc de Bordeaux, s établir à Bruxelles et porter un sceptre qui pourrait protéger les exilés d'Holyrood. Il fallut donc renoncer aussi à cette candidature, si Louis-Philippe n'accordait pas le duc de Nemours aux vœux du Congrès.
La résolution officielle du roi des Français allait être connue. La députation belge avait été avertie qu'une audience solennelle lui serait accordée, le 17 février, au Palais-Royal. Elle fut reçue au pied du grand escalier par les aides de camp du roi, introduite dans la salle du trône, et présentée au monarque par le ministre des affaires étrangères. Louis-Philippe était sur son trône, debout et découvert, ayant à sa droite le duc d'Orléans et à sa gauche le duc de Nemours. La reine, la princesse Adélaïde et les autres membres de la famille royale, les ministres et les officiers du palais étaient rangés autour du trône. M. Surlet de Chokier président du Congrès belge, s'adressa au roi en ces termes :
c( Sire,
» Organe légal du peuple belge, le Congrès souverain, dans sa séance du 3 février, a élu et proclamé roi S. A. R. Louis-Charles-Philippe d'Orléans, duc de Nemours, fils puîné de Votre Majesté, et nous a confié la mission d'offrir la couronne à Son Altesse Royale, dans la personne de Votre Majesté, son tuteur et son roi.
» Cette élection, qu'ont ^accueillie les acclamations d'un peuple libre, est un hommage rendu à la royauté populaire de la France et aux vertus de votre famille : elle cimente l'union naturelle des deux nations, sans les confondre ; elle concilie leurs vœux et leurs intérêts mutuels avec les intérêts et la paix de l'Europe, et donnant à l'indépendance de la Belgique un nouvel appui, celui de l'honneur français, elle assure aux autres États un nouvel élément de force et de tranquillité.
i » Le pacte constitutionnel sur lequel repose la cou-
ronne de la Belgique est achevé. La nation, reconnue indépendante, attend avec impatience et le chef de son choix et les bienfaits de la Constitution qu'elle a jurée. La réponse de Votre Majesté comblera son attente fondée et notre juste espoir. Son avènement a prouvé qu elle connaît toute la puissance d'un vœu véritablement national, et la sympathie de la France nous est un gage de sa vive adhésion aux suffrages de la Belgique.
» Nous remettons en vos mains, Sire, le décret o£Bciel de l'élection de S. A. R. le duc de Nemours, et une expédition de l'acte constitutionnel arrêté par le Congrès. »
M. Surlet de Chokier, après avoir donné lecture du décret d'élection, s'avança vers le trône et remit au roi le discours qu'il venait de prononcer, le décret et une expédition de la Constitution belge.
Louis-Philippe, s'étant couvert, répondit aux députés du Congrès :
« Messieurs,
» Le vcew que vous êtes chaînés de m apporter au nom du peuple belge en me présentant l'acte de l'élection que le Congrès national vient de faire de mon second fib, le duc de Nemours, pour roi des Belges, me pénètre de sentiments dont je vous demande d'être les organes auprès de votre généreuse nation. Je suis profondément touché que mon dévouement constant à ma patrie vous ait inspiré ce désir, et je m'enoi^eillirai toujours qu'un de mes fils ait été l'objet de votre choix. Si je n'écoutais que le penchant de mon cœur et ma disposition bien sincère de déférer au vœu d'un peuple dont la paix et la prospérité sont également chères et importantes à la France, je m'y rendrais avec empressement. Mais, quels que soient mes regrets, quelle que soit l'amertume que j'éprouve à vous refuser mon fils, la rigidité des devoirs que j'ai à remplir m'en impose la pénible obligation, et je dois déclarer que je n'accepte pas pour lui la couronne que vous êtes chargés de lui offrir.
» Mon premier devoir est de consulter avant tout les intérêts de la France, et, par conséquent, de ne point compromettre cette paix que j'espère conserver pour son bonheur, pour celui de la Belgique et pour celui de tous les autres États de l'Europe, auxquels elle est si précieuse et si nécessaire. Exempt
moi-même de toute ambition, mes vœux personnels saecordent avec mes devoirs. Ce ne sera jamais la soif des conquêtes ou Thonneur de voir une oonronne placée sur la tête de mon fils qui m'entraîneront à exposer mon pays au renouvellement des maux que la guerre amène à sa suite, et que les avantages que nous pourrions en retirer ne sauraient compenser, quelque grands qu'ils fussent d'ailleurs. Les exemples de Louis XIV et de Napoléon suflSraient pour me préserver de la funeste tentation d'ériger des trônes pour mes fils, et pour me faire préférer le bonheur d'avoir maintenu la paix à tout l'éclat des victoires que, dans la guerre, la valeur française ne manquerait pas d'assurer de nouveau à nos drapeaux.
» Que la Belgique soit libre et heureuse ! qu'elle n'oublie pas que c'est au concert de la France avec les grandes puissances de l'Europe qu'elle a dû la prompte reconnaissance de son indépendance nationale ! et qu'elle compte toujours avec confiance sur mon appui pour la préserver de toute attaque extérieure ou de toute intervention étrangère ! Mais que la Belgique se garantisse aussi du fléau des agitations intestine^, et qu'elle s'en préserve par l'organisation d'un gouvernement constitutionnel qui maintienne la bonne intelligence avec ses voisins, et protège les droits de tous en assurant la fidèle et impartiale exécution des lois. Puisse le souverain que vous élirez consolider votre sûreté intérieure, et qu'en même temps son choix soit pour toutes les puissances un gage de la
continuation de la paix et de la tranquillité^ générale ! Puisse -t-il se bien pénétrer de tous les devoirs qu'il aura à remplir ! Et qu'il ne perde jamais de vue que la liberté publique sera la meilleure base de son trône, comme le respect de vos lois, le maintien de V03 institutions et la fidélité à garder ses engagements, seront les meilleurs moyens de la préserver de toute atteinte, et de voxfs affranchir du danger de nouvelles secousses.
» Dites à vos compatriotes que tels sont les vœux que je forme pour eux, et qu'ils peuvent compter sur toutes l'affection que je leur porte. Ils me trouveront toujours empressé de la leur témoigner, et d'entretenir avec eux ces relations d'amitié et de bon voisinage qui sont si nécessaires à la prospérité des deux États (1). »
Les sentiments du père avaient cédé, mais non sans combats, aux devoirs que s'imposait le monarque. Des larmes roulaient dans tous les yeux. Après avoir achevé son discours, Louis-Philippe descendit de son trône et s'approcha des membres de la députation
('l) M. Guizot dil dans ses Mémoires qu*il assista à Taudience que Louis-Philippe donna, le 17 février 1831, aux députés du Congrès belges et à la réponse que leur fil le roi. 11 constate ensuite que Louis- Philippe, au prix de ce renoncement, s^assurait la bonne enienle et Faction commune avec FAngleierre dans presque toutes les affaires de TËurope. « Les Pays-Bas,» lui disait Louis-Philippe, «ont toujours été la pierre d*achoppemeni de la paix en Europe ; aucune des grandes puissances ne peut, sans inquiétude et jalousie, les voir aux mains d'une autre. Qu*ils soient, du consentement général, un État indépendant et neutre; cet Ëtat deviendra la clef de voûle de Tordre européen »
auxquels il adressa successivement des paroles pleines de bienveillance.
Le Congrès apprit le refus officiel de Louis-Philippe dans la séance du 21 février. En présence des membres de la députation revenus de Paris, il fut donné lecture de la dépêche de M. Surlet de Chokier, renfermant le discours du roi des Français. Cette lecture achevée, M. Sm'let monta lui-même à la tribune et s'exprima en ces termes : « Quoique le but de notre mission n'ait » pu être rempli, j'ai pourtcmt la satisfaction de vous » annoncer que notre présence à Paris a ranimé la » sympathie entre la nation belge et la nation fran- » eaise. On nous a considérés et traités comme des » frères, comme des hommes qui ont combattu pour » la même cause, celle de l'indépendance et de la » liberté. Quant à notre indépendance, dans tous les » entretiens que nous avons eus, soit avec les minis- » très de Louis-Philippe, soit avec d'autres grands » personnages, soit avec Sa Majesté elle-même, nous » avons fait connaître la ferme résolution où nous som- » mes de ne jamais consentir à perdre cette indépen- » dance pour laquelle la nation belge a si vaillamment » combattu dans les journées de septembre. De plus, » nous avons été reçus comme souverains indépen- » dants, comme les représentants d'un peuple allié ; « nous avons été comblés de marques d'amitié par le » roi, par la famille royale, par toutes les personnes » qui sont admises à son conseil ou dans son intimité, » et ces marques d'affection s'adressaient non seule- » ment à nous, mais à la nation belge tout entière. Le
f14 PROPOSITION DU GOUVERNEMENT PROVISOIRE
» roi surtout, messieurs, nous a exprimé, à différentes » reprises, tout l'intérêt qu'il porte à la cause belge, » qu'il considère comme la sienne. Il nous a assuré » que nous pouvions toujours compter sur sa protec- » tion et son appui, et en parlant ainsi, Sa Majesté » était l'organe de toute la nation française. Lorsque y> nous primes congé de Louis-Philippe, il s'approctia » de moi, me prit par la main et me dit : 31. Sur ht ^ » cest à la nation belge que je donne la main ; dites- » /lit, à votre retour, qu'elle compte sur moi, et que je » l'engage surtout à rester unie. Et nous sentions » combien les circonstances npus faisaient une néces- » site d'être unis. L'union fait notre force. Si jamais » nous perdions de vue ce principe conservateur, il » faudrait nous attendre à être envahis, morcelés, » démembrés. Pour prévenir tant de désastres, je » vous réitère, messieurs, la prière de continuer à » veiller, avec un zèle toujours égal, au maintien » de nos libertés et des lois qui les garantissent, et de » ne point vous dissoudre avant d'avoir assuré et » d'avoir assis sur des bases stables la prospérité de » la patrie. » Des applaudissements unanimes accueillirent cette patriotique allocution.
Immédiatement après, le gouvernement provisoire fit donner lecture d'une proposition tendant à nommer un pouvoir exécutif dans les termes de la Constitution. Depuis qu'il ne lui restait plus de doutes sur la décision du cabinet français, le gouvernement provisoire avait résolu de se retirer et d'instituer une régence.