‹ Le Congrès national de Belgique, 1830-1831Chapitre 270 sur 329 · DISCOURS DE M. LEBEAU · texte numérisé non relu

DISCOURS DE M. LEBEAU

la dette. « Moi, je dis aujourd'hui, » objecta le ministre : « f^ùtês aurez le Luxembourg^ et vous n'aurez pas la » dette. Vous voulez faire la guerre? Mais pourquoi » le voulez- vous? Pour conquérir le Luxembourg! » Mais vous l'avez, moins la forteresse, que vous ne » devez plus occuper. S'il y a quelqu'un de mal placé » dans le Luxembourg, certes, ce n'est pas la Belgique. » Vous n'avez donc pas à faire la guerre pour cette » province; vous n'avez qu'à négocier, car les puis- » sauces, en maintenant le statu quOy ne contestent » pas notre droit, elles ne nous demandent que d'en » régler l'exercice... La conférence a fait un pas » immense sur ce point, et loin de nous refuser le » Luxembourg, elle nous remet pour cette partie » précisément comme nous étions avant le protocole » du 20 janvier. Mais souvenez- vous que vous auriez » toujours dû négocier pour obtenir le Luxembourg : » cela est si vrai que vous avez autorisé la négociation » par vos décrets ; vous êtes entrés en possession par » les faits, on les maintient, et dès que la conférence » a aboli le protocole du 20 janvier, vous devez, je » crois, être satisfaits. Vous conserverez le Luxem- » bourg, j'en ai pour garants notre droit, la valeur » des Belges et la parole du prince. Oui, la parole du » prince, et le moment est venu de tout dire. Le » prince est déterminé à conserver le Luxembourg » par tous les moyens possibles, il en fait son affaire » propre; c'est pour lui une question d'honneur : ne » sent-il pas d'ailleurs très bien que la possession du » Luxembourg importe à sa popularité ? »

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M. Lebeau expose ensuite les motifs généreux et honorables qui ont empêché le prince d'accepter purement et simplement la couronne. Quelles ont été ses objections ? « Si j'arrive en Belgique, »a-t-il dit, « sans » que les bases du territoire soient posées, ne pour- » riez-vous pas dire un jour : Il est venu prendre » possession du trône, il a jeté son sceptre dans la » balance des négociations ; sans lui, elles nous » eussent été plus favorables. Aujourd'hui, au con- » traire, vous êtes libres ; négociez, pesez mûrement » vos droits, délibérez : je vous aiderai. Je lie ma » cause à celle de tous mes concitoyens, et si, malgré » tous mes efforts, vous êtes obligés de céder quel- » ques parcelles de votre territoire, on ne pourra pas » du moins en accuser votre roi. » Le ministre réfuta également les opinions erronées que Ton s'efforçait de répandre sur les conditions de la neutralité imposée à la Belgique ; cet état n'avait rien d'humiliant pour le pays : ce devait être la garantie de sa nationalité, la sauvegarde de son indépendance. « Les puissances, » dit M. Lebeau, « savent que la Belgique est con- » voitée ; leur pensée est d'empêcher qu'elle ne soit » menacée par aucune d'elles. Cette neutralité est » une garantie de notre indépendance contre la Prusse, » contre la France surtout, pour rendre la réunion » impossible. Les cinq puissances ont signé le traité ; » si la France voulait y porter atteinte, les puissances » lui rappelleraient qu elle a souscrit à cette neutralité: » elles l'obligeraient à la respecter ; notre neutralité, » enfin, est la sauvegarde de toute l'Europe... » Por-

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tant ses regards sur la Pologne, le ministre de la révolution belge conjura ses compatriotes de ne pas perdre cette nation héroïque par une aveugle obstination. « Si nous jetons la division entre certains cabi- » nets, » poursuit-il, « la Pologne est perdue. Elle ne » peut être sauvée que par l'union de la France et de » l'Angleterre. Il dépend de nous de cimenter sur » Tautel de la Belgique l'alliance de ces deux puis- » sauces... » M. Lebeau rappelle enfin à ses collègues qu'une heure après l'élection du duc de Nemours, tous les partis avaient disparu ; et il les adjure de donner encore au peuple belge cet exemple d'union. Si la com- » binaison est rejetée, » dit-il, « je pourrai servir encore » mon pays dans cette enceinte, et je serrerai frans> chement la main de ceux même qui l'auront com- » battue. Mais vous sentez que si elle était accueillie, » nous aurions le droit de vous dire : Si vous ne voulez » donner à la nation l'exemple de l'anarchie ; si vous » ne voulez attirer sur la Belgique des maux incalcu- » labiés, ralliez-vous à nous sans hésiter ; venez, soute- » nous tous le roi des Belges ; la nation a prononcé ; » il n'y a plus de division entre nous, nous sommes » tous Belges; tous nous voulons l'honneur et le » bonheur de notre patrie... »

A peine ces dernières paroles sont-elles sorties de la bouche de l'orateur vivement ému, qu'un tonnerre d'applaudissements éclate dans toutes les parties de la salle. Les tribunes publiques, si hostiles au ministre quelques heures auparavant, avaient été électrisées par ses accents patriotiques. Les hommes poussaient des

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