LE OONGRËS DOIT-IL SE DISSOUDRE
» rÉtat... » M. Dey aux fait remarquer que si, dans Farrêté du 4 octobre, il n'est pas question du choix du chef de l'Etat, c'est parce que, à cette époque, on ne savait pas quelle serait la forme de gouvernement qui serait adoptée par la Belgique, et qu'il n'appartenait pas au gouvernement provisoire de décider si le pays se constituerait en république ou en monarchie. Il signale ensuite les obstacles qui s'opposent à des élections générales, dans l'état où se trouve le pays. Lorsque le Luxemboui^ est menacé, dit-il, et lorsque Maestricht est encore au pouvoir des Hollandais, les Chambres, quand même on parviendrait à procéder aux élections, les Chambres répondraient-elles aujourd'hui aux besoins du pays ? M« Devaux signale encore les diliicultés qu'il y aurait à donner au gouvernement l'activité et l'unité nécessaires en temps de révolution, si le pouvoir législatif du Congrès était fractionné en deux corps, dont les nuances d'opinions seront nécessairement différentes, puisqu'ils se composeraient d'éléments divers, et que cette différence même était le but de l'institution des deux Chambres. Il ajouta qu'on oubliait une chose très importante, c'est que la révolution n'était pas encore close ; que la Constitution avait été faite, non pas pour régir la révolution, mais pour régir le pays quand il serait définitivement constitué : en mettant en vigueur une partie de la Constitution, le Congrès avait fait à cet égard tout ce qu'il pouvait faire. Dans un moment où le gouvernement, dit-il encore, s'efforce de hâter la solution définitive du sort du pays, conférer le soin de cette
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solution à des Chambres nouvelles dont, au dehors surtout, les dispositions pourraient paraître incertaines tant que leur réunion n'aurait pas eu lieu, ce serait entraver toute espèce de négociation et prolonger considérablement le provisoire dont on veut sortir.
Des députés, cédant à la lassitude, se plaignaient de la longueur d'une session qui durait depuis cinq mois : on leur opposa la persévérance du Congrès américain et des assemblées françaises. M. Hélias d'Huddeghem rappela que le congrès des États-Unis d'Amérique avait duré deux ans ; réuni à Philadelphie au mois de septembre 1774, il n'avait mis la dernière main à l'acte de confédération que le 4 juillet 4776. M. Nothomb signala la durée et l'immensité des travaux des eissemblées françaises. La Constituante avait siégé vingt-huit mois et avait rendu plus de deux mille décrets ; la Législative avait siégé onze mois et demi et avait rendu plus de quinze cents décrets ; la Convention avait siégé trente-sept mois et promulgué douze mille décrets. « Nous ne sommes » pas dans des circonstances moins graves, » ajouta l'orateur ; « les cabinets se sont aussi coalisés contre » nous, et les protocoles de Londres valent bien » le manifeste de Brunswick (4)... Nos concitoyens » nous ont investis de la plénitude des pouvoirs » sociaux ; ils nous ont revêtus de la puissance consti-
(i) Ce jour môme M. Lehon écrivait de Paris au régent : « ... L^union dos puissances est maintenant assez compacte. Nous courons les risques d*uD partage si la guerre s*aUume chez nous...»
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» tuante, ils nous ont dit de fonder la nationalité de la » Belgique ; ils nous ont, en un mot, confié la révolu- » tion tout entière de septembre. Reportez vos regards » sur la carrière que nous avons parcourue, voyez les » événements qui se préparent, qui nous pressent et » nous menacent ; et dites si, au point où en sont les » choses, notre mission est accomplie ? La révolution » est-elle close, alors que de toute part on se demande » avec anxiété : Comment finirons-nous la révolu- » tion 7 La nationalité de la Belgique est-elle fondée, » alors qu'on nous conteste un tiers de notre terri- » toire, un tiers de nos concitoyens, un tiers de la » patrie?... II arrive quelquefois que la lassitude » vient affaiblir les ressorts des âmes les plus puisf santés et les plus actives, que de sinistres pressen- » timents viennent détruire les plus belles illusions » de la vie... Gariions-nous de céder à cette lassitude, » à ces pressentiments. Restons ; remplissons notre » mission. Ce n'est pas la veille du combat qu'il faut a choisir pour déserter le poste. Réservons-nous de » prononcer notre dissolution le lendemain du jour » où la nouvelle sainte-alliance aura' prononcé la » sienne. » M. Ch. Rogier combat aussi, avec entraînement, ceux qui voudraient déserter le poste d'honneur où les a placés la confiance de la nation. ^ Une » révolution comme la nôtre, » dit-il, « ne peut être » l'ouvrage d'un jour. Ayons donc patience, courage, » espoir. Si l'enfantement a été pénible, douloureux, » ne voyez-vous pas dans l'avenir l'œuvre grandir, » se fortifier, devenir votre orgueil et votre gloire ?
SECONDE PROROGATION DU œNGRËS U5
» Les événements se pressent d'ailleurs avec tant de » rapidité, et, disons-le, avec tant de bonheur, que » la révolution pourra être close à une époque » rapprochée : mais agissons comme si la fin n'était D pas prochaine ; sachons montrer, avec une confiante » résignation devant les faits accomplis, ime nou- » velle persistance dans l'accomplissement de nos » devoirs. »
L'assemblée, chargée des destinées de la Belgique, refusa de décréter son suicide, le suicide de l'indépendance et de la nationalité du pays ; elle refusa de livrer la révolution aux attaques et aux entreprises des partis démagogique et orangiste. En effet, les orangistes ne cachaient pas que, au moyen des élections générales, ils avaient l'espoir de voir triompher leurs espérances et d'accomplir une restauration. Un ex-membre du Congrès avait énoncé formellement cette opinion dans un journal d'Anvers, et cette feuille ajoutait comme commentaire : « L'espérance des » hommes de bien et des véritables patriotes est dans » l'anéantissement des résultats de la révolution. »
Le Congrès décida d'abord, à l'unanimité moins cinq voix, qu'il ne fixerait pas dès ce jour Tépoque de sa dissolution. Il adopta ensuite la résolution suivante: « Le Congrès se séparera immédiatement après avoir » délibéré sur les projets à l'ordre du jour; sauf le » cas d'ui^ence qui pourrait survenir, le Congrès » s'ajournera indéfiniment jusqu'à la convocation que » pourra faire son président ou le régent. »
Il restait encore à statuer d'une manière plus