PROJET DE CONSTITUTION
à la présidence de la république belge, M. de Potter s'exprimait avec trop de dédain sur un projet qui était la consécration et le développement des libertés déjà proclamées par le gouvernement provisoire. Le 28, le nouveau journal olBciel {l'Union belge) publia un avis ainsi conçu : « Hier, à dix heures du soir, fut remis au » comité central du gouvernement provisoire le pro- » jet de Constitution, tel qu'il a été arrêté par les » commissaires. Le gouvernement provisoire s'em- » presse de le livrer au public par la voie des jour- » naux, afin de s* éclairer lui-même ^ par la disctission » que ce projet soulèvera^ sur l'état véritable de Vopi- » nion. Avant l'ouverture du Congrès, le comité cen- » tral modifiera le projet de Constitution de mcmière à » pouvoir le présenter à l'assemblée nationale comme » l'expression tout à la fois de l'opinion générale et de » son opinion propre. » Cet avis constatait le dissentiment qui avait éclaté dans le comité central. Toutefois, la majorité résolut de présenter le projet au Congrès tel qu'il lui avait été soumis par la commission et sans y apporter aucune modification.
M. Tielemans, chef du comité de l'Intérieur, voulant dégager la responsabilité du gouvernement provisoire et concilier les opinions les plus extrêmes, proposa, par une lettre du 7 novembre, qui fut rendue publique, de faire alterner pendant six ans la monarchie et la république. Si la majorité du Congrès se prononçait en faveur de la monarchie, la question de la république serait soumise à un nouveau Congrès, dans trois ans. De môme, on renouvellerait Texpé-
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rience en faveur de la monarchie, si la majorité du Congrès s'était prononcée pour les formes républicaines. Il était impossible d'accueillir cette proposition, quelque conciliante qu elle fût; on eût prolongé très imprudemment une situation provisoire dont le moindre mconvénient devait être de fatiguer la patience de la nation.
La Belgique entière se préparait aux élections. Elles devaient se faire librement; elles devaient exprimer les sentiments véritables du peuple. Le gouvernement avait résolu de conserver la plus scrupuleuse neutralité. En effet, jamais l'autorité ne fit moins sentir son action. C'était la presse nationale qui se chargeait d'éclairer les électeurs, et de les mettre en garde contre des tentatives insensées. « Des intrigues de plus » d'un genre sont ourdies, » disait le Courrier des Pays-Bas, « du 27 octobre, pour l'anarchie, pour un » pouvoir militaire, pour l'ex-gouvernement ; pour » la France et principalement pour une France répu- » blicaine que des associations populaires se charge- » raient de créer à Paris; pour le prince d'Orange, » pour des princes étrangers, pour des présidents indi- » gènes. L ancre de salut sera le Congrès national. » C'est autour de lui que les bons citoyens doivent se » grouper. » De son côté, le Courrier de la Meuse, fanal des catholiques, cherchait aussi à les prémunir contre les intrigues du parti français; son langage était acerbe, injuste mâme. « Le protestantisme du Nord, » disait-il, « était intolérant, avide, insatiable; l'im- » piété qui nous menace au Midi ne serait-elle pas
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» cent fois plus intolérante encore? Ne serait-elle pas » ce qu elle a été, il y a trente-cinq ans, cruelle, san- » guinaire, inexorable?» Enfin, aux déclamations passionnées de V Émancipation, organe des exagérés, en faveur d'un État républicain fédératif, le Politique de Liège, dont Tinfluence n était point circonscrite dans la province, opposait les solides garanties que la monarchie constitutionnelle représentative offrirait à la Belgique. « La question de monarchie et la question » des Nassau, » ajoutait-il, « ne sont pas nécessaire- » ment liées. Ceux qui s'effraient de tout ce qui » ressemble à une restauration ne peuvent-ils jeter » les yeux sur un Saxe-Cobourg, sur un Leuch- » tenbei^, sur un d'Arenberg, sur un Frédéric de » Mérode? »
De tous les rangs, de toutes les classes, de l'ancienne noblesse, de la grande propriété, de l'industrie, du commerce, du clei^é, du barreau, de la presse, de la bourgeoisie, surgissaient des candidatures pour le Congrès national. Les anciens députés, qui avaient bien mérité du pays par leur conduite courageuse aux états généraux, les promoteurs et les coopérateurs du mouvement révolutionnaire dans les diverses provinces, tous briguaient les suffrages de leurs concitoyens, tous voulaient concourir à l'affermissement de la nationalité reconquise. La plupart des candidats s'adressaient directement aux électeurs dans des professions de foi remarquables à divers titres. Ceux-ci (et ils formaient la majorité) s'annonçaient comme monarchistes ; ceuxlà avouaient des opinions républicaines: mais républi-