‹ Le Congrès national de Belgique, 1830-1831Chapitre 35 sur 329 · LE OOMTE FRÉDÉRIC DE MÉRODE · texte numérisé non relu

LE OOMTE FRÉDÉRIC DE MÉRODE

ce moment même cette riche et belle cité. Un imprudent visiteur lui parla enûn des vœux que l'on formait en sa faveur, et lui communiqua l'article du Courrier des Pays-Bas: « Qu'est-ce à dire? s'écria-t-il avec » énergie; j'ai combattu pour la liberté de mon pays; » on veut ternir ma conduite en me prêtant des idées i> ambitieuses que jo n'ai jeûnais eues; qu'on réponde » à cet article, je le veux, je l'exige! » Le volontaire de Bercbem était fidèle à la devise de sa famille : Phi8 dlionneur que d'honneurs. Doué d'une constitution extrêmement nerveuse, les moindres impressions devaient influer sur son état ; déjà une fièvre ardente lavait saisi, et la crise dans laquelle se trouvait le pays, le bombardement d'Anvers, les vœux même de ses admirateurs, tout contribuait à empirer le mal. Son cerveau s'aflFecta; mais, dans son délire, c'était encore sm* le champ de bataille qu'il se transportait. Enfin, le 4 novembre, à quatre heures du matin, le comte Frédéric de Mérode s'éteignit, âgé de trente-huit ans, entre les bras du vénérable prélat à qui était réservé le siège archiépiscopal de Malines (1).

Quelques jours après, une foule émue et silencieuse suivait dans le cimetière du village de Bercbem la dépouille mortelle du comte Frédéric de Mérode. Autour du caveau qui cdlait recueillir cette glorieuse dépouille, on voyait les trois frères de l'illustre victime; M. Ch. Rogier, membre et délégué du gouvernement provi-

(i) M" Sterckx fut le successeur du prince de Méao. 11 occupa lo siège BDélropolilain jusqu*en 1867.

56 LE COMTE FRÉDÉniC DE MÉRODE

soire ; M. de Robiano, gouverneur de la province d'Anvers; les amis et les compagnons d armes du comte Frédéric, accourus d'Anvers, de Malines et de Bruxelles, pour rendre un dernier hommage à sa mémoire. Quand le cercueil fut descendu dans la tombe, M. Rogier peignit le deuil de la patrie: « Ici, dit-il, repose » M. Frédéric de Mérode, atteint d'une balle hollandaise, » près des lieux où ses restes ont été déposés... Quel » devoir impérieux poussait notre infortuné conci- » toyen à aflFronter la mort, le forçait à parcourir qua- » tre- vingts lieues de pays, à abandonner une existence » brillante ? Ce qui le poussait, c'était la passion des » âmes généreuses, un amour vif et désintéressé de » la liberté. A peine avait-il touché le sol de la Bel- » gique qu'on le vit, modeste et sans faste, se porter » au rang le plus périlleux des combattants, toujours » prêt à affronter les premiers dangers, faisant la » guerre en volontaire, et si simple dans son dévoue- » ment, que chacun de nous ignorait qu'il fût au » combat, et que nous apprîmes en même temps et » son malheur et sa conduite héroïque... Peut-être la » Providence a-t-elle voulu qu'à côté de tant d'hum- » blés dévouements, le sacrifice d'une grande exis- » tence vînt sanctifier notre révolution. M. de Mérode » appartenait à une famille dont l'histoire a dès long- » temps accueilli le nom; qu'il emporte cet insigne » honneur, et nous cette consolation que ce nom se » rattache désormais à l'un des fastes les plus glo- » rieux de la civilisation moderne et de la liberté! »

Page 1