‹ Le Congrès national de Belgique, 1830-1831Chapitre 277 sur 329 · TOME · texte numérisé non relu

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que cet engagement fût plus solennel, un antique usage voulait que des serments réciproques fussent prêtés à la face du ciel. Ainsi l'inauguration des comtes de Flandre avait lieu sur le marché du Vendredi, à Gand ; et la place Royale à Bruxelles était ordinairement le théâtre de Tinauguration des ducs de Brabant. Marie-Thérèse en 1744, Joseph lien 1781. et François II en 1794, avaient été successivement proclamés sur cette place ducs de Brabant, de Lothier et de Limbourg. A la chute de l'empire français, Guillaume l^' y avait annoncé, le 27 septembre 1815, qu'il réaliserait le projet de Charles-Quint en rendant indissoluble l'union de la Belgique et de la Hollande désormais confondues dans le royaume des Pays-Bas. Seize ans s'étaient écoulés depuis cette époque, et le royaume des Pays-Bas n'existait plus. Aux lieux mêmes où Guillaume I®*' plaçait en 1815 la couronne sur sa tête, un nouveau roi allait être proclamé, au nom du peuple belge, redevenu indépendant.

Le 21 juillet 1831, dès six heures du matin, les volées des cloches, les salves de l'artillerie, le rappel qui retentissait dans les rues, réveillèrent les habitants de la vieille cité brabançonne et annoncèrent la solennité du jour. Un soleil radieux inondait la ville de ses rayons. Bientôt une foule immense envahit toutes les rues que devait traverser le cortège, depuis la porte de Laeken jusqu'à la place Royale. Ces rues étaient jonchées de fleurs et de verdure ; toutes les façades des maisons étaient décorées. Deux haies de sapins entremêlées de guirlandes serpentaient par la rue de

Laeken, le Pont-Neuf, la place de la Monnaie, le Harché-aux-Hnrbes, la Montagne de la Cour jusqu'à la place Royale, où tout était prestige et splendeur. Une galerie d'une architecture élégante avait été élevée devant l'église de Saint-Jacques ; les frises de cet amphithéâtre étaient denrées de médaillons rappelant les principaux combats de la révolution ; les drapeaux des provinces, surmontés des couleurs de tonte la nation, flottaient au dessus de l'édifice. Un trdne occupait le milieu de la galerie ; en avant étalent placés cinq fauteuils destinés au roi, au régent, au président et aux deux vice-présidents du Congrès ; les côtés de l'estrade, à droite et à gauche du trône, étaient réservés aux membres du Congrès ; ils avaient au dessous d'eux les grands corps administratifs et judiciaires de l'Ëtat.

Vers midi, le régent et le Congrès se rendirent h h place Royale pour y attendre le roi.

Le prince avait quitté le château de Laeken à onzt heures et s'était arrêté successivement à Molenbeek Saint-Jean, où le vin d'honneur lui fut ofiTert, puis i l'ancienne porte Guillaume, où le corps municipal di la ville de Bruxelles lui présenta les clefs de la capi taie. « Sire, » lui dit le bourgmestre (M. Rouppe), <(1< » corps municipal de la ville de Bruxelles s'empressi » d'offrir à Votre Majesté, au nom de cette héroiqui » cité, le tribut de son respect, l'hommage de soi » dévouement. Élu de la nation, prince magnanime » venez prendre possession du trône où vous appel n lent les acclamations unanimes d'un peuple libre

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V Vous maintiendrez» sire, notre charte et nos immu* » nités. Nous, nous saurons défendre votre trône et » conserver intactes vos prérogatives royales. Devant » Votre Majesté s'ouvre une vaste carrière de gloire » et de renommée ; devant nous une ère de splendeur » et de prospérité. Magistrats par le choix de nos » concitoyens, nous sommes glorieux de présenter en n leur nom, au premier roi des Belges, les clefs de sa » capitale. » Le roi répondit afTectueusement : « Ces » clefs ne sauraient être mieux confiées qu'aux mains » de celui qui les a si bien conservées dans les » moments les plus difficiles. . . Je n'ai accepté la cou- » ronne que pour le bonheur des Belges ; je me » compterai heureux de les faire jouir des institutions » qu'eux-mômes ils se sont données. La bonne ville j> de Bruxelles fera l'objet de mes soins particuliers ; » j'espère bien lui rendre tout son lustre et lui pro- » curer une solide et durable prospérité... »

Le cortège se dirigea ensuite vers la place Royale ; il était composé de détachements de lanciers, de cuirassiers, de gardes civiques, de volontaires et de blessés de septembre, du corps municipal de Bruxelles et de la députation envoyée peu* le Congrès à Londres ; venait enfin le roi à cheval et en uniforme de général de Tarmée belge ; il était suivi d'un nombreux et brillant état-major. Le cortège s'avançait lentement à travers les bataillons de la garde civique et de la ligne qui formaient la haie, et au milieu d'une foule impatiente de vïiir et de saluer le roi des Belges.

Il était une heure et un quart lorsque la tête du

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cortège arriva sur la place Royale. Au moment où le roi parut, le Congrès se leva d'un mouvement spontané, et les acclamations de la multitude, qui se pressait jusque sur les toits des maisons transformés en amphithéâtres, se confondirent avec le son des cloches, le roulement des tambours, les fanfcures militaires, les détonations de l'artillerie.

Le roi, étant descendu de cheval au bas des escaliers de Saint- Jacques, franchit les degrés et prit place entre le régent et le président du Congrès en avant du trône. « Sire, » dit le président du Congrès, « nous » sommes réunis en ce moment pour recevoir le ser- » ment que la Constitution prescrit au roi de prêter » avant de prendre possession du trône. Avec la per- » mission de Votre Majesté, j'accorderai la parole à » M. le régent, qui doit déposer entre les mains du » Congrès les pouvoirs dont il est revêtu. »

En acceptant, cinq mois auparavant, la première magistrature de l'État, M. Surlet de Chokier avait promis de rendre compte de l'usage qu'il aurait fait de ce pouvoir. Fidèle à cette promesse, l'homme vénérable, chargé momentanément de l'autorité suprême, s'exprima en ces termes :

c( Messieurs,

» Par votre décret du 24 février dernier, et confor- » mément à l'art. 85 de la Constitution, vous m avez » fait l'honneur de me nommer régent de la Belgique ; » le lendemain 25, j'eus celui d'être admis dans le

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» sein du Congrès et d'y prêter solennellement le ser- » ment prescrit par l'art. 80 de notre pacte social.

» Mes premiers soins furent de composer le minis- » tère. J'y appelai les mêmes citoyens auxquels le » gouvernement précédent avait confié les diverses » branches d'administration générale. Ce fut en con- » firmant dans ces hautes fonctions les hommes qui » avaient si puissamment aidé à conquérir et à aSeT- » mir notre liberté, que je voulus donner à la nation » un premier gage de mon entière adhésion aux prin- » cipes de notre révolution et de ma ferme volonté de » la faire jouir de toutes ses conséquences.

» Je fis notifier aux gouvernements français et » anglais votre décret du 24 février qui me nomme » régent de la Belgique, et il fut délivré des lettres » de créance à des agents belges auprès de ces deux » cours, avec titre et rang de ministres plénipoten- » tiaires.

» Le gouvernement français admit sans hésiter » notre ministre, qui prit aussitôt rang parmi les » diplomates étrangers reçus à la cour du Palais- >^ Royal. S. M. Louis-Philippe me fit l'honneur de » m'adresser, par sa lettre du 25 mars dernier, des » félicitations sur mon avènement à la régence, et » m'exprima en même temps et en termes fotmels le » vif et invariable intérêt qu'il porte à la Belgique.

» Ce fut par ces premiers actes, que le roi des » Français commença de réaliser les promesses qu'il » m'avait faites en février dernier, lorsque j'eus » l'honneur d'en prendre congé ; il me dit en me

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u prenant la main ; « — Dites à la nation belge que » je lui donne la main dans la personne du président » du Congrès, et que les Belges peuvent toujours " compter sur mon amitié. »

« Nous n'avons pas été aussi heureux auprès du » cabinet de Saint-James ; notre ministre n'avait été » reçu qu'officieusement par les ministres anglais, et

0 l'honneur national ne me permettant pas de le lais- » ser plus longtemps dans une position équivoque, je " lui fis expédier des lettres de rappel.

» dépendant le ministère, voulant mettre fin au

• malaise résultant de l'état provisoire d'une régence,

> et clore la révolution par l'établissement d'un gou-

> veraement définitif, avait envoyé à notre agent à

> Londres des instructioas qui avaient pour but de

1 sonder les dispositions de S. A. R. le prince de Saxe-

> Cobourg ; mais des obstacles de pure étiquette en

> paralysèrent les effets.

» Dans l'intervalle, d'autres hommes furent appelés

> au ministère, et les nouveaux ministres suivirent

> les errements de leurs prédécesseurs. Ce qui s'est . passé à cet égard vous est connu : vous savez, mes-

• sieurs, comment a été amenép l'heureuse fin à

• laquelle nous assistons aujourd'hui.

» Je ne vous entretiendrai pas, messieurs,

• actes de ma régence : je me bornerai à vous ( ■ que l'effervescence des passions, inséparable

• notre état révolutionnaire, la stagnation des affai

> commerciales, les inquiétudes sur l'avenir de patrie, ont amené des événements, causé

M4 INAUGURÂnON DE LËOPOLD I^**

» embarras qui ont empêché le gouvernement de » s'occuper, aussi efficacement qu'il l'eût désiré, des » institutions qui doivent compléter l'œuvre de notre » régénération politique.

» Dans l'état d'hostilités imminentes avec nos voi- » sins, le gouvernement a dû s'occuper principale- » ment de l'eirmée : l'infanterie a été considérablemeot » augmentée et régularisée ; l'organisation de la » cavalerie a été complétée ; l'artillerie a été mise sur » un pied respectable ; te service des vivres, des » hôpitaux et des transports a été assuré ; enfin, à côté » de l'armée régulière, une autre se forme des rangs » de la garde civique, également impatiente de se » mesurer avec l'ennemi.

» Le concours de tous les citoyens qui, oubliant » tout esprit de parti, vont se grouper autour du » trône, ne contribuera pas moins que le courage et » l'excellent esprit de notre armée à appuyer les n^ox> dations pour obtenir une paix honorable, consolider » notre indépendance, et au besoin à défendre l'inté- » grité de notre territoire.

» Nos finances sont dans un état aussi prospère que » pouvaient le permettre les circonstances, et la ren- » trée des contributions s'opère presque comme eu » pleine paix.

» Si j'ai été assez heureux, messieurs, pour aider » à conduire au port le vaisseau de l'État (car je » regarde lavénement du prince Léopold au trône de » Ja Belgique, et sa reconnaissance par la plupart des » grcmdes puissances de l'Europe comme le terme de

INAUGURATION DE LËOPOLD I^** 865

» notre glorieUse révolution et raffermissement de » nos libertés); si j ai pu faire quelque bien, loin de j> moi de m'en attribuer le mérite; non, messieurs, je » n'en revendique que la plus petite part, car je 3> confesse, en présence de la nation et à la face de » toute l'Europe, que, sans une protection toute 9 spéciale de la Providence, nulle prudence humaine » n'auraitsu prévoir ni les événements ni leur résultat, » encore moins les diriger dans l'intérêt de la patrie.

» C'est aussi dans la noble fermeté du Congrès et » dans la sagesse de ses délibérations que j'ai trouvé » le plus puissant appui. Permettez donc, messieurs, » que je vous adresse ici l'expression de ma vive et » sincère reconnaissance.

» Mais convenons, messieurs, que notre tâche a été » rendue bien facile par les excellentes qualités du » peuple belge, de ce peuple aussi soumis aux lois, y> aussi docile à la voix des chefs qui méritent sa con- » fiance, qu'il se montre jaloux de ses droits et impa- » tient du joug de l'arbitraire ; de ce peuple si coura- » geux dans les combats, si ferme dans ses résolutions; » de ce peuple essentiellement moral, dont Thistoire » dira que, chez lui, pendant onze mois de révolution y> et de privation pour la classe la plus nombreuse (à » part quelques excès évidemment provoqués), il n'y y> eut jamais moins de délits ; de ce peuple dont le » dévouement et l'amour feront toujours la récom- » pense d'un bon gouvernement.

» C'est avec la plus entière sécurité, messieurs, que » je remets les destinées de ce bon peuple entre les

366 INAUGURATION DE LËOPOLD I*"*

» mains d'un prince dont le noble caractère et les » vertus privées nous sont garants de celles qu'il va » déployer sur le trône.

» C'est avec efTusion que je puis dire aujourd'hui : » J'ai vu V aurore du bonheur se lever pour mon pays, » fai assez vécu.

» Je dépose entre vos mains, messieurs, les pouvoirs » que vous m'avez conférés, et je vous prie de bien » vouloir m'en donner acte. »

Le président du Congrès, debout en face de M. Surlet de Chokier, lui répondit :

« Avoir joui d'un grand pouvoir sans en avoir abusé » un seul instant, être toujours demeuré le même » dans les cirœnstances les plus critiques, c'est un » fait tout simple pour qui connaît votre caractère, » M. le régent ; je me contente de répéter ici ce que » dit tout le monde. Un jour l'histoire racontera quel » rôle conciliateur vous avez rempli au milieu des » opinions divergentes, et des partis qui s'agitaient; » elle dira que l'assemblée nationale, voulant concen- » trer dans les mains d'un seul des pouvoirs jusque-là » trop divisés, cliercha quelqu'un qui ne déplût à » personne, qui eût l'estime et la confiance de tous, » et qui voulût se dévouer pour le pays ; et cet homme » ce fut vous, M. le régent. L'histoire dira qu'ayant » exercé une partie de la prérogative royale pendant » une révolution de cinq mois, cet homme ne s*est » aliéné aucun ami et ne s'est fait aucun ennemi.

INAUGURATION DE LÊOPOLD I" 361

D C'est au nom du Congrès et de la nation que je tous » remercie, et que j'ose dire que vous avez rempli » notre attente dans les hautes fonctions que vous » venez de résigner dans les mains de cette assem- » Idée (1). »

Un des secrétaires du Congrès, M. Ch. Vilain XIIII, debout devant le roi, donne alors lecture de la Constitution du royaume de Belgique; puis un autre

(1) Le recueil des Discmsiom du Omgrit natio:uU cooUent la lettre suivante adressée par le roi des Français à H. Surict de Chokier;

« Je viens, mon cher président, de lire votre discours au Congrès, et B je m'empresse de vous témoigner combien je aiiis Louché de tout ce » que vous y avez dit de moi, et de la manière dont vous vous êtes » exprimé à mon égard. Vous avez rendu justice à mes senlimenls pour a vos compatriotes et pour votre pays, et je vous en remercie. Je suis » persuadé que vous rendez également justice â ceux que vous m'ins- D pirez personnellement. Nous ne nous sommes pas vus longtemps, B mais nous nous sommes vus assez, et dans une circonstance asses » grave pour mieux apprendre à nous connaître que nous aurions pu le » faire dans tout autre temps. Aussi, ce n'Mst pns en mon nom seul que » je vous exprime ces sentiments, c'est aussi au nom de la reine, de ma » sœur et de tous mes enr^nts, qui me chargent de vous dire combien B ils apprécient votre caractère. Nous admirons tous votre belle con> n duite, et votre dévouement â la patrie dans le moment du danger, n Vous en serez récompensé par l'estime et l'afTeclion de vos conci' n loyens, que vous emporterez dans votre retraite. Vous nous avez fait » espérer que vous viendriez nous faire une visite à Paris, quand vous » seriez exonéré du fardeau de la régence, que vous avez si honorable- » ment soutenu, et je me llatte par conséquent, mon cher président, H que nous aurons bientôt la satisfaction de vous revoir et de vous » témoigner encore une fois personnellement tous les sentiments que » je vous porte de tout mon cœur et que je vous conserverai toujours. » Voire affectionné, » Louis- Philippe, b

M. Surlet de Cbokier mourut dans s.i terre de Gingelom, le 7 août 1839.

168 INAUGURATION DE LËOPOLD V'

secrétaire, M. Nothomb, présente la formule du serment imposé au roi. D'une voix ferme et assurée, Léopold I** dit :

« Je jure d'observer la Constitution et les lois du » peuple belge; de maintenir r indépendance nationale » et r intégrité du territoire. »

jDes acclamations nouvelles s'élèvent et se prolongent pendant que le roi et les membres du bureau de l'assemblée signent le procès-verbal de la prestation du serment.

Les sièges sur lesquels étaient assis le prince, le régent, le président du Congrès et les autres membres du bureau disparaissent; le trône demeure à découvert. Le président du Congrès se tourne vers le roi. et lui dit :

« Sire ! montez au trône. »

Le roi, se trouvant sur l'estrade supérieure, entouré des généraux et des ministres, fait signe qu'il veut parler; et, après qu'on eut obtenu le silence, il prononce le discours suivant :

« Messieurs,

» L'acte solennel qui vient de s'accomplir achève » l'édifice social commencé par le patriotisme de la » nation et de ses représentants. L'État est définitive- » ment constitué dans les formes prescrites par la » Constitution même.

» Cette Constitution émane entièrement de vous, *» et cette circonstance, due à la position où s'est » trouvé Je pays, me parmt heureuse. Elle a éloigné » des collisions qui pouvaient s'élever entre divers » pouvoirs, et altérer l'harmonie qui doit régner » entre eux.

» La promptitude avec laquelle je me suis rendu » sur le sol belge a dû vous convaincre que, fidèle à » ma parole, je n'ai attendu, pour venir au milieu de » vous, que de voir écarter par vous-mêmes les obs- » tacles qui s'opposaient à mon avènement au trône.

» Les considérations diverses exposées dans l'impor- » tante discussion qui a amené ces résultats feront > l'objet de ma plus vive sollicitude.

» J'ai reçu, dès mon entrée sur le sol belge, les » témoignages d'une touchante bienveillance. J'en » suis encore aussi ému que reconnaissant.

>» A l'aspect de ces populations, ratifiant par leurs y> acclamations l'acte de la représentation nationale, » j'ai pu me convaincre que j'étais appelé par le vœu » du pays, et j'ai compris tout ce qu'un tel accueil » m'impose de devoirs.

» Belge, par votre adoption, je me ferai aussi une » loi de l'être toujours par ma politique.

» J'ai été également accueilli avec une extrême » bienveillance dans la partie du territoire français » que j'ai traversée, et j'ai cru voir dans ces démons- » trations, auxquelles j'attache un haut prix, le pré- » sage heureux de relations de confiance et d'amitié » qui doivent exister entre les deux pays.

3TÛ INAUGUBATION DE LÉOPOLD r*

» Le résultat de toute commotion politique est de » froisser momentanément les intérêts matériels. Je » comprends trop bien leur importance pour ne pas » m attacher immédiatement à concourir, par la plus » active sollicitude, à relever le commerce et l'indus- » trie, ces principes vivifiants de la prospérité natio- » nale. Les relations que j'ai formées dans les pays » qui nous avoisinent seconderont, je l'espère, les » efforts auxquels je vais incessamment me livrer » pour atteindre ce but ; mais j'aime à croire que le » peuple belge, si remarquable à la fois par son sens » droit et par sa résignation, tiendra compte au gou- » vernement des diflScultés d'une position qui se lie à » l'état de malaise dont l'Europe presque tout entière » est frappée. Je veux m'environner de toutes les » lumières, provoquer toutes les voies d'amélioration, » et c'est sur les lieux mêmes, ainsi que j'ai déjà » commencé à le faire, que je me propose de recueil- » lir les notions les plus propres à éclairer, sous ce » rapport, la marche du gouvernement.

» Messieurs, je n'ai accepté la couronne que vous » m'avez offerte qu'en vue de remplir une tâche aussi » noble qu'utile, celle d'être appelé à consolider les » institutions d'un peuple généreux, et de maintenir » son indépendance. Mon cœur ne connaît pas d'autre » ambition que celle de vous voir heureux .

» Je dois, dans une aussi touchante solennité, vous » exprimer un de mes vœux les plus ardents. La » nation sort d'une crise violente : puisse ce jour » effacer toutes les haines, étouffer tous les ressenti-

)> ments ; qu'une seule pensée anime tous les Belges, » celle d'une franche et sincère union !

» Je m'estimerai heureux de concourir à ce beau » résultat, si bien préparé par la sagesse de » l'homme vénérable qui s'est dévoué avec un si 2> noble patriotisme au salut de son pays.

» Messieurs, j'espère être pour la Belgique un gage » de paix et de tranquillité, mais les prévisions de » l'homme ne sont pas infaillibles. Si, malgré tous les » sacrifices pour conserver la paix, nous étions » menacés de guerre, je n'hésiterais pas à en appeler » au courage du peuple belge, et j'espère qu'il se » rallierait tout entier à son chef pour la défense du 9 pays et de l'indépendance nationale, d

Les dernières paroles du roi électrisèrent les auditeurs ; tous promirent, par leurs acclamations, d'aider le chef de l'État à maintenir l'indépendance de la Belgique.

Le cortège se remet ensuite en marche et se dirige vers le palais royal ; le roi est à pied, au milieu du peuple, dont il a déjà gagné l'affection.

De leur côté, les membres du Congrès, ayant achevé l'œuvre patriotique qui leur avait été confiée, se réunissent pour la dernière fois au j^alais de la Nation. Après que l'assemblée eut approuvé le procès-verbal de l'inauguration du premier roi des Belges, M. de Gerlache, s'adressant à ses collègues, leur rappela avec éloquence les glorieux travaux qu'ils avaient accomplis; cette Constitution prodiguant au peuple belge

372 DEIINIËRC RÉUNION DU G0N6RËS

toutes les libertés qui ailleurs ne se trouvaient encore que dans des livres ; la proclamation de Tindépendance du pays, qui rendait tous ses droits à la nationalité beige naguère méconnue et opprimée ; enfin, l'élection d*un prince qui consolidait l'indépendance de la Belgique et garantissait les libertés dont elle commençait à jouir. « Quand, » dit-il, « vous proclamiez dans notre » Constitution actuelle tant de dispositions tutélaires, » vous ne faisiez, en réalité, que reconstruire sur ses » fondements primitifs l'édifice social élevé par nos » aïeux, en ajoutant à votre ouvrage ce que la marche » du temps, l'expérience des autres peuples et la » nôtre même nous avaient enseigné. Toutes les » libertés qui ne se trouvent, ailleurs, que dans des » livres ou dans des constitutions oubliées, sont con- » signées dans la vôtre avec des garanties qui en » assurent la durée, et déjà depuis dix mois vous les » pratiquez légalement. Qu'on nous cite un peuple » en révolution, alors que tous les ressorts de l'auto- » rite étaient presque brisés, qui ait montré plus » d'audace vis-à-vis de l'ennemi, plus de modération » et de magnanimité au dedans, plus de respect pour » les lois, et qui ait su mieux .concilier en général » l'amour de l'ordre et l'amour de la liberté ! C'est ce » beau caractère qui nous a rendus dignes d'être » admis dans la grande famille des nations européea- » nés. De sorte, messieurs, que nous avons aujour- » d'hui pour nous tout ce qu'il y a de fort et de » puissant parmi les hommes : le droit et le fait. Vous » opérez votre mouvement national, et au bout de

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