GUERRE OU ÉLECTION IMMÉDIATE S
grande question qui préoccupait à la fois le Congrès, la nation belge et la diplomatie européenne.
Le ministère et ses partisans voulaient élire sur-lechamp le prince Léopold de Saxe-Cobourg ; ils étaient convaincus que cette élection immédiate, complétée par les négociations ultérieures indiquées dans la proposition de M. Nothomb, était le moyen de consolider l'indépendance belge le plus rapidement et avec le moins de sacrifices pour le pays.
M. Blargnies et ses adhérents ne voulaient élire le roi des Belges qu'après l'évacuation préalable des parties du territoire encore occupées par les ennemis et la mise en possession régulière des parties contestées par le roi Guillaume. Pour amener ce fait préparatoire, autant que possible sans conflit militaire, ils proposaient de déclarer nettement et immédiatement à la conférence, admise en cela comme amiable compositeur seulement, ce que la Belgique voulait faire à l'égard du roi Guillaume et de la Hollande, afin d'obtenir toute sécurité dans la possession du Luxembourg, afin de recouvrer Maestricht et la citadelle d'Anvers, et de s'assurer la cession de la rive gauche de l'Escaut. Uniterme très court devait être indiqué, pendant lequel le roi Guillaume et la Hollande, avertis de l'offre des Belges par la conférence, déclareraient accepter ou refuser. En cas d'acceptation, les Belges se constitueraient dans leurs limites, et le prince de Saxe-Cobourg serait élu immédiatement après. En cas de refus, la guerre déciderait, entre la Belgique et la Hollande, et la guerre ne serait terminée^
tit GUERRE OU ÉLECTION IMMÉDIATE
également que par Tacquisition des limites du pays ; après quoi encore, le prince de Saxe-Cobourg serait immédiatement élu.
MM. de Robaulx, Alex. Gendebien, de Haeme et leurs partisans, voulaient ajourner toute élection, repousser toutes négociations nouvelles et prendre immédiatement les armes. La guerre seule devait trancher sur-le-champ la question des limites. La guerre terminée, les uns se proposaient de décerner la couronne à un chef indigène ; les autres ne s'expliquaient pas sur la solution finale.
Le système de guerre immédiate était le plus populaire. Il était soutenu par tous les journaux de la Belgique, le CounHer de la Meuse et le Politique exceptés ; le Covnne^* des Pays-Bas lui-môme, après avoir appuyé pendant deux mois l'administration de M. Lebeau, venait d'entrer dans le système belliqueux, mais en combattant toujours avec vigueur toute idée de réunion à la France. La lettre de lord Ponsonby, la divulgation par les journaux anglais et hollandais des protocoles du 11 et du 21 mai, les excitations de la propagande française, les intrigues des partisans d'une restauration, enfin, l'influence puissante exercée par V Association nationale qui invoquait sans cesse l'honneur du pays : telles étaient les causes de l'irritation et du soulèvement de l'opinion contre la diplomatie et contre les moyens pacifiques adoptés par le ministère. La raison publique était troublée ; le bon sens d'une partie du pays s'égarait ; on avait trop flatté l'amour-propre
GUERRE OU JËLECnON IBIMÉDIATE Si
national; on avait trop cherché à persuader aux Belges qu'ils pourraient non seulement vaincre la Hollande, mais intimider et contenir l'Europe. Les débats du Congrès se ressentirent de ces dispositions du peuple : ils furent passionnés, orageux ; les ministres, qui accomplissaient courageusement le devoir le plus pénible, étaient attaqués avec une violence jusqu'alors inconnue ; les tribunes publiques se mêlaient souvent aux débats pour applaudir les partisans de la guerre et injurier tous les orateurs qui ne partageaient point des illusions décevantes.
La majorité du Congrès eut la gloire de sauver le pays en ne cédant pas imprudemment à la pres^ sion du dehors. A la fin de la séance du 31 mai, cent quatre-vingt-cinq membres contre quarante-huit décidèrent que la priorité serait donnée à la discussion sur l'élection immédiate ; et, le 2 juin, cent cinquante membres contre quarante adoptèrent le nouveau plan de négociations proposé par M. Nothomb conjointement avec MM. Ch. Vilain XIIII et H. de Brouckere. Mais cette victoire avait été vivement disputée à la majorité.
Les partisans de la guerre immédiate n'épargnèrent aucun effort pour faire prévaloir leur système. Suivant les uns, la diplomatie préparait une nouvelle mystiGcation : le prince de Saxe-Cçbourg, disaient ceux-ci, n'accepterait jamais la couronne, ou, s'il l'acceptait, il ne serait qu'un roi de tremsition, forcément condamné à préparer la restauration de la dynastie hollandaise. Suivant les autres, l'élection