‹ Le Congrès national de Belgique, 1830-1831Chapitre 134 sur 329 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

Une ère nouvelle s'est ouverte pour la société européenne du jour où rassemblée constituante de 1 789 renversa les barrières élevées par la féodalité , et conservées par le despotisme, entre les habitants du sol commun, entre les fils de la même patrie. L'assemblée constituante proclama, sur les débris du vieux monde, que les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit ; que les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur lutilité commune; que tous les citoyens sont admissibles aux places et emplois, sans autre distinction que celle des vertus et des talents ; que toutes les contributions doivent être réparties entre tous les citoyens également en proportion de leurs facultés ; que les même délits doivent être punis des mêmes peines, sans aucune distinction de personnes. « Ces grandes et belles vérités, » disait Napoléon I"" sur le rocher de Sainte-Hélène, « doivent » demeurer à jamais, tant nous les avons entrelacées » de lustre, de monuments, de prodiges; nous en » avons noyé les premières souillures dans des flots » de gloire : elles seront désormais immortelles ! »

LA GONSTmrnON 3S3

Respectant les grands principes qui sont devenus les colonnes de rarchitecture sociale, le Congrès belge donna également pour base à son œuvre Tégalité des citoyens devant la loi ; e.t il ajouta qu'il n'y a plus dans l'État de distinction d'ordres, afin de constater qu'il se séparait formellement de l'ancien régime. En effet, cette disposition avait été présentée par M. le baron Beyts afin d'abolir pour jamais la distinction féodale des trois ordres, rétablie par la loi fondamentale de 1815 (1). Tous les nobles ne se rallièrent pas à cette proposition ; mais elle fut appuyée par les plus influents, et sanctionnée par une majorité telle, qu'on ne put concevoir aucun doute sur les sentiments démocratiques qui animaient l'assemblée.

Lorsque la Belgique était gouvernée par des souverains résidant à Madrid ou à Vienne, les efforts des nationaux devaient tendre naturellement à repousser les étrangers de toutes les fonctions publiques. Cette défiance légitime, consacrée par les cmciennes chartes du pays, s'était encore accrue, sous le dernier gouvernement, par suite de la prédilection qu'il n'avait cessé de manifester pour les habitants des provinces du nord. Il y eut en i830 réaction, et cette réaction

(1) BeyU (le baron Joseph-François) mérite une mention spéciale. Né à Bruges le 47 mai 1763, il fut d^abord conseiller pensionnaire, puis josqu'en 1794 greffier du magistrat de Bruges ; député au conseil des Cinq-Cents en 1797 ; préfet de Loir-et-Cher sous le consulat ; sous Tempire successivement procureur général impérial à Liège et premier président de la Cour impériale de Bruxelles; sous le royaume des Pays- Bas membre des Ëtats provinciaux du Brabant méridional. Il était sénateur pour Bruxelles lorsqu'il mourut en cette ville le 15 février 1832.

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