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« La différence, ». dit-il, « est très grande. Si les décrets y» étaient déclarés constitutionnels, le corps législatif » pourrait les rapporter en vertu des articles de la
» Constitution relatifs à la révision, au lieu qu'en » déclarant que nous les avons rendus comme corps » constituant, nous les rendons irrévocables; ils ne » feront pas partie de la Constitution, mais ils seront » comme la base sur laquelle elle repose... » Cette proposition décisive fut sanctionnée par quatre-vingtdouze voix contre trente-neuf.
Le vendredi, 25 février 1831, le Congrès inaugura solennellement le régent.
A une heure, M. de Gerlache, vice-président, monte au bureau; tous les députés se trouvent à leurs bancs; les tribunes sont envahies. Un trône en velours cramoisi était placé sur une estrade au-dessous du bureau; on y voyait brodée en lettres d'or la devise nationale : L'union fait la force ; derrière le fauteuil du président, le mur était tapissé d'un faisceau de lances et de drapeaux aux couleurs belges» surmtjijtés de couronnes de lauriers. Bientôt le bruit du canon et des acclamations de la multitude, le son des cloches et le roulement des tambours annoncèrent larrivée du régent. Sa voiture, attelée de deux chevaux seulement, s'avançait lentement au milieu des flots pressés du peuple. M. Surlet, vêtu d'un simple habit noir, fut reçu sous le péristyle du Palais de la Nation par les officiers généraux de la garde civique et de l'armée ; il traversa le grand vestibule au milieu d'une haie de gardes civiques qui lui présentaient les armes ; enfin,
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au pied du grand escalier, il trouva une députation du Congrès.
A son entrée dans la salle, les membres de rassemblée et les spectateurs se lèvent spontanément au bruit des applaudissements et des acclamations qui éclatent de toutes parts. Le r^nt monte les marches de l'estrade et se tient debout à côté du trône ; à droite, se range letat-major de la garde civique; à gauche, Tétat-major de l'armée. Un des secrétaires de l'assemblée, M. le vicomte Ch. Vilain XIIII, au pied de l'estrade,donne lecture du décret du Congrès, qui appelle à la régence Érasme-Louis, baron Surlet de Chokier. — a Je me conforme, » répond le régent, « à la volonté du » Congrès national. » M. Vilain XIIII donne ensuite lecture du décret du 24 février statuant que c'est comme corps constituant que le Congrès a rendu ses décrets du 18 et du 24 novembre 1830 sur l'indépendance du pays et sur l'exclusion à perpétuité des membres de la famille d'Orange-Nassau de tout pouvoir en Belgique. Le régent répond : t -r- Je me con- » forme de nouveau à cette résolution de l'assemblée. » Le même secrétaire, déployant alors une lai^e feuille de vélin sur laquelle était écrite la Constitution du peuple belge, on donne lecture au milieu dun profond silence. Étendant la main droite vers l'assemblée assise et profondément recueillie, le régent dit d'une voix haute et assurée: « — Je jure d'observer la Cons^ » titution et les lois du peuple belge, de maintenir l'in- A dépendance nationale et Vintégrité du territoire. » Alors le président du Congrès proclame régent de la
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Belgique M. Érasme-Louis, baron Surlet de Chokier. Refusant de s'asseoir dans le fauteuil royal, le régent veut prononcer debout, en avant du trône, le discours qui doit être comme le programme de son administration. Il commence par réclamer le concours sympathique de l'assemblée, qui lui avait conféré la plus haute magistrature qu'un citoyen puisse ambitionner. Il poursuit en ces termes : « Dieu, qui pro- » tége évidemment, et d'une manière toute pnrticu- » lière, le peuple belge, l'a doué d'une sagesse, d'une » prudence et d'une modération qui excitent l'admi- » ration des nations voisines. Elles ont peine à croire » que, depuis six mois qu'il est en révolution, il ne » se soit souillé d'aucun excès, et que le gouverne- 9 ment, né des circonstances^ sans force, sans appui, » sans armée, sans finances, sans police, et en préo sence d'un ennemi menaçant, fort seulement de son » dévouement patriotique à la cause sacrée de la » liberté, et de la juste confiance qu'il a inspirée, et » su mériter, dépose aujourd'hui le pouvoir avec le » satisfaction de se dire : « Je n'ai jamais dû employer » la force pour réprimer aucun désordre, tant est i> grande la sagesse de la nation qui a mis sa confiance B en nous : c'est ainsi qu'elle a répondu à notre 9 dévouement, à nos constants efforts pour assurer » son bonheur et son indépendance ; c'est aussi pour » nous la plus belle, la plus douce des récompenses » qu'elle puisse nous décerner. » Dieu veuille, mes- » sieurs, que nos efibrts soient couronnés d'un aussi » glorieux succès I »
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Le r^ent déclare ensuite qu'il s'occupera sans relâche, avec les ministres, des diverses branches de l'administration publique, qu'un de ses pretniers soins sera de constater Tétat actuel du royaume, pour être à même d'apprécier ses ressources, ses besoins, et pour pouvoir, à l'expiration de son mandat, rendre compte de son administration ; il ajoute que l'objet principal de ses soins sera de faire sortir le pays le plus tôt possible de l'état provisoire pour passer à un ordre de choses définitif. « Par le serment que je viens de » prêter, » dit-il en finissant, « je promets de maintenir » l'indépendance nationale. Je réitère et répète cette » clause de mon serment. Jamais, non jamais, je ne » concourrai, ni directement, ni indirectement, ni par » faiblesse, à aliéner la nationalité de notre patrie. Si » les événements, plus forts que notre puissance, en » disposaient autrement, j'abdiquerais le pouvoir, et, » comme simple citoyen, je me soumettrais à la loi » impérieuse de la nécessité, mais comme fonction- D naire publics jamais! » En entendant cette énergique déclaration, l'assemblée tout entière se lève comme par un mouvement électrique, et la voix du vénérable régent expire dans des acclamations sans fin. L'émotion est peinte sur tous les visages ; les députés ne cachent pas les larmes d'attendrissement qui coulent de leurs yeux.
Lorsque le calme se fut rétabli, le président du Congrès, prenant la parole, rendit un hommage mérité aux vertus de ce vieillard élevé à la première magistrature par les suffrages de ses égaux. « La