CHAPITRE III
La révolution belge, accueillie avec enthousiasme par les Français qu elle garantissait contre une nouvelle coalition, devait naturellement alarmer et irriter ceux qui avaient fondé le royaume des Pays-Bas. Le roi Guillaume espéra tout du ministère tory qui gouvernait alors l'Angleterre, sous la présidence du vainqueur de Waterloo. Dès le commencement du mois d'octobre, il avait réclamé l'intervention de la Grande- Bretagne, de l'Autriche, de la Russie, de la Prusse et de la France même, en leur qualité de signataires des traités de Paris et de Vienne. Il avait demandé en outre au gouvernement britannique, par l'intermédiaire de son ambassadeur (M. Falck), l'envoi immédiat d'un nombre de troupes nécessaire pour rétablir la tranquillité dans les provinces méridionales. Lord Aberdeen, chef du Foreign-OlBce, répondant à M. Falck, lel7octobre,refusarenvoi des troupes comme tardif, et annonça la réunion prochaine des plénipotentiaires des cinq cours, en déclarant que le but principal du gouvernement britannique serait d'empêcher les troubles survenus dans les Pays-Bas de conduire à une interruption de la paix générale.
DisœoRS DU ROI d'Angleterre 77
Les sentiments du gouvernement britannique allaient se manifester publiquement et solennellement. Le 2 novembre, tandis que M. Laffitte prenait à Paris la présidence du conseil, le roi de la Grande-Bretagne ouvrait le Parlement et s'exprimait en ces termes sur les graves événements dont nos provinces venaient detre le théâtre: « C'est avec un profond regret que » j'ai été témoin de l'état des affaires dans les Pays- * Bas. Je déplore que l'administration éclairée du roi » n'ait pas préservé ses domaines de la révolte ^ et que » la mesure sage et prudente de soumettre les désirs » et les plaintes de son peuple aux délibérations d'une » assemblée extraordinaire des états généraux n'ait » pas amené un résultat satisfaisant. Je m'efforce, de » concert avec mes alliés, d'aviser, pour rétablir la » tranquillité, à des moyens qui seront compatibles » avec la prospérité du gouvernement des Pays-Bas > et avec la sécurité future des autres États... Sentant >» toujours la nécessité de respecter la foi des engage- 5» ments nationaux, je suis persuadé que ma détermi- » nation de maintenir, de concert avec mes alliés, ces » traités généraux par lesquels le système politique » de l'Europe a été établi, offrira la meilleure garantie » au repos du monde. » Cette menace contre la révolution belge produisit la plus gi'ande sensation en Angleterre. Sir John Hobhouse s'éleva vivement, dans la Chambre des communes, contre le langage que le ministère avait mis dans la bouche du roi. Le discours du trône ne fut pas attaqué avec moins d'énergie dans l'antre Chambre par lord Grey. Le chef des whigs