NOUVELLE ENTREVUE AVEC LE PRINCE
vivement que jamais les intérêts de la Hollande et de la maison de Nassau ; le cabinet anglais, retenu par ses engagements, n'osait précipiter le dénoûment de ce drame diplomatique en faveur des Belges et assurer le triomphe d'une combinaison pour laquelle la Grande-Bretagne avait prodigué, pendant plus d'un siècle et demi, son or et son sang. On eût dit, à entendre le langage de la conférence, qu'il n'y avait en Belgique qu'un cabinet et pas de nation, que ce pays était en plein calme et non en révolution, a Veulent-ils, d disait alors M. Lebeau, « que le gou- » vernement belge adhère au protocole du 20 janvier? » Vingt-quatre heures après, il n'y aurait plus de 9 gouvernement régulier en Belgique 1... »
Les députés, obéissant à leurs instnictions et inquiets sur la situation de leur pays, pressèrent, le 2 mai, le prince de Saxe-Cobourg de leur donner une réponse définitive. Le prince, au courant de ce qui se passait à Londres, leur répondit : «t J'accepterais avec 9 bien du plaisir ; c'est la question du Limbourg qui » me retient seule, parce que c'est une question euro- 9 péenne ; celle du Luxembourg est une afiaire à 9 traiter avec la Confédération germanique et le 9 grand-duc : je crois qu'elle s'arrangera facilement. 9 Mais s'il y avait nécessité €d)solue de céder une 9 partie du Limbourg, la responsabilité en tomberait 9 sur moi ; ma position serait bien fâcheuse, et mal- » heureusement je ne vois pas le moyen d'en finir I» autrement. »
Le prince pouvait-il tenir un autre langage ? On en
m ENTBEHEN AVEC LORO PALMERSTON
jugera, quand on aura pu apprécier les conversations que les députés avaient eues avec les ministres anglais. M. Lebeau avait engagé les commissaires à voir les membres de la conférence et principalement lord Palmerston ; à les mettre au courant de lobjet de leur mission, à réclamer leurs bons oflices pour amener la solution des difficultés territoriales et financières de la Belgique dans le sens des instructions que nous avons fait connaître.
Le 30 avril, les députés avaient eu avec lord Palmerston une entrevue qui avait duré plus de trois heures. Le noble lord défendit le protocole du 20 janvier avec chaleur et persévérance, assurant de la manière la plus formelle que les Belges ne devaient nullement espérer qu'on y apporterait le moindre changement, et ajoutant que, s'ils ne cédaient pas de bonne grâce, ils devaient s'attendre à y être contraints par la force des armes. Le roi de Hollande, disait-il, avait rendu aux puissances un véritable service, avait tiré quelques-unes (la Russie, la Prusse et l'Autriche surtout) d'un grand embarras en adhérant au protocole du 20 janvier et en reconnaissant ainsi l'indépendance de la Belgique. Mais cette concession, suivant lord Palmerston, obligeait impérieusement les puissances à faire exécuter le protocole en ce qu'il pouvait avoir d'avantageux à la Hollande, et si, pour récupérer ce qui lui appartenait dans le Limbourg, elle réclamait des secours, les puissances ne pourraient les lui refuser. «* Notre intérêt, » ajoutait-il, « est bien » que la Belgique soit florissante ; mais nous ne poo-