H. DE POTTER
de souveraineté : il rappela les militaires belges qui servaient dans l'armée hollandaise. « Le sang belge, » leur disait-il, a coulé ; il coule encore par les ordres » de celui qui a reçu vos serments ; cette effusion d'un » sang généreux a rompu tous liens ; les Belges sont » déliés. Nous les délions de tout serment. »
Invité par le comité révolutionnaire à rentrer dans sa patrie, M. de Potter, après avoir traversé triomphalement le Hainaut, fut reçu à Bruxelles, le 27 au soir, par les acclamations enthousiastes de la foule. C était alors l'homme dont le nom exerçait le plus grand prestige sur les masses ; deux fois condamné comme écrivain, emprisonné, puis exilé, il personnifiait aux yeux du peuple les griefs des Belges contre le gouvernement néerlandais. Le 28, le comité insurrectionnel prit, pour la première fois, le titre de gouvernement provisoire de la Belgique^ après s'être adjoint M. de Potter. Aussitôt celui-ci usa de sa popularité pour maintenir Tordre en promettant, dans une déclaration de principes, l'accomplissement des vamx dont il s'était rendu naguère l'éloquent et courageux interprète : « Liberté pour tous ! » disait-il au peuple, a Égalité de tous devant le pouvoir suprême, » la Nation ! devant sa volonté, la Loi ! Vous avez » écrasé le despotisme ; par votre conflance dans le » pouvoir que vous avez créé, vous saurez vous tenir » en garde contre l'anarchie et ses funestes suites. Les » Belges ne doivent faire trembler que leurs ennemis. » Peuple, ce que nous sommes, nous le sommes par » v(m% / ce que nous ferons, nous le ferons pour vous. »
40 CONVOCATION d'uN CONGRÈS
Le lendemain, le gouvernement nomma dans son sein un comité central^ chargé expressément du pouvoir exécutif. Il fut composé de MM. de Potter, Ch. Rogîer et Van de Weyer.
Le gouvernement provisoire, au nom de la nation victorieuse, promulgua, le 4 octobre, un décret ainsi conçu : « — L Les provinces de la Belgique, violem- » ment détachées de la Hollande, constitueront un >^ État indépendant. — IL Le comité central s'occu- » pera au plus tôt d'un projet de constitution. — » III. Un Congrès national, où seront représentés tous » les intérêts des provinces, sera convoqué. Il ex ami- » nera le projet de constitution belge, le modifiera eu » ce qu'il jugera convenable, et le rendra, comme » constitution définitive, exécutoire dans toute la » Belgique. » Le gouvernement provisoire se contenta donc de décréter, comme uli fait irrévocable, l'indépendance de la Belgique, et il voulut laisser au Congrès, émanation plus directe de la souveraineté populaire, le soin et la mission de déterminer la forme que prendrait le nouvel État.
Déjà un des membres du gouvernement provisoire, M. Gendebien, s'était rendu officieusement à Paris, avec l'assentiment de ses collègues, afin d'assurer les résultats d'un premier succès. On était persuadé que si la lutte ne se prolongeait qu'entre la Hollande et les Belges, elle ne pouvait être douteuse pour ces derniers ; mais que si la Prusse accordait des secours à la Hollande, il en serait autrement. M. Gendebien acquit bientôt, à Paris, la ccrtitu le que la lutte se bornerait