DÉBATS A LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS 4S
» promesses solennelles contenues dans une dépêche » de notre gouvernement. . . »
Alors M. Casimir Périer paraît lui-même à la tribune pour accuser la Belgique d'ingratitude et nier les droits qu'elle prétend avoir sur le Luxembourg. Il termine par ces paroles dédaigneuses : « J'ai souvent 3> entendu reprocher à la restauration d'adopter tantôt » la politique russe, tantôt la politique anglaise. » Serions-nous tombés si bas qu'il nous fallût donner » maintenant à la France la politique belge 7 Non, » non; nous voulons une politique française. Il » est temps que la France n'appartienne qu'à la » France... »
Les paroles du président du conseil furent loin de calmer l'opposition. Par l'organe de MM. de Tracy et Odilon Barrot, elle déclara solennellement que le ministère avait méconnu, avait calomnié la nation belge. « Il y a quelque imprudence, » dit M. de Tracy, « à » traiter avec tant de dédain et peut-être avec tant » de légèreté une nation voisine qui, travaillée par i> les intrigues les plus perfides et au moment de » tomber entre les mains de ses ennemis, éprouve un » élan national... Le gouvernement belge a senti que i> ce n'était pas sur les orangistes qu'il devait s'ap- » puyer ; et c'est à tort qu'on l'accuse d'être le jouet » d'un tas de brouillons. Ce peuple a suivi notre » exemple, et nous l'abandonnons ! J'éprouve quelque » peine à entendre sans cesse répéter que si la Bel- » gique est indépendante, c'est à la protection de » la France qu'elle le doit. C'est, au contraire, l'insur-
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» rection d^s Belges qui a couvert nos frontières... » Cette réplique éloquente fit réfléchir le gouvernemeat; il recula. M. Sébastiani vint expliquer ses paroles et rétracter celles qui avaient paru outrageantes pour la Belgique. « On nous accuse, » dit-il alors, « d'avoir » calomnié un peuple voisin. Non ; nous savons que » ce peuple est digne de toute notre estime, et il » obtiendra de nous un constant appui ; mais cet » appui, nous le refusons à des brouilloos qui s'effor- » cent d'asservir le gouvernement de leur pays, et qui » veulent substituer l'anarchie à l'autorité des lois. » Justes envers tous, nous ne confondons pas avec » ces hommes la partie saine, pure et noble de la » nation belge. »
Le débat fut ensuite transporté à la Chambre des pairs. La politique du gouvernement à l'égard de la Belgique y rencontra pour adversaire M. le comte de Montalembert. Très mal renseigné sur les dispositions des Belges, M. de Montalembert reprocha au ministère de les avoir repoussés lorsqu'ils désiraient se jeter dans le sein de la France ; il lui reprocha en outre de les tromper de nouveau par son adhésion au protocole qui leur enlevait le Luxembourg (1). La réponse de M. Sébastiani fut cette fois digne d*un homme d'État. Tout en déclarant que l'adhésion de la France au pro-
(1) M. le comte de Montalembert mourut le SI juin 1831, et la dignité de pair de France passa à son Ûls, qui était alors poursuivi, coqjointement avec M. Tabbé Lacordaire et M. Decoux, pour avoir ouvori, sans Tautorisation de TUniversité, une école libre, rue des Beaux-Arts, à Paris.