ADHÉSION AU PROTOCOLE DU SO JANVIER
comme eux que, dans un tel état de choses, les cinq puissances seraient appelées à donner à la Hollande toute lassistance nécessaire pour maintenir son indépendance et défendre l'intégrité de son territoire. Du reste, aucun des. protocoles de la conférence ne donnait lieu, d'après eux, à l'application d'une intervention armée dans les affaires intérieures de la Belgique, pas même dans le cas d'une guerre civile ; hypothèse que le gouvernement français semblait cependant envisager, ajoutaient-ils, comme une circonstance qui l'autoriserait à une intervention armée de sa part dans les affaires intérieures de ce pays. Ils rappelaient enfin que le gouvernement français avait également manifesté le dessein d'exercer cette intervention dans le cas de l'élection du duc de Leuchtenberg.
Après avoir pris connaissance de cette réponse, le comte Sébastiani annonça verbalement à M. Lehon que le gouvernement français venait d'adhérer au protocole de la conférence de Londres, du 20 janvier 1831. Par des notes du 11 et du 14 avril, M. Lehon pria le ministre français de vouloir bien 4ui faire connaître cette adhésion d'une manière officielle, et de lui faire savoir en même temps si le gouvernement français avait apporté quelques modifications, conditions ou réserves aux dispositions de ce protocole. M. Sébastiani répondit officiellement, le 15, que le gouvernement finançais avait donné son adhésion au protocole de la conférence de Londres, et il exprimait l'opinion qu'il était dans l'intérêt essentiel des Belges
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d y adhérer eux-mêmes. « Cet acte, » disait-il, « a con- » sacré le principe de l'indépendance de la Belgique, » de son admission dans la grande famille des États » européens, et . il doit ainsi lui assurer, sans aucune » contestation possible à l'avenir, la jouissance de » tous les droits qui résultent de cette position. Il a , » en outre, établi sa neutralité, et par cela même, il » lui garantira une paix durable, à la faveur de » laquelle la Belgique pourra, en toute sécurité, » développer les nombreux éléments de richesse et de » prospérité qu'elle doit à la rare fécondité de son sol D et au génie industrieux de ses habitants. Le gouver- » nement français, dont les sentiments de bienveil- » lance et d'amitié pour les Belges ne sauraient être » révocpiés en doute, appelle de tous ses vœux un » avenir aussi heureux, et il croit donner une preuve » nouvelle de ces sentiments en leur conseillant » d'adhérer, sans restriction comme sans délai, au » protocole du 20 janvier dernier. »
Ce fut dans la conférence tenue au Foreign-Ottice, le 17 avril, que M. le prince de Talleyrand déclara officiellement, d'ordre exprès du roi son maître, que la France adhérait au protocole du 20 janvier 1831 ; qu'elle approuvait entièrement les limites indiquées dans cet acte pour la Belgique ; qu'elle admettait la neutralité ainsi que Tinviolabilité du territoire belge ; qu'elle ne reconnaîtrait de souverain de la Belgique qu'autant que ce souverain lui-même aurait pleinement accédé à toutes les conditions et clauses du pacte fondamental du 20 janvier 1831, et que, d'après ces
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principes, le gouvernement français considérait le grand-duché de Luxembourg comme absolument séparé de la Belgique, et comme devant rester sous la souveraineté et dans les relations que lui avaient assignées les traités de 1815. Cette déclaration, dit le protocole, fut reçue par les plénipotentiaires des quatre cours avec une satisfaction unanime et sincère.
A la suite de cette communication, la conférence arrêta le même jour les propositions finales qu'elle aurait à faire à la Belgique, et en même temps elle voulut donner à la France un témoignage de la confiance qu'inspiraient les dispositions manifestées par le gouvernement du roi Louis-Philippe en faveur de la paix générale. Dans une réunion, à laquelle n'assistait pas le plénipotentiaire français, les représentants de l'Autriche, de la Grande-Bretagne, de la Prusse et de la Russie, portèrent leur attention sur les forteresses construites aux frais des quatre cours depuis l'année 1815, dans le royaume des Pays-Bas. Les plénipotentiaires furent unanimement d'opinion que la situation nouvelle où la Belgique serait placée, et sa neutralité reconnue et garantie par la France devaient changer le système de défense ; que, d'ailleurs, l'inviolabilité unanimement admise du territoire belge offrait une sûreté qui n'existait pas auparav£mt ; qu'enfin, une partie de ces forteresses, construites dans des circonstances différentes, pourraient désormais être rasées. En conséquence, les plénipotentiaires arrêtèrent éventuellement qu'à l'époque où il existerait en Belgique un gouvernement reconnu par
DÉBATS A LA CHABIBRE DES DfiPCTËS 433
les puissances qui prenaient part aux conférences de
Londres, il serait entamé entre les quatre cours et ce
gouvernement une négociation à l'effet de déterminer
celles desdites forteresses qui devaient être démolies (1). .
L'adhésion du gouvernement français au protocole du 20 janvier, après avoir attristé le Congrès belge, devait également soulever de vives tempêtes au sein de la Chambre des députés. Elle était alors saisie de la demande d'un crédit éventuel de cent millions pour faire face à la situation. Dans la séance du 12 avril, M. Mauguin, après avoir rappelé que le gouvernement avait abandonné la Pologne et l'Italie, lui reprocha de vouloir abandonner également la Belgique, nonobstant l'engagement formel contenu dans la dépêche signée par M. Sébastiani le 4®'' février. Tout semble donc aboutir, s'écria-t-il, à une invasion concertée, et peut-être à un partage ! Dans sa réponse, M. Sébastiani oublia la modération et la mesure qui font à la tribune la force réelle des représentants du pouvoir. Vivement irrité contre quelques orateurs du Congrès de Bruxelles et contrarié par les manifestations belliqueuses de V Association nationale, parce qu'elles n'étaient pas sans écho en France, le ministre français s'éleva avec colère contre l'exaltation des patriotes belges. «La France, » dit-il, « ne s'engage à la suite de » personne, ni à la suite de l'Italie, ni à la suite de la
(i) Ce protocole ne fut communiqué au prince de Talleyrand que le 14 juillet 1831. Il est au nombre des pièces imprimées' par ordre de la Chambre des communes d'Angleterre (27 juillet 1831).
iU DÉBATS À LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS
» Belgique. Et, à propos de la Belgique, quelle est » aujourd'hui sa situation?... Une association, traînant » à sa suite le meurtre et le pillage, y domine le gou- » vernement. Cette association prétend qu'elle nous » conduira à la guerre malgré nous. Non, la France » ne se traînera pas misérablement à la suite de ces Y> brouillons... La France est conduite par des prin- » cipes de justice, d'honneur et de raison; elle a déjà » beaucoup fait pour la Belgique; elle est prête à » faire beaucoup encore. Mais croit-on soutenir ici A l'honneur et la dignité de la France, quand on » emprunte le langage de quelques orateurs, de quel- » ques écrivains belges, qui s'expriment sur la France y> avec un langage qu'on réprimerait dans un autre » temps 7 Pour nous, notre langage à l'égard de la » Belgique sera toujours le même. Elle a encore » besoin de nous ; nous la protégerons ; elle trouvera » en nous à la fois des intentions bienveillantes et une » volonté inébranlable. » Cette sortie violente, qui devait naturellement exciter une vive et légitime indignation en Belgique, fut relevée avec énergie le lendemain par le général Lamarque. « Des paroles hau- » taines et de colère ne conviennent pas, » dit-il, « au » ministre d'un grand roi, à l'oi^ane d une grande » nation. Les traits qu'il a lancés ont d'ailleurs frappé » à faux. Ce n'est pas un tas de brouillons qui pro- » teste dans la Belgique contre les protocoles de » Londres, qui veut qu'on n'en sépare pas la rive » gauche de l'Escaut et le Luxembourg ; mais c'est la » nation belge tout entière qui réclame l'exécution des