‹ Le Congrès national de Belgique, 1830-1831Chapitre 274 sur 329 · VOYAGE TRIOMPHAL DE L ÉLU · texte numérisé non relu

VOYAGE TRIOMPHAL DE L ÉLU

» respect à un roi qui porte ses premiers pas parmi » uîie nation qui Ta appelé de tous ses vœux. Le » clergé belge, sire, ne s'isola jamais des intérêts de » la nation. Il a su toujours s'associer à la cause » commune de la patrie. Les derniers événements » prouvent qu'il n'était pas dégénéré de son antique p attachement aux droits et aux libertés publiques... » Nous nous flattons, sire, que Votre Majesté sera » fière de régner sur un clergé qui ne fut jamais ni » l'appui des désordres populaires, ni le soutien des n abus du pouvoir... Eu choisissant ses conseils, ce » premier talent de bien gouverner, et en dévelop- » pant nos institutions nouvelles dans lesquelles la » nation a concilié son antique amour de la liberté » avec celui de l'ordre, Votre Majesté sentira le besoin » des lumières. Ces lumières, sire, nous les invoque- » rons ; nous adresserons au ciel des prières ardentes et » sincères, afin que la sagesse préside à tous les actes » d'un règne que vous allez commencer pour le lx)n- » heur de tous, et afin que la nation puisse trouver » dans votre justice et dans votre équité la raison de » son amour et de son dévouement envers votre » auguste personne, seuls garants de la stabilité de

» votre trône »

Gaud prit part à l'allégresse générale, malgré les menées ténébreuses de quelques fauteurs d'anarchie. Peu de jours auparavant des individus de bas étage avaient promené, dans des quartiers éloignés du centre de la ville, un mannequin satirique portant des insignes royaux. Instruit de ce fait, le roi avait répondu :

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« C'est une raison de passer par Gand. » Sa confifiince ne fut pas trompée: Ja capitale des Flandres reçut le roi des Belges avec cet enthousiasme qui éclatait partout sur son passage. Aux portes de la ville, M. Ch, Coppens, président de la commission de sûreté publique, avait adressé au roi les paroles suivantes : « Au nom des Gantois, soyez le bienvenu, » élu de la nation. La ville de Gand confond ses cris » d'allégresse avec ceux de tout le peuple belge. Cette » ville éminemment industrieuse, qui a secondé et » soutenu notre glorieuse révolution, attend tout » d'un roi qui est appelé à en cicatriser les plaies. Ses » habitants sont fiers de recevoir au milieu d'eux le » gardien de leur indépendance et de leurs libertés, » le protecteur de leur commerce et de leur industrie. » Ils s'empresseront de se grouper autour du trône » constitutionnel qui vous est destiné. Ce trône, élevé x> par la nation belge, la nation saura le soutenir. » — « J'ai vu avec douleur, » répondit le roi, « l'état de » souffrance de la ville de Gand durant la révolution. » Vous le savez tous, je n'en suis pas la cause, je ne y> suis pas venu parmi vous pour laisser des plaies » saignantes, mais bien pour les cicatriser. J'ai suivi » avec attention toutes les phases de la révolution. Je » connais vos besoins, et je m'appliquerai spéciale- » ment à rouvrir la source des prospérités dans votre » cité industrieuse. > Le 19, au matin, le roi visita l'hôtel de ville, l'université, la cathédrale et les fabriques; et, après avoir passé ensuite les troupes en revue, il se dirigea vers le Brabant.

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Le voyage du roi, il faut le redire, fut un triomphe populaire depuis Furnes jusqu'au château de Laeken. Certes on ne pouvait s'empêcher d'admirer les mani* festations splendides et unanimes des villes que le cor* tége traversait ; mais ce qui portait au plus haut point l'émotion, c'était, d'après les témoignages con tempo* rains, l'accueil que l'élu du Congrès recevait dans les campagnes. Quand on voyait un curé de village, à cheveux blancs, au visage vénérable, venir saluer dans un prince luthérien le protecteur de l'indépendance du pays, le restaurateur de la nationalité belge si longtemps opprimée ; ce mélange de patriotisme qui se liait aux traditions du passé, et de tolérance, qui se rattachait aux principes libérauxdekrévolution de 1830, touchait profondément les témoins de ce spectacle admirable. Quand on voyait ensuite les branches d'arbre et les guirlandes qui ornaient les cabanes éparses sur la grande route, quand on remarquait la joie naïve et spontanée des pauvres habitants accourus sur le seuil de leurs chaumières, on pouvait dire que le peuple comprenait instinctivement le caractère de cette inauguration. D sentait que ce prince, élu par les suffrages de l'assemblée nationale, ramenait la confiance, la paix, la sécurité, le commerce, la prospérité publique et privée. On pouvait aussi reconnaître dans ces populations de la Flandre et du Brabant, accourues au devant du roi, l'ancien respect pour le pouvoir monarchique que le peuple belge a toujours su allier avec l'amour invincible de la liberté. Un roi des Belges, c'était pour le peuple le passé glorieux des ducs de Brabant et des

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comtes de Flandres; une monarchie indépendante, c'était la résurrection éclatante de la vieille nationalité. La république, si elle avait été établie, n'eût rappelé au peuple que les jours sinistres de 1793, la tyrannie et les spoliations des commissaires de la Convention nationale ; un président n'aurait parlé ni aux souvenirs ni à l'imagination de la classe populcûre: on ne l'aurait pas compris. Il aurait été repoussé par des préjugés tout-puissants, sinon par le sentiment national.

L'enthousiasme qui éclatait, à l'aspect du roi des Belges, était donc sincère, spontané, général. Dans les villes traversées par le cortège, on voyait des membres du Congrès, adversaires passionnés quelques jours auparavant, s'aborder en s'embrasssant et oublier leurs querelles passées pour se rallier à celui que l'instinct des masses, aussi bien que la raison des hommes politiques, rendue à elle-même, proclamait le consolidateur sinon le sauveur de l'indépendance reconquise et des institutions libérales établies par la sagesse de l'assemblée souveraine. Il faut ajouter que les manières du nouveau roi si puissantes de séduction, son accueil si affable, ses réponses pleines de tact et de raison, sa connaissance des annales et des intérêts du pays, contribuèrent beaucoup à faire disparaître certaines préventions et à grouper les anciens partis autour du trône constitutionnel.

A quelque distàuce d'Alost, le roi fît la réponse suivante à une députation de bourgmestres : « Je n'ai » quitté une position brillante et heureuse que pour

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» me consacrer an bonheur de la Belgique. J'arrive » fmrmi vous dans la ferme intention de consolider » vos institutions, de maintenir et faire respecter vos n libertés^et de défendre votre indépendance. L accueil » si touchant que je reçois depuis mes premiers pas » sur le territoire belge me prouve qu'en acceptant la » couronne j'ai déféré à un vœu national. Je compte » sur vous, messieurs, et vous pouvez pour tous vos » droits et pour tous vos intérêts compter sur moi. »

Aux confins du Brabant, le roi fut reçu par le gouverneur civil, M. de Coppin, et par le général Duvivier, commandant de la deuxième division militaire. « Sire, » lui dit ce vieux soldat, « organe des troupes » composant la deuxième division militaire que j'ai • l'honneur de commander, je viens vous offrir, en » leur nom, respect et obéissance ; venez, sire, venez » faire le bonheur de notre belle patrie. L'armée a V juré fidélité à notre estimable régent ; elle a tenu » son serment. Nous vous le renouvelons en ce jour : » comptez sur nous ; nous aurons toujours des sabres » et des baïonnettes prêts à vous défendre. » Le roi répondit de nouveau quil comptait sur Varmée.

La foule augmentait à mesure que J on approchait de Bruxelles. Quelques centaines de voitures, de nombreuses cavalcades et des milliers de piétons couvraient la route à plus de trois lieues en avant de Bruxelles j usqu'aux portes de la capitale. Plus d'une fois, Léopold répondit aux félicitations dont il était l'objet « qu'à l'aspect d'un enthousiasme aussi général, il se sentait heureux d'être le roi librement élu du

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