‹ Le Congrès national de Belgique, 1830-1831Chapitre 248 sur 329 · S50 INSTRUCTIONS DE M. LEBEAU · texte numérisé non relu

S50 INSTRUCTIONS DE M. LEBEAU

sait le premier moyen, parce qu'il emportait avec lui la guerre, le prince de Talleyrand, dans Imcertitude qui avait suivi l'élection du prince Léopold, avait pu, disait le premier ministre, s'occuper du partage comme de la conséquence probable d'une invasion armée de la part de la Hollande.

La France n'entendait d'ailleurs consentir à aucune restauration ni semi-restauration en Belgique ; mais, d'un autre côté, elle n'entendait pas non plus soutenir les Belges s'ils attaquaient la Hollande. De concert avec l'Angleterre et la Prusse, elle devait, dans ce cas, agir hostilement contre la Belgique ; dans ce cas aussi, le partage pouvait devenir un résultat de l'occupation. Les troupes destinées à pénétrer au besoin dans nos provinces étaient désignées, et dix jours devaient suliire pour les réunir sur les frontières du pays.

Le gouvernement du régent désirait vivement que lavénement du roi des Belges pût s'accomplir avec la conservation de l'intégrité du territoire fixé par la (Constitution. Le jour même où il avait pris possession du portefeuille des affaires étrangères, M. Lebeau écrivait au ministre belge à Paris : « Quant au territoire, » si on nous eu enlève large comme la main, rien ne » s'arrangera. Toute idée de démembrement fait » fermenter les têtes et bouillonner le sang. Je crois » que notre indépendance au prix d'un village du » Luxembourg, du Lim bourg ou de la Flandre zélan- >' daise, serait énergiquement repoussée. » M. Lebeau était donc résolu à défendre jusqu'à la dernière extré-

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mité rintégrité territoriale et à ne reculer que devant un obstacle invincible. On a vu que les membres du Congrès, successivement chaînés à Londres des intérêts de la Belgique, avaient reçu pour instructions de faire les plus grands efforts à l'effet de conserver l'intégrité du territoire. Indépendamment de la sympathie que tout Belge ressentait pour ses concitoyens du Limbourg et du Luxembourg, M. Lebeau devait naturellement craindre que la popularité du nouveau roi ne reçût quelque atteinte du démembrement de deux provinces que l'opinion réputait partie intégrante du nouvel État. L'honneur de la révolution, aussi bien que son propre intérêt, engageait donc le ministre des affaires étrangères à se constituer le défenseur du Limbourg et du Luxembourg. Ne devait-il pas sentir que le prix du service qu'il allait rendre à son pays s'effacerait pour longtemps devant une douloureuse séparation, dont on l'accuserait peutêtre d'avoir froidement médité le projet ? Ne devait-il pas prévoir tout le parti que la malveillance et la calomnie tireraient d'un pareil événement pour le peindre auprès de populations consternées, rendues injustes par le malheur, comme un trafiquant d'âmes, comme un ambitieux cupide, sacrifiant tout à la combinaison qui devait lui servir de piédestal ? Combien le triomphe qu'il recherchait avec ses amis ne leur eût-il pas semblé plus beau, plus pur, plus digne d'envie, s'ils avaient pu épargner à la Belgique la perte d'un seul village dans le Limbourg et le Luxembourg ! Cette victoire complète leur échappa ; ils

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