LE COMTE FRÉDÉRIC DE MÉRODE
Demer, où sou arrivée inattendue fut un puissant encouragement pour cette petite troupe de huit cents hommes, qui manœuvrait derrière un corps de douze mille Hollandais. Cependant la mort saisissait surtout les plus braves. Parmi les compagnons du comte de Mérode, on distinguait le chevalier Dechez, fils d'un capitaine de TEmpire. Des revers de fortune lavaient obligé de changer de nom et de condition. Artiste, il brillait, sous le pseudonyme de Jenneval, au théâtre de Bruxelles; poète, il venait de composer le chant national des Belges : la Brabançonne ; soldat, il voulait partager la gloire qu'il avait célébrée. Le 19 octobre, un combat s'engage près de Lierre, et Jenneval tombe, frappé d'un boulet, à côté du comte de Mérode. Celui-ci n'a frémi que d'enthousiasme. « En avant, mes amis! s'écrie-t-il. Les braves ne meurent pas. » Les volontaires, animés par son exemple, semblent invincibles; les Hollandais reculent jusqu'au village de Berchem; mais là, ils font volte-face, et une action très vive s'engage à portée de pistolet. Le comte Frédéric était, suivant son habitude, au premier rang, et jamais il n'avait montré plus de sérénité en face du danger. C'était son jour suprême ; une balle lui cassa la cuisse. Quoique frappé mortellement, l'intrépide volontaire trouva encore asse^ d'énergie pour lâcher deux coups de fusil aux Hollandais qui accouraient dans l'intention de le massacrer ; puis il saisit un de ses pistolets, résolu à se défendre jusqu'à la mort. Dégagé par ses compagnons d'armes, il ne perdit point sa fermeté. Comme on lui témoignait la crainte que